Repose-toi sur moi de Serge Joncour

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Elle est styliste, elle est parisienne, très parisienne, et elle tente contre vents et marées de maintenir à flot sa petite entreprise et son couple, qui semble sur le point de sombrer. Il vient de la campagne, il est très grand et très fort, et il a quitté la ferme familiale après la mort de sa première femme pour venir exercer une métier ingrat à Paris. Ils sont voisins mais tout les oppose, si ce n’est qu’ils sont tous les deux paumés et déprimés. Et aussi qu’elle est belle, et qu’il est beau. Evidemment, ils vont se croiser. Au début ils se détestent, mais ils vont apprendre à se connaître.

Est-ce le nouveau roman de Serge Joncour ou le scénario de la comédie romantique la plus plate et la plus prévisible de l’année cinématographique ? Vous êtes en droit de douter. On se pose d’ailleurs la question assez souvent au long de Repose-toi sur moi, tant le canevas de cette histoire d’amour contrariée est commun et générique. Au jeu du chat et de la souris qui ouvre le roman, les deux héros s’agaçant mutuellement, succède bien vite une phase de passion dévorante, avant que la réalité ne rattrape les deux tourtereaux, les forçant à se demander jusqu’à quels sacrifices ils peuvent consentir pour cette histoire d’amour.

repose-toi sur moi-joncour-couvOn passe donc largement trois cents pages à pédaler dans ce scénario incroyablement convenu, dans lequel Serge Joncour ne parvient que trop rarement à insuffler un peu d’originalité. Aurore – c’est elle – et Ludovic – c’est lui – forment un couple si prévisible, si terne, qu’il est impossible de trouver leur histoire ne serait-ce que mignonne. Pour le dire le plus simplement du monde : on s’en fout. On s’en fout car on sait parfaitement comment tout cela va se terminer – le titre, Repose-toi sur moi, en est déjà un indice : les deux amants, cabossés par la vie, vont apprendre à se faire confiance et se reconstruire l’un l’autre -, et même par quelles péripéties on passera avant d’en arriver là.

Par miracle, et alors qu’on n’y croit plus du tout, Serge Joncour parvient tout de même à nous réserver une petite surprise. Une des laborieuses trames secondaires, concernant l’entreprise d’Aurore au bord de la faillite, trouve enfin sa justification et permet à Joncour de changer brièvement de ton. En imaginant un imbroglio économique qui implique deux collaborateurs véreux, il parvient dans les cent dernières pages, qui mélangent tous les genres de la farce au roman noir, à  retrouver un peu du ton tendrement acide qui faisait les meilleurs moments de l’Ecrivain national. Le tout est largement insuffisant pour sauver ce long roman, mais permet quand même de le quitter sur une note plus satisfaisante, car Joncour est aussi irrésistible quand il fait de l’humour qu’il est ennuyeux quand il joue aux grands romantiques.

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10 Comments

  1. Je te trouve un peu sévère ! Même si, je suis d’accord avec toi, l’intrigue paraissait au départ très convenue, je trouve qu’il en fait quelque chose de tendre et d’assez apaisant malgré la noirceur du propos. De là à le voir concourir pour les grands prix littéraires, je ne sais pas… Prix qu’il aurait sans doute mérités avec son jouissif Ecrivain national…

    • J’ai trouvé, justement, que ça manquait de la noirceur et de l’humour noir qui m’avaient plu dans l’Ecrivain national… Trop gentillet pour moi malgré les derniers rebondissements plus acides !

  2. L’auteur est quelqu’un pour qui j’ai un gros capital sympathie, mais malheureusement ses romans ne m’emportent pas assez loin… Dans l’écrivain national, j’ai aimé le côté écrivain, l’humour, la petite ville, et pas cru une seconde à l’histoire d’amour;..

    • C’était mon impression aussi pour l’Ecrivain national, mais les anecdotes autour de la vie d’auteur et celles sur la vie de village compensaient largement. Là, il n’y a pas grand chose à extraire de cette petite histoire…

  3. je le lirai car j’aime beaucoup Serge Joncour, mais j’avoue que le côté L’amour est dans le pré meets Le mec de la tombe d’à côté me rend perplexe…

    • J’ai pas mal pensé au Mec de la tombe à côté en effet, au moins pour les 100 premières pages ! Et ce genre de romans, ça n’est décidément pas mon truc…

  4. Ça pique 😉
    Il est sur ma pile, ça risque d’être mon premier de l’auteur, finalement je me demande si c’est une bonne idée…

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