Carnet d’un imposteur de Hugo Horiot

Carnet d'un imposteur_7497Le premier livre de Hugo Horiot, l’Empereur c’est moi, avait rencontré un certain succès en 2013 en raison de l’étrange histoire qu’il racontait : celle d’un garçon autiste, muet jusqu’à ses six ans, profondément gêné dans ses relations avec les autres, qui était parvenu à se transformer au prix d’un grand effort sur lui-même et d’un changement de prénom en un adulte raisonnablement sociable, et comédien par-dessus le marché.

Cette histoire, qui est bien celle de Hugo Horiot, est à nouveau mise en scène dans Carnet d’un imposteur, de l’enfance à l’arrivée sous le feu des projecteurs et donc des critiques, qui trouvent bien étrange qu’un autiste puisse sembler si à l’aise dans le monde et devant les caméras – l’occasion de démentir quelques idées reçues sur l’autisme.… Lire la suite

Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans de Lydia Flem

Je me souviens de l'imperméable rouge que je portais l'été de mes vingt ans - flem - corset

Quand j’ai reçu à la bibliothèque Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans, dont j’avais entendu de bons échos, je l’ai feuilleté distraitement, ai picoré de-ci de-là quelques fragments, et l’ai remisé aussitôt dans un coin, en me disant qu’il était n’était sans doute pas très utile de lire un petit bouquin qui ne faisait que reprendre strictement le principe des Je me souviens de Perec. Certes, le texte de Perec reste inépuisable et il constitue un modèle qu’il est très facile et amusant de s’approprier (c’est même un exercice fort pratique pour travailler l’autobiographie avec des élèves de troisième) ; mais de là à en faire des livres…

Comme je suis tout de même un peu curieux, j’ai fini par me pencher un peu plus sérieusement sur le cas de ce nouveau Je me souviens, désireux de comprendre peut-être ce qui lui valait tant d’éloges.… Lire la suite

Prête-moi ta plume de Raymond Penblanc

prête-moi ta plume

Printemps 1918. Alors qu’à l’autre bout de la France, le tumulte de la guerre va encore résonner pendant quelques mois, Jeanne naît « dans une petite ferme » du sud de la Bretagne. « Pas vraiment le bout du monde, la pointe du Raz se trouve à moins de trois heures de route et Quimper, la préfecture, à seulement une heure. » Pas vraiment le bout du monde, mais suffisamment loin pour que les secousses de l’Histoire ne parviennent jamais qu’assourdies.

La vie de Jeanne n’est pas un long fleuve tranquille pour autant. Il y a d’abord la mort de la soeur adorée, une mort à dix-huit ans qui reste incompréhensible, bientôt suivie par celle du père.… Lire la suite

L’Âge des lettres d’Antoine Compagnon

Roland Barthes - l'Âge des lettres

Jusqu’à tout récemment, Antoine Compagnon et moi n’étions pas très copains. Je lui tenais un peu rigueur de son essai le Démon de la théorie, douloureux souvenir de lecture en deuxième ou troisième année de licence. Je ne me souviens d’ailleurs pas très bien du contenu de ce livre – je me demande si j’étais parvenu à la terminer – mais il hante encore mes cauchemars. Il était donc grand temps que je me réconcilie avec cette grande figure des lettres, et quoi de mieux pour cela qu’un livre bien plus personnel et beaucoup moins aride que le précédent ?… Lire la suite

Algèbre de Yan Pradeau

homer simpson - algebre

Si votre cursus universitaire ressemble de près ou de loin au mien, le nom d’Alexandre Grothendieck ne doit pas vous dire grand chose. Il faut dire que mon dernier cours de mathématiques remonte à mon année de première, et que ce n’est pas un nom qu’on cite beaucoup dans les amphis des fac de lettres. Et pourtant, sachez-le, Alexandre Grothendieck est considéré comme – je cite Wikipedia –  « le refondateur de la géométrie algébrique et, à ce titre, comme l’un des plus grands mathématiciens du XXe siècle ».

