La vie automatique de Christian Oster

la vie automatique - oster - illustration mécanique montre

Je m’intéresse davantage à ce qui va se passer, ai-je dit, quoique modérément, mais je m’y intéresse.

La phrase n’est pas anodine : quand le narrateur de la Vie automatique la prononce, il ne se doute en aucun cas que, dix pages plus loin, il aura mis fin à sa promenade du côté de la porte d’Orléans pour se rendre à Roissy, acheté un billet pour le Japon et pris place dans un avion pour suivre Charles, le fils de la vieille dame qui l’héberge depuis quelques jours. Ce qui va se passer, c’est l’énigme continuelle qui agite la Vie automatique, le dix-huitième roman de Christian Oster. Et ceci dès la première scène qui voit notre personnage principal s’extirper de sa maison en flammes, seulement muni d’une valise contenant quelques vêtements de rechange dont il se débarrasse bien vite pour ne garder que son portefeuille.

Cette scène inaugurale, racontée avec une précision presque gourmande – la fumée qui s’insinue partout, le bruit du feu, l’odeur du feu, sa progression – agit comme un révélateur : une table rase. Après l’incendie, le narrateur ne cherche nullement à reconstruire, mais entame une sorte d’errance dans laquelle toute trace du passé est oblitérée. Il loue une chambre dans un hôtel parisien sous un faux nom, évite ses anciens amis. Se plie tout de même, il faut bien vivre, à des obligations professionnelles, à commencer par le tournage d’une série télé médiocre dans lequel il joue quelques répliques. Mais surtout, se laisse vivre, porter, en pilote automatique dirait-on, comme le suggère le titre. Jusqu’à ce qu’intervienne dans cette vie flottante une vieille dame, France Rivière.

la vie automatique - oster - couvChristian Oster a quitté les Editions de Minuit il y a quelques années, après une longue collaboration. On a peine à le croire tant La Vie automatique semble être une sorte de quintessence du roman Minuit, avec ses personnages aux affects toujours troubles, indécis, sa narration concentrée sur une mécanique qui tourne toute seule – automatiquement, encore une fois -, son écriture légèrement tremblée qui sait se faire plus rigoureuse pour extraire de la matérialité du quotidien des instants pleins de grâce. Le temps d’une poignée de scènes au Japon, Oster semble même faire un clin d’oeil complice au Jean-Philippe Toussaint de Fuir.

Ces traits caractéristiques donnent à la Vie automatique des airs familiers. C’est un roman confortable, dont on parvient assez vite à cerner les contours, mais pas prévisible pour autant grâce aux personnages de France Rivière et, surtout, de son fils Charles qui, par opposition au narrateur, envisagent leur vie selon une suite de décisions fermes et rigoureuses ou d’habitudes tranchées, dans lequel le hasard n’entre guère en ligne de compte. Et peu importe si ces décisions semblent incompréhensibles de l’extérieur… De la confrontation de ces deux modes d’existence naît parfois un certain décalage comique, mais aussi en définitive une plongée du narrateur en lui-même qui donne au roman tout son sens et élève la résignation au rang d’art de vivre.

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4 Comments

    • J’avais vu un de ses précédents romans (En ville) et je n’avais pas été aussi séduit, mais cette fois c’est une belle redécouverte !

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