The Wallcreeper de Nell Zink

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Tout commence avec l’apparition d’un oiseau : un tichodroma muraria, un wallcreeper en anglais, petit oiseau gris et rouge qui ne se rencontre – rarement – que dans les massifs montagneux d’Europe. Stephen, tout à sa joie d’en avoir trouvé un, en oublie presque qu’il vient d’avoir à cause de lui un accident de la route et que Tiffany, sa femme, est à moitié inconsciente dans la voiture.

Drôle de couple pour qui le tichodrome – blessé, recueilli avec forces précautions et nommé Rudi – deviendra un temps en enfant de substitution, un objet d’attention commun qui leur permet enfin de se retrouver. Las, lorsque Rudi meurt de sa belle mort, plus rien ne semble retenir Stephen et Tiffany l’un à l’autre, si ce n’est la crainte de la solitude. Tandis que Tiffany s’offre du bon temps avec des hommes de passage, Stephen s’abîme dans le travail, et renforce ses liens avec une de ses collaboratrices, Birke.

wallcreeper - nell zinkThe Wallcreeper est le premier roman de Nell Zink, publié en 2014. Sans doute n’aurait-il jamais vu le jour sans l’intervention de Jonathan Franzen, qui a incité Nell Zink à se lancer dans l’écriture. Il paraît évident que The Wallcreeper lui doit beaucoup, ne serait-ce que parce que l’intrigue semble être directement dérivée de Freedom, dans lequel Walter Berglund abandonnait pratiquement sa famille pour se dédier corps et âme à la cause des parulines azurées, de petits oiseaux menacés par la multiplication de mines à ciel ouvert, et avait une aventure avec sa jeune assistante Lalitha.

The Wallcreeper perd forcément au petit jeu des comparaisons, mais il possède ses propres forces. Là où Franzen réalisait une somme romanesque, Nell Zink prend le parti de la brièveté, et mène son intrigue sur les chapeaux de roue, bannissant les temps morts pour ne garder qu’une successions de scènes minimalistes, dans lequel son humour cruel fait souvent mouche. Ce rythme effréné convient particulièrement au tempérament des personnages qui rêvent de s’extraire du marasme qu’est devenue leur vie en réalisant quelque chose de mémorable et d’aventureux – quelque chose qui prendra la forme d’une sorte d’action écoterroriste pour Tiffany. L’évolution est fulgurante – de la femme au foyer paumée et désoeuvrée qui n’a jamais fait que suivre son mari à l’activiste radicale -et le personnage, comme ceux de Mislaid, le second roman de Nell Zink (sorti en France sous le titre Une comédie des erreurs), manque un peu de profondeur pour que cette transition passe comme une lettre à la poste. Néanmoins, Nell Zink semble plus à laise dans ce récit mené tambour battant que dans les longs atermoiements qui plombaient Mislaid. Son style, percutant et acide, y est plus affirmé, et ce Wallcreeper, pour être imparfait, n’en était pas moins un beau coup d’essai.

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J’ai emprunté la photo du tichodrome à l’Internet Bird Collection.

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