Scédase ou l’hospitalité violée d’Alexandre Hardy

Avant Corneille, avant Racine, il y eut Hardy. Si on ne lit plus beaucoup ce dramaturge auteur de plus de 600 pièces (dont une trentaine seulement a été conservée), si on le joue encore moins, c’est surtout parce que sa langue, nourrie de tournures à l’antique et d’effets de syntaxe qui déroutent le lecteur contemporain, est bien plus difficile que celle de ses successeurs de l’âge d’or du théâtre classique.

Scédase, courte pièce en cinq actes inspirée d’un chapitre de Plutarque évoquant le viol de deux jeunes femmes par des nobles Spartiates qu’elles ont accueillis conformément aux principes de l’hospitalité, commence d’ailleurs bien difficilement.… Lire la suite

Icare au labyrinthe de Lionel-Edouard Martin

icare au labyrinthe - illustration - carte

Ils sont deux, lancés sur un road trip qui les emmènera de Paris à l’Auvergne en passant par la Touraine et le Poitou. Deux personnages bien trempés, bien différents aussi : entre la jeune et blonde Palombine, effrontée et taquine, et le narrateur, un romancier et poète confidentiel et souvent en proie au doute, qui ressemble fort à Lionel-Edouard Martin, rien de commun ou presque. Ils se connaissent d’ailleurs à peine, mais quelles meilleures conditions qu’un voyage en voiture de plusieurs centaines de kilomètres, émaillé de haltes dans les restaurants de bord de nationale, pour découvrir l’autre ?

Dans Icare au labyrinthe, road-trip dominé par les dialogues entre Palombine et l’auteur, on se déplace aussi bien sur les routes de France que dans le temps, le parcours étant borné par des lieux marquant l’évolution du narrateur – du village de sa grand-mère aux maisons de campagne de certains proches amis.… Lire la suite

Refuges de Léon-Paul Fargue

refuges - leon paul fargue - illustration moulin rouge

Au terme de sa vie, Léon-Paul Fargue ajouta à son imposante bibliographie, essentiellement composé de recueils de poésie, une poignée de petits ouvrages, entre la chronique et l’essai, parmi lesquels figurent deux livres de souvenirs sur Paris : le Piéton de Paris et Refuges.

Fargue, né en 1876 est évidemment un témoin privilégié pour explorer le Paris bohème de la première moitié du vingtième siècle. Lui qui fut un familier de Mallarmé et un grand ami de Ravel, qui était en train de déjeuner avec Picasso quand il fut frappé de l’attaque qui le laissa hémiplégique jusqu’à sa mort, a mille anecdotes à conter à la fois sur Paris et sur ses habitants les plus notoires.… Lire la suite

L’Ange gardien de Raymond Penblanc

l'ange gardien - illustration - Cul_de_lampe_pour_la_[...]Leclerc_Sébastien_

« Cest quoi, le contraire d’un miracle ? », demande au beau milieu d’une scène de panique un des personnages de l’Ange gardien. Bonne question. Le mot correspondant serait bien utile dans certaines circonstances mais la langue française n’a pas, à moins de se contenter d’antonymes imparfaits, jugé bon de l’inventer. Comment évoquer alors la série de malheurs qui frappe l’institution respectable de la Mère-Dieu, qui commence avec le spectaculaire meurtre par strangulation d’une élève par un professeur, et se poursuit avec, entre autres, la mort terriblement ironique du prêtre dans sa propre chapelle ?

Catastrophe ? Malédiction ? Décidément, non, aucun de ces mots ne saurait expliquer le curieux effondrement qui frappe cette école privée.… Lire la suite

Le Papillon d’Andrus Kivirähk

kivirahk - le papillon - papillons épinglés

On pourrait croire qu’on commence à bien connaître Andrus Kivirähk. Après l’Homme qui savait la langue des serpents et les Groseilles de novembre, deux échappées belles dans une Estonie médiévale peuplée de créatures fantastiques et de chimères, on pensait l’avoir cerné. C’était sans compter sur le Papillon, troisième roman traduit en France (encore par un traducteur différent, Jean-Pascal Ollivry) mais premier roman d’Andrus Kivirähk. Loin des terres sauvages qu’arpentaient Leemet ou les légendaires Kratts, le papillon se déroule dans une Estonie bien plus proche et bien plus tangible : celle du début du XXe siècle, à la veille de la Première Guerre Mondiale.… Lire la suite

La Maison des épreuves de Jason Hrivnak

la maison des epreuves - oedipe et le sphinx de gustave moreau detail

Il y a quinze ans, Claro permettait au lectorat français d’accéder au roman la Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, déjà auréolé alors d’un statut d’oeuvre-culte. Claro, qui s’était certes déjà fait un nom aussi bien pour ses traductions que pour ses propres romans, garde depuis une certaine aura qui explique qu’il soit à ma connaissance un de seuls traducteurs français-anglais suivi de près par certains lecteurs – dont je fais partie – , là où tant de traducteurs restent anonymes.

