Voyage au centre de Pierre Patrolin

voyage au centre - illustration, centre de la terre (schéma)

Depuis la Montée des cendres en 2013, j’ai décidé que je suivrais Pierre Patrolin n’importe où. Que ce soit pour une traversée de la France à la nage – son premier roman -, pour une longue errance en voiture ou pour toute autre expédition qu’il voudrait mettre sur pied à l’avenir, je signe les yeux fermés. C’est dons sans la moindre hésitation, et sans même me renseigner sur le programme, que je l’ai accompagné pour ce nouveau Voyage au centre. Mais au centre de quoi, d’ailleurs?

C’est bien là toute la question car si la quatrième de couverture fait explicitement référence au centre de la terre – nous ramenant forcément à Jules Verne -, on se demande dès les premières pages par quel miracle on pourrait bien s’y rendre, dans la mesure où la silhouette qui nous sert de héros semble avoir bien du mal à dépasser le stade du réveil difficile et du café matinal.

voyage-au-centre-couvertureOn connaît maintenant bien Patrolin et son écriture obsessionnelle, qui revient sans cesse aux mêmes détails, et son sens du rythme bien particulier qui le fait avancer lentement, en zigzag. On sait que ces tendances frisent parfois la manie mais que, de répétition en répétition, c’est toujours un curieux paysage qui se dessine, des mystères alléchants qui émergent. Alors on attend, on accepte de se traîner le long d’infinies descriptions d’un rituel matinal – elle se lève, il traîne au lit, elle claque la porte, il va se faire un café – qui peut s’étirer sur quarante, cinquante pages si on veut, faisant passer les descriptions les plus méticuleuses d’un Perec ou d’un Robbe-Grillet pour d’aimables rédactions de collégiens.

Mais au milieu de cette lancinante et- disons-le – pénible routine, la promesse du voyage s’esquisse peu à peu. Par fragments. Elle ne sera jamais tout à fait réalisée – ne serait-ce que parce que le voyage ne se fera que par la pensée -, Voyage au centre restant perpétuellement enlisé dans ce rabâchage vaseux. Mais, par à coups, on décolle un petit peu avant que le livre cale à nouveau. On déambule – enfin sorti de l’appartement – et telle bouche de métro ou telle colonne sur une place semble pouvoir devenir l’entrée d’un souterrain infini ou l’habitacle qui permettra de creuser jusqu’au noyau. Patrolin livre de très beaux paragraphes, parfois inspirés du technicisme de Verne, parfois plus abstraits – sur la notion de centre elle-même, ce qu’elle a d’arbitraire -, mais revient toujours à sa ritournelle du quotidien, y ajoutant parfois, comme pour enfoncer le couteau, des considérations grammaticales – on analyse ici une construction attributive, là un gérondif – qui achèvent de plomber le récit.

Arrivé là, on veut bien renoncer au centre de la terre pourvu que la promesse du voyage soit tenue, même a minima. On est prêt à supplier. Emmène-nous juste au tabac du coin, Pierre, ou au local à poubelles, qu’importe, mais que l’on échappe à cet enfermement stérile. On ne s’attendait certes pas à croiser des dinosaures comme chez Verne, on se doutait bien que Patrolin, qui n’en fait toujours qu’à sa tête, ne céderait à aucune facilité. Mais de là à proposer un texte aussi mal léché et rébarbatif, de là à nous larguer là, au milieu de nulle part… On nous avait promis un voyage : la prochaine fois, je me renseignerai quand même sur la destination.

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3 Comments

  1. Patrolin : ne connaissant point je vais tenter de chercher de trouver son roman de 2013. Et même de le lire en regardant de temps à autre la pluie sur les carreaux. merci pour l’article critique!

  2. Patrolin : ne connaissant point je vais tenter de chercher de trouver son roman de 2013. Et même de le lire en regardant de temps à autre la pluie et ciel gris de ce mois de novembre. merci pour l’article critique et la découverte de cet auteur!

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