Icare au labyrinthe de Lionel-Edouard Martin

icare au labyrinthe - illustration - carte

Ils sont deux, lancés sur un road trip qui les emmènera de Paris à l’Auvergne en passant par la Touraine et le Poitou. Deux personnages bien trempés, bien différents aussi : entre la jeune et blonde Palombine, effrontée et taquine, et le narrateur, un romancier et poète confidentiel et souvent en proie au doute, qui ressemble fort à Lionel-Edouard Martin, rien de commun ou presque. Ils se connaissent d’ailleurs à peine, mais quelles meilleures conditions qu’un voyage en voiture de plusieurs centaines de kilomètres, émaillé de haltes dans les restaurants de bord de nationale, pour découvrir l’autre ?

Dans Icare au labyrinthe, road-trip dominé par les dialogues entre Palombine et l’auteur, on se déplace aussi bien sur les routes de France que dans le temps, le parcours étant borné par des lieux marquant l’évolution du narrateur – du village de sa grand-mère aux maisons de campagne de certains proches amis. Souvent, les étapes sont l’occasion de tenter de concilier passé et présent, ou plutôt un moi passé et un moi actuel.

icare au labyrinthe - lionel edouard martin - couvMais où qu’il se trouve, le narrateur d’Icare au labyrinthe semble déplacé, hors de son milieu naturel. Au début du roman, il invente le terme “anatopie”, sur le modèle d’”anachronisme”. Tout du long, qu’il se trouve dans une soirée parisienne où se produisent des artistes appelés pour donner une caution culturelle snob à l’événement ou dans le village de sa grand-mère, il semble être parachuté par erreur dans un lieu qui ne lui correspond pas. Le road-trip devient alors, plus qu’un simple moteur littéraire, le signe d’une recherche – du lieu et du temps perdu – inépuisable.

Icare au labyrinthe est pourtant loin de ressembler à un roman sur l’errance métaphysique. Au contraire, il s’agit d’un texte plein de gouaille et d’humour, notamment grâce à la figure de Palombine qui ressemble à une Zazie perdue non plus dans les rues de Paris mais lâchée au beau milieu d’une cambrousse où résonnent des noms de villages et de lieux dits plus pittoresques les uns que les autres. Face à l’auteur mal léché et déprimé qui tient le volant, elle joue une parfaite mouche du coche qui ne cesse de remettre en question les certitudes du Lionel-Edouard Martin de papier, le renvoyant dans ses cordes aussi bien lorsqu’il s’agit d’évoquer la cuisine locale que les raisons qui le poussent à écrire.

Car c’est là le sujet central dans Icare au labyrinthe, qui se révèle peu à peu être presque exclusivement auto-réflexif. Car, on nous le suggère assez vite, Palombine n’existe peut-être que dans l’esprit du narrateur, comme une création intérieure destinée à faciliter la mise en branle de ses pensées. Lionel-Edouard Martin n’hésite pas à faire un pas de côté pour briser le quatrième mur – si l’on peut parler de quatrième mur dans le roman – se fiant ainsi au principe énoncé face à Palombine, selon lequel il faut, pour “écrivailler”, “mettre entre le monde et soi le recul d’une apathie”. Ainsi renvoie-t-il régulièrement le lecteur, pourtant bien embarqué dans cette drôle d’odyssée, au caractère factice de l’ensemble :

– Comment tu fais pour te souvenir de trucs aussi bancroches, La Brequeille, Coubladour, des noms pareils?
– Je me relis. C’est juste une trentaine de lignes plus haut.

Lionel-Edouard Martin ne parle presque que de l’acte d’écrire lorsqu’il évoque ses difficultés à se compromettre avec des beaux parleurs qui font et défont des carrières, lorsqu’il nous entraîne avec lui dans les profondeurs de souvenirs qui s’imposent à lui au cours de flashbacks poignants, lorsqu’il raconte avec émotion sa relation avec un personnage fictif. Sortie de route : le roman était en fait un art poétique. Mais jamais on n’en a lu d’aussi truculent.

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2 Comments

  1. Palombine ☺ , fait penser au vieux roman de Michelet « les palombes ne passerint plus » Bon mois de fevrier à vous Pr Platypus & lectures

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