La Matrice de T. E. Lawrence

t.e. lawrence - lawrence d'arabie

En 1923, Thomas Edward Lawrence s’engage sous pseudonyme comme simple soldat dans la Royal Air Force, laissant derrière lui une carrière déjà riche en retentissements – qu’il agisse de son rôle dans la Révolte Arabe de 1916, qui lui vaut le surnom de Lawrence d’Arabie, ou de sa proximité avec celui qui deviendra Premier Ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill.

Le changement de statut est vertigineux ; d’auxiliaire des forces les plus puissantes de l’empire britannique, Lawrence devient un anonyme, un moins que rien qui, comme tous ses compagnons d’armes, subit quotidiennement l’humiliation des gradés et des conditions de vie déplorables. Des notes prises pendant cette période de sa vie, il tira trente ans plus tard The Mint, traduit en français sous le titre la Matrice.… Lire la suite

Le Maître du jardin de Valère Staraselski

la fontaine - allégorie cochin

Quel écrivain a réuni plus de titres pour plaire et intéresser ? Mais aussi quel écrivain est plus souvent relu, plus souvent cité ? Quel autre est mieux gravé dans la mémoire de tous les hommes instruits, et même de ceux qui ne le sont pas ? Le poète des enfants et du peuple est en même temps le poète des philosophes.(…) Dans ces moments qui ne reviennent que trop, où l’on recherche à se distraire de soi-même et à se défaire du temps, quelle lecture choisit-on plus volontiers ? Sur quel livre la main se porte-t-elle plus souvent ? Sur La Fontaine.

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10:04 de Ben Lerner

retour vers le futur foudre

« The Hassidim tell a story about the world to come that says everything there will be just as it is here. Just as our room is now, so it will be in the world to come; where our baby sleeps now, there too it will sleep in the other world. And the clothes we wear in this world, those too we will wear there. Everything will be as it is now, just a little different. »

Ce monde « un peu différent », le narrateur de 10:04 en fait l’expérience au quotidien. Depuis peu, il sait mettre des mots dessus, grâce aux médecins qui ont repéré chez lui une forme légère du syndrome de Marfan.… Lire la suite

La Place d’Annie Ernaux

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Annie Ernaux fait partie des grandes figures de la littérature actuelle autour desquelles on s’écharpe encore : faisant déjà figure de classique pour certains en raison de sa démarche autobiographique novatrice et systématique, ses oeuvres sont considérées par d’autres comme des textes banals et racoleurs. Il était temps que je me fasse un avis et j’ai choisi pour cela la Place, publié en 1984, et qui reste emblématique de l’oeuvre d’Ernaux, notamment car il fut son premier grand succès, couronné par le prix Renaudot.

Dans la Place, Annie Ernaux évoque son enfance à Yvetot, où ses parents tiennent un bar-épicerie.… Lire la suite

L’Autofictif d’Eric Chevillard

Sept ans ! Sept ans qu’Eric Chevillard met quotidiennement à jour son blog conçu au départ comme une récréation dans le processus lent et ardu que constitue la rédaction d’un roman. Sept ans que, chaque jour, émergent trois petites perles de sagesse absurde, soit un peu moins de 8000 à l’heure actuelle. On n’osera pas poser une question aussi naïve que « mais où va-t-il chercher tout ça ? », mais il faut tout de même avouer que l’exercice force le respect.

Fidèle lecteur des aventures de l’autofictif depuis ma découverte de Chevillard – ce fut avec l’Auteur et moi, en 2012, bientôt suivi par de nombreux autres – j’ai enfin acheté le premier volume de ces pensées et j’ai passé les fêtes à m’en délecter.… Lire la suite

Comment être quelqu’un ? de Sheila Heti

Margaux Williamson - House for a head

Sheila tente d’écrire une pièce. L’histoire de deux couples, les Oddi et les Sing, qui ont chacun un enfant de douze ans, Jenny pour les premiers, Daniel pour les seconds. Quand Daniel disparaît pendant leurs vacances à Paris, ce n’est curieusement pas Mme Oddi qui sombre dans une crise délirante, mais Mme Sing, qui prend conscience de la vacuité de son existence. A l’hôtel, elle sort sa flûte. Personne, chez les Oddi, ne sait qu’elle joue de la flûte. Elle joue très bien, d’ailleurs. Et soudain, elle n’a plus envie de jouer de la flûte. Ou plutôt, elle ne voudrait plus faire que ça, mais seule, sans public.… Lire la suite

J’ai perdu tout ce que j’aimais de Sacha Sperling

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Vers dix-huit ou dix-neuf ans, j’ai eu une longue période Bret Easton Ellis. J’ai commencé, si je me souviens bien, par Moins que zéro, et j’ai tout lu dans la foulée, jusqu’à Lunar Park – son dernier, à ce moment-là. Lunar Park, l’apothéose, dans lequel Ellis revient sur tous ses romans précédents, sur ce qui les a nourris, jusqu’à se faire engloutir par les fantômes de ses propres fictions. Un roman brillant, que je tiens encore pour un des plus importants du début de notre siècle. Si à cette époque-là j’avais eu la prétention d’écrire un roman, secoué par cet auteur qui m’ouvrait les portes de la littérature américaine contemporaine, j’aurais sans doute fait un sous-Moins que zéro, plein de jeunes gens oisifs et blasés, de scènes de violence et de visions paranoïaques.… Lire la suite

The Discomfort Zone (La Zone d’inconfort) de Jonathan Franzen

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Il n’y a sans doute rien de plus banal que les sentiments éprouvés par chacun à l’adolescence. Tout le monde ou presque pourra y aller de sa petite anecdote montrant combien cette période lui a semblé être celle de la solitude, de l’incompréhension et de l’impression d’être foncièrement différent des autres. Ironiquement, le recul des années permettra de prendre conscience que cette expérience de la dissemblance est peut-être la chose la plus partagée au monde, et que deux stratégies seulement en découlent : forcer le trait et se démarquer des autres par tous les moyens possibles, ou s’astreindre à se fondre dans un moule stéréotypé pour obtenir l’approbation d’un groupe.… Lire la suite

Verlaine de Jean-Baptiste Baronian

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Après avoir lu les BD  Verlaine de Jagodzinski et Casanave et Rimbaud de Xavier Coste, je continue cette semaine ma découverte de la vie de ces deux poètes avec un ouvrage plus « sérieux » puisqu’il s’agit d’une biographie du premier. Une histoire d’une grande richesse, faite d’une errance perpétuelle entre Paris, les Ardennes, l’Angleterre et la Belgique  et de chutes innombrables – l’aventure avec Rimbaud, si elle est la plus connue, est loin d’être la seule période de trouble pour Verlaine.

Jean-Baptiste Baronian en dresse un portrait presque à charge. Verlaine est en effet un alcoolique notoire, qui sous l’effet de l’absinthe tombe sous le coup de crises de rage d’une violence inimaginable.… Lire la suite

Paris-Brest de Tanguy Viel

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Louis n’a que 20 ans mais sa vie a déjà tout d’un roman. Entre sa grand-mère qui a hérité de dix-huit millions de francs d’un vieillard dont elle a été la dame de compagnie pendant trois ans, sa mère qui depuis soupçonne la femme de ménage d’en avoir après le magot, son père qui a détourné les fonds du club de foot brestois, son frère devenu footballeur professionnel et dont l’homosexualité est un secret de polichinelle, il en a, des choses à raconter.

Mais pour oublier un peu tout ça, Louis a commencé par fuir à Paris après s’être occupé de sa grand-mère pendant quelques années, tandis que le reste de sa famille s’était exilée dans le Languedoc.… Lire la suite