Evidemment si comme moi vous êtes dans l’incapacité totale de vous représenter ce que peut désigner le terme de « géométrie algébrique », si vous n’avez jamais réussi à comprendre ce qu’était une fonction (par contre je suis pas mauvais en calcul mental, sachez-le), il semble peu probable qu’Algèbre de Yan Pradeau, sous-titré « Eléments de la vie d’Alexandre Grothendieck », vous soit destiné.… Lire la suite

Profession du père de Sorj Chalandon

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L’enfance d’Emile Choulans n’a rien d’un long fleuve tranquille. Entre un père violent, mythomane et paranoïaque et une mère soumise et résignée aux accès de folie de son mari, les moments de répit sont rares. Emile peut se réveiller un jour pour découvrir que Tom, son prétendu parrain américain, lui a adressé une lettre l’engageant à défendre sa patrie, ou bien se retrouver embobiné dans des embrouilles visant à menacer de mort un défenseur de l’Algérie libre. Même pour un gamin de douze ans, les évènements se succèdent à une vitesse difficile à avaler ; mais jouer les complices est le meilleur moyen de rester proche d’un père insaisissable, et d’éviter ses coups.… Lire la suite

La Dernière Nuit du Raïs de Yasmina Khadra

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Le 20 octobre 2011, au terme d’une guerre civile qui fit rage pendant six mois en Lybie et d’une traque de plusieurs jours, Mouammar Kadhafi était tué dans un grand déferlement de violence par un groupe de rebelles. Ainsi se terminaient 40 ans de règne sans partage sur la Libye.

Le sujet est encore d’une brouillante actualité, et le personnage des plus rebutants, mais il en faut plus pour faire peur à Yasmina Khadra, qui fait revivre dans la Dernière Nuit du Raïs le dictateur, retraçant son parcours par un savant jeu de flashbacks, depuis sa naissance dans une communauté déshéritée du nord de la Libye jusqu’aux derniers jours en passant par le coup d’Etat en 1969.… Lire la suite

Sur la scène intérieure de Marcel Cohen

Ce qu’on appelle le devoir de mémoire est devenu depuis quelques années un prétexte à littérature essentiel. On ne compte plus les romans mettant en scène des personnages partant à la recherche de traces de leurs parents, grands-parents, tantes, grands-oncles envoyés dans les camps de la mort. Les romanciers les plus audacieux racontent même directement la vie dans les camps, sans utiliser le prisme du souvenir. C’est presque devenu un genre à part entière, et cela donne lieu à une production des plus inégales, où les véritables perles sont rares – notamment parce qu’il est difficile de se mesurer à la parole des survivants, qui nous ont laissé des textes d’une puissance inégalable.… Lire la suite

La Première Pierre de Pierre Jourde

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En 2003, Pierre Jourde publiait chez le petit éditeur l’Esprit des Péninsules Pays perdu, un récit qui avait pour décor le petit village de Lussaud, dont sa famille est originaire et auquel il clamait son attachement en dépit de la lente et douloureuse disparition des modes de vie qui le caractérisent. Entre mythification et déploration, Pays perdu se voulait avant tout un éloge.

Seulement, quand on est habitant de Lussaud et que l’on se reconnait, de près ou de loin, dans les histoires d’alcoolisme, de suicide, de haines familiales soigneusement entretenues mais toujours gardées dans l’intimité du village, il est difficile de percevoir l’éloge derrière ce qui semble être le dévoilement au monde entier de tares honteuses. … Lire la suite

La Dame blanche de Christian Bobin

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On connaît sans doute trop mal, en France, l’oeuvre d’Emily Dickinson, une des figures les plus emblématiques de la poésie américaine dont la quasi-intégralité de la production fut publiée de manière posthume. Révolutionnaire pour son époque, sa poésie n’hésite pas à se jouer des règles de ponctuation et de versification. Bien qu’hermétique par endroits, elle possède malgré son caractère fragmentaire une grande puissance d’évocation, une propension à embrasser dans sa brièveté caractéristique des étendues considérables.

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