La succession de Jean-Paul Dubois

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Il y a des héritages plus faciles à porter que d’autres. Dans le cas de Paul Katrakilis, le héros de la Succession, les atavismes familiaux ont tout du fardeau. Passe encore que son grand-père, sa mère et son oncle aient été des personnes au mieux extravagantes, au pire des plus bizarres – le premier, parce qu’il racontait à qui voulait l’entendre qu’il fut le médecin de Staline, entre autre récits invérifiables ; les suivants, parce qu’ils menaient ce qui ressemblait drôlement à une vie de couple incestueuse, sous les yeux-mêmes du père de Paul. Mais que les trois se soient suicidés, à quelques années d’écart, voilà qui est assez lourd.

Cherchant plus ou moins consciemment à échapper à cette malédiction familiale, et parce qu’il ne peut rien partager avec son père apathique et asocial, Paul choisit de s’exiler. Alors qu’une carrière de médecin l’attend, il part pour la Floride où il pourra vivre de sa passion : la cesta punta, variante de la pelote basque qui, à Miami, est très populaire et attire des milliers de curieux et de parieurs. Il parvient à y passer quatre années d’insouciance avant que le passé le rattrape, quelques jours avant Noël 1987, lorsqu’il apprend que son père s’est suicidé à son tour.

la succession - dubois - couvEn voilà un roman qui n’a pas l’air gai. Pourtant, moi qui ne connaissais pas Jean-Paul Dubois (déjà largement reconnu pourtant pour des romans comme Kennedy et moi et Le Cas Sneijder), j’ai été frappé d’entrée par l’allégresse de son écriture, instantanément séduisante grâce à l’impression de facilité qui s’en dégage, et grâce à l’humour narquois et attendri dont fait preuve Dubois. Tout est drôle dans la Succession : la galerie de personnages secondaires truculents, les bribes d’histoire familiale que Paul a réussi à collecter en dépit du mutisme de ses parents, la pantomime hystérique et dérisoire des joueurs de cesta punta (dont je n’ai toujours pas compris les règles) transformés en chevaux de courses sur lesquels parier. Et pourtant, c’est certainement aussi le livre le plus triste que j’aie lu cette rentrée.

Tout est question de dosage, de justesse, d’équilibre entre l’épaisse mélancolie qui gagne peu à peu notre anti-héros, et la distance amusée que conserve la narration. Si le dénouement voit triompher – on s’y attendait – l’ombre, le gros du roman se promène avec une adresse remarquable sur le fil du rasoir. Il y a bien, au beau milieu de ce bel édifice, une histoire de rencontre amoureuse un peu moins réussie et qui met en péril, un temps, la belle harmonie de l’ensemble ; mais en dehors de cela, la Succession est le genre de roman dont on se délecte, et qui pose au passage avec une certaine poigne, de bonnes questions sur ce que signifie s’accomplir et, de manière plus inattendue, sur la notion de mort assistée.

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10 Comments

  1. Comme toi, je n’ai encore jamais lu JP Dubois (malgré toutes les bonnes choses qu’on a pu dire d’ « Une vie française »). Ce que tu laisses entrevoir du ton général de ce roman me plait beaucoup. Ça va peut-être enfin me décider à sauter le pas…

    • Je n’avais jamais été tenté, mais la première page a suffi à me convaincre. Il y a tellement de facilité et d’intelligence dès le début que je me suis laissé convaincre, et je ne regrette pas !

    • Curieusement les bons retours ne m’avaient jusqu’à présent jamais donné envie… J’avais peur que ce soit à la limite du feel-good, et à vrai dire je ne sais plus pourquoi car cette fois on en est quand même très loin !!

  2. Ha ha, je pourrais m’y intéresser, ce billet est enthousiaste!
    Au sujet de la photo : ah bon, des casques, pas de bérets? Tssst, tout se perd.

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