L’Effroi de François Garde

des nazis à l"opéra - l'effroi - la grande vadrouille

Opéra Garnier. Ce soir doit être joué un des plus grands classiques du répertoire : Così fan tutte. Pour la première, ce 20 avril, des caméras sont dans la salle : l’opéra sera retransmis, en direct, sur France 2. Les musiciens s’accordent, le chef d’orchestre, le célèbre Louis Craon, salue l’audience. Et, pour la sidération de tous, lance au moment où le silence se fait, un retentissant Heil Hitler ! accompagné du salut nazi.

L’orchestre et le public restent muets. Que faire ? Comment répondre à une telle provocation ? Un des altistes, Sébastien Armant, décide de se lever et de tourner le dos à ce chef d’orchestre auquel il n’est plus question d’obéir. L’ensemble des musiciens le suit bientôt. Déconfit, Craon quitte le pupitre, disparaît.

l'effroi - garde - couvCette forte scène n’est que l’incipit de l’Effroi, le nouveau roman de François Garde, qui s’était jusque là illustré dans le registre du roman d’aventures et du récit de voyage – avec, notamment, le beau Ce qu’il advint du sauvage blanc et l’essai La baleine dans tous ses états. Cette fois-ci, nous ne quitterons pas – ou si peu – Paris, où Sébastien Armant devient vite la coqueluche des médias. Pris dans un tourbillon, le pauvre jeune homme se voit désigné héros du jour, et doit jongler entre les injonctions des communicants de l’Opéra de Paris, les regards bientôt désapprobateurs des collègues qui voient d’un mauvais œil cette soudaine célébrité, et une bande de néo-nazis qui se met bientôt déposer des pamphlets menaçants dans sa boîte aux lettres. Pour s’être opposé au chef d’orchestre, Armant découvre les rouages d’autres jeux de pouvoir, et découvre qu’il n’est, pour beaucoup, qu’un pion.

Trop pour un seul homme ? Sans doute, et Sébastien ne tarde pas à craquer, comme on peut s’y attendre. Surtout, tout cet imbroglio fait trop pour un seul roman. Si la scène inaugurale est menée de main de maître par François Garde, celui-ci se retrouve très vite tiraillé entre deux extrêmes qu’il ne parvient jamais à concilier. Nous avons d’un côté un roman psychologique qui voit le modeste Armant lutter avec sa nouvelle célébrité qu’il est certain de ne pas avoir mérité, assorti de scènes de la vie intime – Armant a une femme et deux enfants – qui font partie des passages les plus anodins du roman, faute d’une observation psychologique plus fine. De l’autre côté, une tentative de fiction politique dans laquelle le spectre du nazisme se fait de plus en plus présent – le geste de Craon donnant lieu à d’autres actions antisémites. Au milieu, on trouve quelques traits d’une satire plutôt amusante quoique convenue des médias et des jeux de pouvoir – Garde, haut fonctionnaire, se moque certainement en connaissance de cause des ministres et des énarques qui passent sous sa plume.

L’Effroi cherche ainsi sa voie pendant plus de deux cents pages ; François Garde empile les personnages secondaires plus ou moins prévisibles – la flic débordée mais humaine, la chargée de communication aux dents qui rayent le parquet – jusqu’à un dénouement qui voit la confrontation initiale se répéter sur un mode plus intimiste. Si, en termes de composition, cette deuxième rencontre entre Armant et Craon, permet de joliment boucler la boucle, mais son contenu se révèle bien vite décevant, malgré la promesse d’expliquer le geste fou du chef d’orchestre. Ces explications, malgré une mise en forme très cinématographique, se révèlent bien creuses, à l’image de l’ensemble du roman qui semble avoir été tout entier imaginé pour servir de prétexte à sa première scène.

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8 Comments

  1. C’est son nouveau roman? J’aime bien l’auteur, il se renouvelle bien.
    D’où vient cette photo? C’est Garnier?

    • Oui, c’est son nouveau roman, paru en octobre ! C’est sûr qu’on ne peut pas se reprocher de s’enfermer dans un style. J’avais beaucoup aimé le premier ainsi que la Baleine dans tous ses états, mais là c’est très en-dessous pour moi.
      Quant à la photo, c’est bien Garnier… Dans la Grande vadrouille 😉

      • Mais oui, la grande vadrouille!(sans Chagall je suppose, évitons les anachronismes)
        Ce roman vient d’arriver à la bibli. On verra.

  2. Dommage, ça commençait bien !
    Comme je n’avais pas aimé le seul livre que j’ai lu de cet auteur, que j’avais trouvé également creux, me semble-t-il me souvenir, je ne tenterai pas l’aventure…

  3. Je viens de le terminer; rythme tranquillou, en fait, et on ne sait pas tout, vraiment. Mais plaisant.

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