La mort difficile de René Crevel

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La scène est dans une maison bourgeoise. Au salon, deux rombières échangent potins et confidences. Il y a de quoi faire : entre un mari devenu fou, qui écrit chaque jour la même lettre à la Pompadour, et un autre qui s’est suicidé – c’est de famille, dit-on -, Mme Blok et Mme Dumont-Dufour peuvent bien se plaindre un peu. Et nous, nous moquer de ces deux caricatures dans un salon défraîchi, tiraillées entre convenances et pulsions érotiques ou morbides, que René Crevel nous offre en entrée de la Mort difficile. La satire est facile, certes, mais suffisamment grinçante pour fonctionner.… Lire la suite

La Neige de Saint-Pierre de Leo Perutz

la neige de saint-pierre - paul Grabwinkler - Renoncement

Lorsqu’il se réveille dans un lit d’hôpital, le docteur Amberg est instantanément assailli par le vif souvenir des terribles évènements qui l’ont conduit là. Tout avait pourtant bien commencé : il avait enfin quitté sa vieille tante, qui s’est toujours occupé de lui après la mort de ses parents, pour prendre un poste à Morwede, dans la campagne. Il y a été, pendant plus d’un mois, au service du Baron Van Malchin, et par-dessus le marché il y a retrouvé Bibiche, une ancienne collègue dont il était follement amoureux. Celle-ci est même devenue sa maîtresse.

Tout allait donc pour le mieux jusqu’à ce qu’Amberg découvre les drôles de préoccupations du baron Van Malchin.… Lire la suite

Patient zéro de Philippe Besson

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Depuis le début de l’année, la collection Incipit, portée par les éditions Prisma, se propose d’inviter des auteurs connus pour évoquer des premières fois. Non pas, nécessairement, des premières fois personnelles, mais des points de bascule historiques, des avancées symboliques ou des bonds technologiques. On a ainsi vu passer un titre sur l’invention du bikini écrit par Eliette Abecassis et un texte sur la première femme élue à l’Académie Française par François Bégaudeau, tandis que son prévus pour la rentrée des évocations du premier métro et du premier macaron. Philippe Besson, quant à lui, signe sans doute le volume le plus dramatique de cette charmante collection, en retraçant dans Patient zéro les origines de l’épidémie mondiale de SIDA.… Lire la suite

Le Conte de la dernière pensée d’Edgar Hilsenrath

Le Conte de la dernière pensée, publié en 1989, a une place à part dans l’oeuvre d’Edgar Hilsenrath : si la plupart de ses romans s’inspirent, de près ou de loin, des événements historiques qui ont marqué sa vie – du quotidien dans le ghetto de Moguilev-Podolski décrit dans Nuit à l’installation en Israël au lendemain de la libération, bientôt suivie d’un autre exil en Amérique -, ce texte-ci évoque un drame tout à fait étranger : le génocide arménien de 1915.

On comprend bien, évidemment, quels rapports l’oeuvre d’Hilsenrath en général peut entretenir avec un tel sujet : lui qui a toujours écrit des textes d’une brutalité extrême destinés à lutter contre l’oubli ne pouvait qu’être interpellé par un tel sujet, non seulement pour ce qu’il a de commun avec la Shoah, thème central de ses autres romans, mais aussi en raison de son invisibilité dans l’Histoire mondiale, faute d’une véritable reconnaissance par les autorités turques et par les instances internationales.… Lire la suite

What belongs to you de Garth Greenwell

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A son arrivée à Sofia, le narrateur de What belongs to you est seul. Débarqué d’Amérique, il a été embauché comme professeur de littérature dans une école de la capitale bulgare. Alors qu’il parle à peine la langue, il va faire une rencontre décisive, celle du jeune et beau Mitko B.  La rencontre n’est pas vraiment le fruit du hasard, puisque c’est dans des toilettes réputées pour être un lieu de drague que le narrateur tombe sur Mitko, qui lui propose à son grand dam une relation tarifée. Trop attiré pour refuser, le narrateur s’engage alors dans une relation en pointillés qui durera plusieurs mois, une relation où l’amour le dispute à la honte et à la lâcheté.… Lire la suite

