Hector d’Antoine de Montchrestien

Tout comme Scédase d’Alexandre Hardy, le Hector de Montchrestien figure dans le premier volume de l’anthologie du Théâtre du XVIIe siècle de la Pléiade. Ecrit et joué la même année, en 1604, Hector est d’un abord plus facile, la langue semblant moins vieillie, mais se révèle rapidement bien plus archaïque dans la façon d’envisager l’art de la scène.

Si l’on s’intéresse à l’histoire du théâtre, cela ne manque pas d’intérêt : on pourra notamment relever le rôle très important du chœur, qui évoque encore fortement le modèle antique dont s’éloignera le théâtre baroque puis classique. On pourra aussi trouver étonnant de voir Montchrestien adopter si fermement le point de vue des Troyens, faisant notamment du grec Achille un méprisable traître quand on est plutôt habitué à le voir traité en héros. Mais pour le lecteur amateur – que je suis -, Hector est surtout une pièce extrêmement statique, qui se réduit pour l’essentiel à un simple dialogue argumentatif qui voit s’opposer le héros troyen à Andromaque, Priam et Hécube, lesquels, suite à un pressentiment de la première, le prient de ne pas aller au combat. Trois actes entiers sont consacrés à tenter de persuader Hector, tandis que le quatrième voit le débat se poursuivre en son absence. Au cinquième, tout de même, la nouvelle soudaine de la mort d’Hector – qui a fini par se résoudre à aller au combat – nous fait réellement entrer dans la tragédie.

Quelques citations de critiques classiques ou contemporains dans la notice de la pièce montrent bien cet excès : Lanson écrit par exemple qu' »une telle oeuvre relève de la rhétorique et non de l’art dramatique ». D’un point de vue rhétorique, c’est effectivement une belle réussite, qui alterne monologues délibératifs et vifs échanges de maximes rimées, parmi lesquels on trouve parfois de très belles répliques, concises et cinglantes, qui semblent annoncer Corneille. Cela ne suffit pas cependant à dissiper l’ennui que provoque Hector sur le lecteur contemporain…

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