Musique 2016 – Bilan

Comme tous les ans, je clos cette traditionnelle semaine de bilans avec un coup d’oeil sur l’année musicale qui vient de s’écouler. Si 2016 a été une année relativement peu remarquable pour la littérature, je ne peux pas dire la même chose pour la musique. L’actualité musicale avait même de quoi faire tourner la tête par moments, avec nombre de pointures qui revenaient sur le devant de la scène, de Kanye West à Benjamin Biolay en passant par les Last Shadow Puppets, mais aussi une impressionnante fournée de jeunes groupes au fort potentiel qu’il faudra suivre dans les années à venir – Hinds, Whitney, Sunflower Bean, Las Aves, The Lewon Twigs… Sans parler bien sûr, malheureusement, des disparus, David Bowie en tête…

Tout ceci et bien plus se trouve ci-dessous, en une image et une playlist qui résument mon année 2016.… Lire la suite

Lectures 2016 – Bilan

Voici venu, encore une fois, le temps de vous adresser mes meilleurs voeux pour la nouvelle année… Et de jeter par la même occasion un coup d’œil sur celle qui vient de s’écouler. L’année 2016, honnie par tous (pour toutes les célébrités qu’elle nous a pris, entre autres), a-t-elle été généreuse en matière de littérature ? Pour moi, ce fut une année en demi-teinte avec, surtout une rentrée de septembre plutôt médiocre, dans laquelle figuraient un grand nombre de textes sympathiques, certes, mais d’où n’a véritablement émergé qu’une poignée de livres remarquables. La tendance se confirme chaque année : c’est plutôt dans la rentrée de janvier que se concentrent maintenant les pépites…

Malgré cela, je n’ai jamais autant lu puisque j’ai passé cette année la barre des 250 livres (273 pour être exact : ça devient presque inquiétant, et c’est exactement 100 de plus qu’en 2015), parmi lesquels 94 ont été chroniqués ici, et 29 du côté de Balises, le webmagazine de la Bpi, pour un total de 123 – un peu moins de la moitié donc.… Lire la suite

La mort difficile de René Crevel

au-rendez-vous-des-amis-ernst-crevel-la mort difficile

La scène est dans une maison bourgeoise. Au salon, deux rombières échangent potins et confidences. Il y a de quoi faire : entre un mari devenu fou, qui écrit chaque jour la même lettre à la Pompadour, et un autre qui s’est suicidé – c’est de famille, dit-on -, Mme Blok et Mme Dumont-Dufour peuvent bien se plaindre un peu. Et nous, nous moquer de ces deux caricatures dans un salon défraîchi, tiraillées entre convenances et pulsions érotiques ou morbides, que René Crevel nous offre en entrée de la Mort difficile. La satire est facile, certes, mais suffisamment grinçante pour fonctionner.… Lire la suite

La Neige de Saint-Pierre de Leo Perutz

la neige de saint-pierre - paul Grabwinkler - Renoncement

Lorsqu’il se réveille dans un lit d’hôpital, le docteur Amberg est instantanément assailli par le vif souvenir des terribles évènements qui l’ont conduit là. Tout avait pourtant bien commencé : il avait enfin quitté sa vieille tante, qui s’est toujours occupé de lui après la mort de ses parents, pour prendre un poste à Morwede, dans la campagne. Il y a été, pendant plus d’un mois, au service du Baron Van Malchin, et par-dessus le marché il y a retrouvé Bibiche, une ancienne collègue dont il était follement amoureux. Celle-ci est même devenue sa maîtresse.

Tout allait donc pour le mieux jusqu’à ce qu’Amberg découvre les drôles de préoccupations du baron Van Malchin.… Lire la suite

Patient zéro de Philippe Besson

patient zéro - besson - rubans-sida

Depuis le début de l’année, la collection Incipit, portée par les éditions Prisma, se propose d’inviter des auteurs connus pour évoquer des premières fois. Non pas, nécessairement, des premières fois personnelles, mais des points de bascule historiques, des avancées symboliques ou des bonds technologiques. On a ainsi vu passer un titre sur l’invention du bikini écrit par Eliette Abecassis et un texte sur la première femme élue à l’Académie Française par François Bégaudeau, tandis que son prévus pour la rentrée des évocations du premier métro et du premier macaron. Philippe Besson, quant à lui, signe sans doute le volume le plus dramatique de cette charmante collection, en retraçant dans Patient zéro les origines de l’épidémie mondiale de SIDA.… Lire la suite

