Scédase ou l’hospitalité violée d’Alexandre Hardy

Avant Corneille, avant Racine, il y eut Hardy. Si on ne lit plus beaucoup ce dramaturge auteur de plus de 600 pièces (dont une trentaine seulement a été conservée), si on le joue encore moins, c’est surtout parce que sa langue, nourrie de tournures à l’antique et d’effets de syntaxe qui déroutent le lecteur contemporain, est bien plus difficile que celle de ses successeurs de l’âge d’or du théâtre classique.

Scédase, courte pièce en cinq actes inspirée d’un chapitre de Plutarque évoquant le viol de deux jeunes femmes par des nobles Spartiates qu’elles ont accueillis conformément aux principes de l’hospitalité, commence d’ailleurs bien difficilement. Le premier acte tout entier se compose d’un exposé moral plutôt abstrait censé introduire les grandes problématiques de la pièce. Etrange manoeuvre dilatoire, qui paraissait sans doute plus banale pour le public de 1604, habitué à un théâtre plus statique et plus didactique.

scédase - couv pleiade théâtre du Xviie siècleUne fois passé ce premier acte éprouvant, Scédase ne manque pourtant pas d’intérêt, ne serait-ce que pour la façon frontale dont Hardy représente le crime sordide des deux Spartiates, bien éloignée de toute considération pour la bienséance si chère aux auteurs classiques. Pour un peu, on se croirait plutôt du côté du théâtre élisabéthain, plus enclin à de telles démonstrations sur scène.

Etonnant aussi, le traitement réservé au viol. Quand on sait comment le théâtre du XVIIe traite les femmes, il faut reconnaître que le drame de Hardy  condamne fermement les deux hommes (même si le titre de la pièce laisse d’une certaine manière entendre que leur plus grand crime est de trahir le lien d’hospitalité). Ceux-ci ajoutent la lâcheté à l’infamie puisqu’ils décident de fuir, ce qui leur permet d’échapper à une condamnation à l’acte V faute d’être pris sur le fait. A cela se joint une coloration politique puisque, contrairement à Scédase, le père des deux jeunes femmes, les violeurs sont riches et ont bonne réputation. La Fontaine n’a pas encore écrit « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir », mais c’est déjà ce que déplore, de manière plutôt inattendue, Alexandre Hardy.

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