Pas étonnant donc que Claro suscite à nouveau l’intérêt lorsqu’il propose aux Editions de l’Ogre sa traduction de la Maison des épreuves.… Lire la suite

Le Motel du voyeur de Gay Talese

judas - peeping hole - motel du voyeur illustration

En 1980, Gay Talese, déjà largement renommé pour son rôle dans l’émergence du nouveau journalisme et ses articles très littéraires dans les colonnes du New York Times ou d’Esquire, reçoit une lettre anonyme. L’expéditeur prétend être propriétaire d’un motel dans lequel une dizaine de chambres sont équipées de grilles d’aération factices qui permettent de voir sans être vu, et grâce auxquelles il observe depuis plus de dix ans les clients qui se succèdent, et leurs pratiques sexuelles.

Plus de trente ans plus tard, Gay Talese peut enfin publier le Motel du voyeur, un long récit sur cet homme qui, avec la complicité de sa femme, a épié au fil des années des centaines de couples.… Lire la suite

La Cité de l’indicible peur de Jean Ray

la cité de l'indicible peur - jean ray - illustration

La petite bourgade paisible d’Ingersham tremble. Curieusement, depuis que l’inspecteur Triggs y a pris sa retraite, il s’y passe des choses étranges. Des ombres passent, des miroirs deviennent trompeurs… Alors quand le propriétaires des Grands Magasins d’Ingersham décède brusquement, pratiquement dans les bras du mannequin de bois qui lui sert de compagne, Ingersham cède à la panique – autant que le légendaire flegme anglais le permet, du moins. De vieilles rumeurs ressuscitent : et si « ils » étaient revenus ? « Ils » ? Des spectres sans doute, qui profitent du brouillard persistant dans ce coin de l’Angleterre pour passer inaperçus.

On n’en saura guère plus, pendant longtemps, malgré l’enquête de Triggs, bien obligé de reprendre du service.… Lire la suite

Terres lorraines & Jean Des Brebis d’Emile Moselly (double Prix Goncourt 1907)

terres lorraines - illustration - moisson début XXe siècle

Il n’aura fallu que cinq ans, cinq prix pour que nos dix jurés du Goncourt deviennent des experts de l’embrouille. C’est qu’il est contraignant, ce fichu testament d’Edmond ! Que l’on doive couronner un « ouvrage d’imagination en prose », passe encore ; que l’on privilégie la jeunesse, soit ; mais devoir, systématiquement, nommer un ouvrage paru dans l’année ? Voilà qui est pénible.

Car voilà qu’en 1907, les jurés du Goncourt tombent sur un recueil de nouvelles publié pour une première fois en 1904… Mais réédité par Plon en 1907. Ce recueil, Jean des Brebis ou le livre de la misère d’Emile Moselly, ne fait certes pas l’unanimité – il faut plus de tours de scrutin que d’habitude, et Moselly ne finit par l’emporter que par six voix sur dix.… Lire la suite

Les Villes de la plaine de Diane Meur

Les villes de la plaine - Ancient city of Palmyra

Avez-vous jamais rêvé de déambuler dans les rues de Sir et de sa voisine et rivale Hénab, ces deux cités antiques réputées pour la beauté de leurs ruines et pour la mystérieuse rapidité avec laquelle elles s’effondrèrent, au sommet de leur gloire ? Vous êtes-vous déjà imaginé, surplombant les ruines ville depuis les terrasses du palais des juges, construit quelques siècles avant notre ère ?

Jamais, vraiment ? Vous n’avez même jamais entendu parler de ces deux villes millénaires ? Que je vous rassure :  vous n’avez raté aucun cours d’histoire, la ville de Sir et sa voisine Hénab n’ont jamais existé ailleurs que dans l’imagination de Diane Meur.… Lire la suite