Légende de Sylvain Prudhomme

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Au pied des Alpilles, coincée entre Arles, Marseille et les marais de la Camargue, se trouve la plaine désertique de la Crau. Un lieu peu connu, laissé pour l’essentiel aux brebis et, de temps en temps, à quelques réalisateurs de westerns qui y trouvent à moindres frais des paysages qui ressemblent parfaitement à ceux de l’Ouest américain. Cette plaine, Nel en est amoureux, comme quelques autres enfants du pays. Mais dans Légende, c’est surtout sur une autre facette de la région que Nel va devoir se pencher, en compagnie de son ami Matt, réalisateur à ses heures perdues, qui veut mener une enquête sur une boîte mythique de la région, aujourd’hui fermée. De fil en aiguille, Matt va se focaliser sur deux figures locale, deux cousins de Nel décédés à la fin des années 80.

Exit donc la Crau et ses brebis, sauf pour quelques jolies scènes, place à ces deux jeunes ados laissés à eux-mêmes par des parents quelque peu négligents, sans cesse en voyage à travers le monde. Maîtres d’une grande maison où veille seulement une grand-mère qui leur passe tout, les deux frères, du milieu de leur adolescence jusqu’à l’âge adulte, deviennent des emblèmes de ce qu’est la fête dans les années 80.

legende-prudhomme-couvExit, la Crau, et c’est bien dommage car Sylvain Prudhomme excelle à évoquer ses paysages arides, où pousse seulement une végétation basse et chétive qui fait le régal des brebis descendues de leurs alpages. Il en fait merveilleusement ressortir toute la sauvagerie et en même temps toute l’humanité – des générations de bergers semblant continuer à veiller sur ces lieux immémoriaux.

La première moitié du roman brille aussi grâce à quelques personnages solidement campés – Nel, fier héritier d’une dynastie de bergers de la Crau, en premier lieu. Les deux frères sur lesquels lui et Matt enquêtent, ainsi que leur bande de copains adolescents rebelles, réunis autour de la figure tutélaire et ultra-permissive de la bonne grand-mère, séduisent aussi un temps. Mais Légende entre bientôt dans une phase beaucoup plus convenue ; dès que les deux frères grandissent un peu et deviennent des figures stéréotypées de la jeunesse qui se brûle les ailes à trop vouloir profiter de la vie. L’histoire a beau être inspirée de la faits réels, elle n’en est pas moins désagréablement prévisible. Il suffit d’apprendre que l’un des deux frères est homosexuel pour qu’aussitôt l’ensemble de sa fin soit connue – un homo flamboyant dans les années 80, vous imaginez bien le reste. Prudhomme échoué totalement, malheureusement, à faire de son récit de la maladie quelque chose d’un tant soit peu remarquable ou original.

Le roman semble alors lui échapper totalement. Mais déjà des signes d’essoufflement se faisaient sentir au préalable, des l’entrée à l’âge adulte, qui voit les deux frères fonctionner quasiment en vase clos – et, à quelques années d’écart, nos deux enquêteurs font de même. Prudhomme ne peut se reposer sur des seconds rôles car, depuis le début, ceux-ci sont limités à des ombres à peine esquissées. C’est particulièrement vrai pour les femmes, toujours rejetées à la périphérie, quasi-muettes, qui sont soit des conseillères maternantes soit des cibles à séduire. Il résulte de cette concentration totale sur les premiers rôles une impression d’étouffer. Légende finit par baigner dans une ambiance pesante de vestiaire ou de comédie dramatique entre mâles, du genre Le coeur des hommes.  On voudrait élargir le cadre, retrouver un peu de la vastitude de la Crau, mais Légende s’embourbe, s’enferme définitivement dans ce petit théâtre trop exigu, que Sylvain Prudhomme ne parvient jamais vraiment à faire revivre. 

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4 Comments

    • Je ne connais pas bien la région mais Sylvain Prudhomme en parle très bien ! Après c’est sûr que le développement de l’histoire n’est pas à la hauteur…

  1. J’ai noté la belle plume de l’auteur et son talent pour créer des atmosphères, mais je n’ai pas vraiment accroché à Légende. Par contre j’avais adoré Les Grands, un gros coup de coeur!

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