La Cité de l’indicible peur de Jean Ray

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La petite bourgade paisible d’Ingersham tremble. Curieusement, depuis que l’inspecteur Triggs y a pris sa retraite, il s’y passe des choses étranges. Des ombres passent, des miroirs deviennent trompeurs… Alors quand le propriétaires des Grands Magasins d’Ingersham décède brusquement, pratiquement dans les bras du mannequin de bois qui lui sert de compagne, Ingersham cède à la panique – autant que le légendaire flegme anglais le permet, du moins. De vieilles rumeurs ressuscitent : et si « ils » étaient revenus ? « Ils » ? Des spectres sans doute, qui profitent du brouillard persistant dans ce coin de l’Angleterre pour passer inaperçus.

On n’en saura guère plus, pendant longtemps, malgré l’enquête de Triggs, bien obligé de reprendre du service. Lui qui n’a jamais eu à traiter que des affaires courantes, ce qu’il n’a jamais voulu avouer à ses nouveaux voisins qui l’imaginent en aiglon de Scotland Yard, se voit plongé dans un sacré écheveau. Car aucune des morts suspectes qui surviennent ne paraît causée par la main humaine. Certaines victimes semblent tout simplement mortes de peur.

L’Epouvante, citoyenne de droit des villes et bourgs d’Angleterre, a-t-elle pris corps à Ingersham, pour y tirer, de ses affreuses mains de brume, les ficelles des pantins humains ?

jean-ray-la cite de l'indicible peurPas besoin de connaître Jean Ray, écrivain belge décédé il y a une cinquantaine d’années et auteur d’une oeuvre prolifique – on parle de 9300 contes et nouvelles, et ce n’est pas tout -, pour comprendre bien vite que tout ceci n’est pas très sérieux. Entre la bonhomie un peu gauche de notre inspecteur Triggs et la dimension évidemment parodique de la description des moeurs étriquées des petits bourgeois d’Ingersham, il y a de nombreuses raisons de rire dans la Cité de l’indicible peur. Surtout qu’un narrateur omniscient nous plonge dans les coulisses de certaines morts, particulièrement absurdes, sans pour autant mettre à mal le suspense.

Car même si Jean Ray s’amuse des codes du roman anglais – que ce soit le roman gothique du XIXe ou le roman policier d’Agatha Christie -, ce grand faiseur d’histoires n’en perd pas de vue la mécanique du récit pour autant. On ne frissonne certes pas beaucoup, paradoxalement, à la lecture de la Cité de l’indicible peur, mais il n’empêche que l’enquête, aussi déceptive que soit sa résolution, est rondement menée. On se rend bien compte que Jean Ray nous fait tourner en bourrique, nous emmène sur de fausses pistes rien que pour prolonger sa petite promenade rieuse dans les rues d’Ingersham, mais c’est toujours avec une grande inventivité, qui lui permet notamment de donner naissance à une galerie de personnages secondaires remarquable. Entre humour belge et non-sens british, la Cité de l’indicible peur est une vraie friandise, que les éditions Alma ont eu l’excellente idée de rééditer en mai dernier.

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2 Comments

  1. Si c’est assez pasticue, avec humour belge et non sens british, je pourrais adhérer; car j’avoue que le fantastique me laisse en général sur ‘ouais bon, et alors?’ ou ‘tout ça pour ça’ (j’ai lu le tome 1 de Walkind dead, et les zombies me faisaient rigoler, donc raté!)

    • Disons que c’est du « faux » fantastique, constamment désamorcé et par l’humour et par les découvertes de l’inspecteur…Mais je ne voudrais pas trop spoiler 😉

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