Danse d’atomes d’or d’Olivier Liron

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Quand O. rencontre Loren, il sait d’emblée que leur histoire sera, d’une manière ou d’une autre, de celles qui ne laissent pas indemne. Il n’est pas franchement à son avantage lorsqu’elle débarque dans une soirée qu’il passe chez des amis, en plein milieu d’une partie de jeu du post-it – si ça ne vous dit rien, pensez à cette scène d’Inglorious Basterds, où chacun doit deviner l’identité du personnage dont le nom est écrit sur une carte que l’on colle sur le front. Il a presque l’air crétin avec son post-it au nom d’Orphée collé sur le sien ; et il ne comprend même pas que Loren lui donne un indice en se collant elle-même un post-it au nom d’Eurydice.

Orphée et Eurydice : voilà le programme. Malgré le funeste présage que constitue cette première rencontre, O. et Loren se voient, se fréquentent, en dépit du caractère relativement impénétrable de la jeune femme. Un brin mystérieuse, elle est acrobate dans un cirque, parle avec un léger accent qui lui confère une aura indéfinissable. Et bien sûr, elle va disparaître et O. devra aller la chercher aux Enfers.

danse-datomes-dor-liron-couvPeu de mythes sont, pour moi, aussi fascinants que celui d’Orphée et Eurydice. Que Danse d’atomes d’or en soit une énième réécriture est donc a priori plus une force qu’un handicap. Sauf que le personnage de Loren devient très vite drôlement prévisible dans son imprévisibilité. Un peu fofolle, rétive à tout ce qui pourrait la forcer à se poser, à s’attacher au sens fort, impulsive, secrète, elle est un cliché agaçant de femme insaisissable. Olivier Liron a beau écrire avec un joli sens de l’image qui lui vaut d’être comparé par certains, un peu précipitamment et avec une certaine tendance à l’exagération, à Boris Vian, il ne parvient jamais à donner plus de corps à sa créature, qui papillonne jusqu’à l’épuisement.

Surtout, dans la deuxième partie qui voit (évidemment) Eurydice disparaître, Olivier Liron colle de si près au mythe que Danse d’atomes d’or donne l’impression d’être un devoir très appliqué, où on nous colle bien sous le nez un Cerbère puis un Hadès, en explicitant toujours bien leur rôle au cas où le lecteur serait un peu lent à comprendre qu’il s’agit d’une réécriture bien qu’on lui ait expliqué en long en large et en travers l’histoire d’Orphée et d’Eurydice. Pour la pédagogie, Olivier Liron est au point ; pour l’émotion on repassera, car cette manie plombe largement la deuxième partie de Danse d’atomes d’or,  qui réserve au final un traitement bien trop naïf à ce qui aurait pu être une fort belle histoire.

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