Watership Down de Richard Adams

watership down-rabbits - dessin animé

Aux éditions Monsieur Toussaint Louverture, non seulement on peut se vanter d’avoir un catalogue à peu près irréprochable, mais en plus, on sait comment allécher le lecteur à coups de teasers, d’extraits et d’aperçus des (toujours très belles) couvertures à venir. Il arrive même que ça marche trop bien puisque je n’ai pas pu résister à l’envie de lire Watership Down de Richard Adams dans sa version originale, avant même que sa nouvelle traduction soit publiée par l’éditeur bordelais le 15 septembre. Il faut dire, avec les arguments de cette brochure, comment résister ?

Me voilà donc parti à la découverte de ce best-seller mondial méconnu en France, qui a peut-être souffert d’une première traduction mal orientée, ou bien de son ambivalence – de son statut de roman d’aventure mettant en scène des petits lapins, qui n’a rien cependant d’un roman pour enfants… Car si les grandes lignes du récit – un groupe de héros décide de quitter sa garenne, pourtant fort bien organisée et hospitalière, suite au pressentiment funeste de Fiver (Fyveer dans la nouvelle traduction), le Cassandre de la bande, et afin de s’établir dans une prairie plus verte – ont tout du gentillet récit d’aventures animalières, il ne faut pas longtemps pour réaliser que Richard Adams s’adresse à un public tout ce qu’il y a de plus mature.… Lire la suite

L’Hippo d’Amérique de Jon Mooallem

Hippos fantasia - l'hippo d'amérique - mooallem

Une sérieuse pénurie de viande touchait l’Amérique à cette époque. Les prix du boeuf avaient explosé à la suite du ravage des terres d’élevage par le surpâturage. L’industrie en crise peinait à satisfaire la faim de villes à la démographie galopante en raison de vagues successives d’immigrés, et d’une demande croissante de viande à l’exportation. Il y avait plus de bouches à nourrir que jamais, mais le cheptel bovin du pays perdat chaque année des millions de têtes. On envisageait à voix basse l’idée de manger du chien.

Cette grave crise de la production alimentaire aux Etats-Unis, évoquée au début de l’Hippo d’Amérique, n’est pas si éloignée de nous : commençant sous le mandat de Theodore Roosevelt et atteignant son paroxysme en 1910, elle laisse l’administration fédérale désemparée.… Lire la suite

Paris est un leurre de Xavier Boissel

paris est un leurre - vegas

La guerre de 14-18 ce sont les tranchées, les poilus, les obus ; Verdun, la Marne, le Chemin des Dames. On y pense rarement, mais c’est aussi la première guerre pendant laquelle l’aviation est utilisée pour bombarder l’arrière – et les civils. Les proportions évidemment n’ont rien à voir avec la seconde guerre mondiale ou d’autres conflits ultérieurs. Mais à Paris, c’est dès août 1914 que les Taubes allemands font leur apparition, d’abord pour des raids destinés à impressionner les citadins mais qui n’occasionnent que peu de dégâts – les bombes transportées sont extrêmement légères, et les avions n’ont pas encore de système de visée.… Lire la suite

Le reste est littérature – Juin 2016

amadeo de souza cardoso - saint julien l'hospitalier

Comme chaque mois, petit bilan de mes activités culturelles hors littérature des dernières semaines. Pour le résumer en une phrase (pour les flemmards) : allez voir Amadeo de Souza-Cardoso au Grand Palais !

Dans mes oreilles

Deux nouveaux albums ont pris toute la place ce mois-ci… D’abord celui des Kills que j’attendais impatiemment après leur concert à la Cigale en mai, beau retour après cinq ans de silence, sur lequel on retrouve forcément ce qui fait leur marque de fabrique (rythmiques minimales bien calées, riffs secs et chant enragé) avec un petit supplément d’âme en plus… Après plus de dix ans de carrière, les Kills s’autorisent à arrêter de prendre des poses rock’n’roll un instant pour montrer un peu de vulnérabilité et de naturel : c’est plutôt étonnant et ça donne entre autres les plus belles ballades qu’ils aient jamais écrites.… Lire la suite