Le Conte de la dernière pensée d’Edgar Hilsenrath

Le Conte de la dernière pensée, publié en 1989, a une place à part dans l’oeuvre d’Edgar Hilsenrath : si la plupart de ses romans s’inspirent, de près ou de loin, des événements historiques qui ont marqué sa vie – du quotidien dans le ghetto de Moguilev-Podolski décrit dans Nuit à l’installation en Israël au lendemain de la libération, bientôt suivie d’un autre exil en Amérique -, ce texte-ci évoque un drame tout à fait étranger : le génocide arménien de 1915.

On comprend bien, évidemment, quels rapports l’oeuvre d’Hilsenrath en général peut entretenir avec un tel sujet : lui qui a toujours écrit des textes d’une brutalité extrême destinés à lutter contre l’oubli ne pouvait qu’être interpellé par un tel sujet, non seulement pour ce qu’il a de commun avec la Shoah, thème central de ses autres romans, mais aussi en raison de son invisibilité dans l’Histoire mondiale, faute d’une véritable reconnaissance par les autorités turques et par les instances internationales.… Lire la suite

What belongs to you de Garth Greenwell

love-locks-pont-des-arts-what-belongs-to-you

A son arrivée à Sofia, le narrateur de What belongs to you est seul. Débarqué d’Amérique, il a été embauché comme professeur de littérature dans une école de la capitale bulgare. Alors qu’il parle à peine la langue, il va faire une rencontre décisive, celle du jeune et beau Mitko B.  La rencontre n’est pas vraiment le fruit du hasard, puisque c’est dans des toilettes réputées pour être un lieu de drague que le narrateur tombe sur Mitko, qui lui propose à son grand dam une relation tarifée. Trop attiré pour refuser, le narrateur s’engage alors dans une relation en pointillés qui durera plusieurs mois, une relation où l’amour le dispute à la honte et à la lâcheté.… Lire la suite

Watership Down de Richard Adams

watership down-rabbits - dessin animé

Aux éditions Monsieur Toussaint Louverture, non seulement on peut se vanter d’avoir un catalogue à peu près irréprochable, mais en plus, on sait comment allécher le lecteur à coups de teasers, d’extraits et d’aperçus des (toujours très belles) couvertures à venir. Il arrive même que ça marche trop bien puisque je n’ai pas pu résister à l’envie de lire Watership Down de Richard Adams dans sa version originale, avant même que sa nouvelle traduction soit publiée par l’éditeur bordelais le 15 septembre. Il faut dire, avec les arguments de cette brochure, comment résister ?

Me voilà donc parti à la découverte de ce best-seller mondial méconnu en France, qui a peut-être souffert d’une première traduction mal orientée, ou bien de son ambivalence – de son statut de roman d’aventure mettant en scène des petits lapins, qui n’a rien cependant d’un roman pour enfants… Car si les grandes lignes du récit – un groupe de héros décide de quitter sa garenne, pourtant fort bien organisée et hospitalière, suite au pressentiment funeste de Fiver (Fyveer dans la nouvelle traduction), le Cassandre de la bande, et afin de s’établir dans une prairie plus verte – ont tout du gentillet récit d’aventures animalières, il ne faut pas longtemps pour réaliser que Richard Adams s’adresse à un public tout ce qu’il y a de plus mature.… Lire la suite

L’Hippo d’Amérique de Jon Mooallem

Hippos fantasia - l'hippo d'amérique - mooallem

Une sérieuse pénurie de viande touchait l’Amérique à cette époque. Les prix du boeuf avaient explosé à la suite du ravage des terres d’élevage par le surpâturage. L’industrie en crise peinait à satisfaire la faim de villes à la démographie galopante en raison de vagues successives d’immigrés, et d’une demande croissante de viande à l’exportation. Il y avait plus de bouches à nourrir que jamais, mais le cheptel bovin du pays perdat chaque année des millions de têtes. On envisageait à voix basse l’idée de manger du chien.

Cette grave crise de la production alimentaire aux Etats-Unis, évoquée au début de l’Hippo d’Amérique, n’est pas si éloignée de nous : commençant sous le mandat de Theodore Roosevelt et atteignant son paroxysme en 1910, elle laisse l’administration fédérale désemparée.… Lire la suite