L’Opium du ciel de Jean-Noël Orengo

drone-en-2017 - l'opium du ciel

Rien ne fait peur à Jean-Noël Orengo. Après avoir publié en 2015 la Fleur du Capital, un premier roman énorme à tous points de vue (800 pages aussi pleines de décrochages et de variations stylistiques qu’un chant polyphonique corse pour livrer une analyse de Pattaya, Mecque du tourisme sexuel en Thaïlande, sous le prisme de la domination capitaliste), le voilà de retour avec l’Opium du ciel, un roman plus bref mais dont le narrateur se trouve être un drone nommé Jérusalem qui se voit soudain doué de conscience.

Drôle de défi que de concevoir un roman pris en charge par ce narrateur, quasi omniscient puisque placé dans une situation de surplomb permanent mais dont les questionnements vis-à-vis de sa propre identité de machine pensante sont légion. Jérusalem est issu de pièces détachées de deux machines, la première appartenant à une jeune fille française partie faire le djihad en Syrie, et la seconde à l’armée américaine. Les deux engins, désossés par un couple d’illuminés et assemblés en un seul, se voient dotés par-dessus le marché d’un logiciel surperformant qui rapproche Jérusalem de la conscience humaine…

l'opium du ciel - couvLa première partie de l’Opium du ciel est à la hauteur du challenge : la reconstitution par Jérusalem de son passé, devenu fragmentaire en raison du reset qui a été imposé à sa mémoire, donne lieu à la confrontation, extrêmement fertile, de deux mondes : celui d’une jeune fille d’assez bonne famille qui tombe dans une radicalisation inattendue, et celui des soldats qui, sur le « théâtre des opérations », sont en première ligne pour faire face à elle et aux siens.

Le roman suit cependant, de manière chronologique, le cycle de vie de Jérusalem et, une fois évacués les premiers propriétaires des drones, le roman bascule dans un tout autre registre. C’est le couple qui redonne vie au drone qui donne son ton à la deuxième moitié du roman : archéologues, spécialistes du fait religieux, mais aussi rejetés par une partie de la communauté scientifique en raisons d’opinions peu orthodoxes, ils vivent en retrait de la société au Moyen-Orient.

Ce basculement dans un commentaire des religions et de la spiritualité est l’occasion de développements tout à fait intéressants, notamment sur la place de la femme dans les religions monothéistes. Orengo noie cependant ces quelques notions pertinentes dans une abondante et indigeste logorrhée où se mêlent spiritualité et technologie. Bien vite, l’Opium du ciel s’enlise dans cette veine ésotérique, perdant malheureusement de vue les forces de son beau personnage principal, dont le rapport ambigu au genre humain – à qui il doit tout mais dont les faiblesses le consternent souvent – promettait des développements plus riches.

Sur le même thème :

2 Comments

  1. Je note cette fleur du capital, que tu as préféré (et qui est )à la bibli). Les trucs baroques, polyphoniques et ventrus, c’est ma came.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *