L’innocent de Christophe Donner

l'innocent-donner-serpent

Voici Christophe. Christophe est fils de grands bourgeois, avec une maman psychanalyste qui aime bien mettre son fils sur le divan et faire avec lui des sorties hautement culturelles pour faire de lui un petit singe savant. Christophe va bien, jusqu’à un certain point. Il adore sa mère, comme une sainte ou un ange. Puis vient l’adolescence.

L’adolescence, et son cortège d’émois. Maman n’est plus tout à fait la même personne, et Christophe s’en détache d’ailleurs presque totalement, ainsi que de son père qui ne le comprend guère. Christophe découvre les joies de la masturbation, et s’y adonne à chaque fois qu’il en a l’occasion, jusqu’à dix fois par jour si ce n’est plus. Et puis Christophe joue à touche-pipi avec un cousin, effleure les seins d’une fille d’amis de ses parents de plus de cinq ans son aînée. Bref, Christophe a quinze ans dans l’Innocent et nous inflige le récit de ses premières expériences sexuelles.

donner-l'innocent-couvOn ne sait pas bien ce qu’on a fait pour mériter ça, ni pourquoi Christophe Donner se sent obligé de se joindre à ce qui semble déjà être une cohorte infinie de jeunes masturbateurs à peine pubères qui narrent par le menu la première goutte de sperme et la première fellation. On a l’impression d’avoir déjà lu ça mille fois, et la déprimante médiocrité de cette éducation sentimentale ne peut que faire regretter amèrement les rares auteurs qui se sont sortis de cet exercice avec panache (j’ai pensé à Ismaël Jude qui, s’il allait plus loin dans l’érotisme, partait cependant des mêmes bases). La chair est bien triste et l’on s’ennuie ferme avec ces gamins post-soixante-huitards attristés d’avoir raté le Grand Soir, et à qui il ne reste qu’un ersatz de libération sexuelle pour s’y croire un peu.

Encore la forme pourrait-elle rattraper l’indigence du fond. Mais on est là dans l’écriture autofictive la plus plate, la plus dépourvue de chair, et si Christophe Donner tente de pimenter le tout avec une petite astuce formelle – d’un paragraphe à l’autre alternent le « je » et le « il » pour désigner Christophe, sans doute dans le vain espoir de créer une sorte de distance par rapport au personnage. C’est raté – qu’est-ce qui ne l’est pas ici ? On s’étonne quand même, et l’étonnement sera le sentiment le plus fort qu’inspirera l’Innocent, qu’un auteur aussi valeureux (y compris dans l’autofiction) que Christophe Donner se vautre dans de telles banalités qui semblent à peine dignes d’un premier roman mal assuré.

platypus halfplatypus grayplatypus grayplatypus grayplatypus gray

Sur le même thème :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *