Un journal de rêve de Guy Hocquenghem

Normalien, soixante-huitard, rédacteur de la revue Action, membre du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), auteur en 1972 d’un coming-out tonitruant dans les pages du Nouvbel Obs et d’un livre révolutionnaire, le Désir homosexuel, pourfendeur dans Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary de ceux qui trahirent dès les années 70 les idéaux de 68 (dans l’essai), Guy Hocquenghem représente bien l’effervescence des milieux de gauche de mai 68 au premier septennat de François Mitterrand – il meurt peu de temps après sa réélection, en août 1988, des suites du Sida. De 1970 à 1987, il signe dans la presse, en plus de son travail de romancier et d’essayiste, un nombre conséquent d’articles dont certains ont contribué à révolutionner la vision de l’homosexualité en France.… Lire la suite

Uranie de Camille Flammarion

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Dans la famille Flammarion, on se souvient peut-être plus facilement d’Ernest, fondateur il y a bientôt 150 ans de la célèbre maison d’édition qui perdure encore aujourd’hui. A la fin du XIXe siècle, cependant, c’est certainement Camille, son frère aîné, qui tient le haut du pavé. Astronome, romancier, vulgarisateur passionné, il parvint à transmettre au grand public les dernières théories de la science de son temps. C’est d’ailleurs un de ses essais, L’Astronomie populaire, qui assure à la maison de son frère un de ses premiers succès.

Uranie, publié une dizaine d’années après ce best-seller, se propose à nouveau de porter à la connaissance du lecteur un certain nombre de découvertes récentes.… Lire la suite

Carnet d’un imposteur de Hugo Horiot

Carnet d'un imposteur_7497Le premier livre de Hugo Horiot, l’Empereur c’est moi, avait rencontré un certain succès en 2013 en raison de l’étrange histoire qu’il racontait : celle d’un garçon autiste, muet jusqu’à ses six ans, profondément gêné dans ses relations avec les autres, qui était parvenu à se transformer au prix d’un grand effort sur lui-même et d’un changement de prénom en un adulte raisonnablement sociable, et comédien par-dessus le marché.

Cette histoire, qui est bien celle de Hugo Horiot, est à nouveau mise en scène dans Carnet d’un imposteur, de l’enfance à l’arrivée sous le feu des projecteurs et donc des critiques, qui trouvent bien étrange qu’un autiste puisse sembler si à l’aise dans le monde et devant les caméras – l’occasion de démentir quelques idées reçues sur l’autisme.… Lire la suite

Refuges de Léon-Paul Fargue

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Au terme de sa vie, Léon-Paul Fargue ajouta à son imposante bibliographie, essentiellement composé de recueils de poésie, une poignée de petits ouvrages, entre la chronique et l’essai, parmi lesquels figurent deux livres de souvenirs sur Paris : le Piéton de Paris et Refuges.

Fargue, né en 1876 est évidemment un témoin privilégié pour explorer le Paris bohème de la première moitié du vingtième siècle. Lui qui fut un familier de Mallarmé et un grand ami de Ravel, qui était en train de déjeuner avec Picasso quand il fut frappé de l’attaque qui le laissa hémiplégique jusqu’à sa mort, a mille anecdotes à conter à la fois sur Paris et sur ses habitants les plus notoires.… Lire la suite

Le Motel du voyeur de Gay Talese

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En 1980, Gay Talese, déjà largement renommé pour son rôle dans l’émergence du nouveau journalisme et ses articles très littéraires dans les colonnes du New York Times ou d’Esquire, reçoit une lettre anonyme. L’expéditeur prétend être propriétaire d’un motel dans lequel une dizaine de chambres sont équipées de grilles d’aération factices qui permettent de voir sans être vu, et grâce auxquelles il observe depuis plus de dix ans les clients qui se succèdent, et leurs pratiques sexuelles.

Plus de trente ans plus tard, Gay Talese peut enfin publier le Motel du voyeur, un long récit sur cet homme qui, avec la complicité de sa femme, a épié au fil des années des centaines de couples.… Lire la suite

Les Etats et Empires du Lotissement Grand Siècle de Fanny Taillandier

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Little boxes on the hillside
Little boxes made of ticky tacky
Little boxes on the hillside
Little boxes all the same.
There’s a pink one and a green one
And a blue one and a yellow one
And they’re all made out of ticky tacky,
And they all look just the same.

S’il fallait choisir une chanson pour accompagner la lecture des Etats et Empires du Lotissement Grand Siècle de Fanny Taillandier, ce serait immanquablement le Little Boxes de Malvina Reynolds – que vous connaissez forcément, surtout s’il vous est arrivé de regarder la série Weeds il y a une dizaine d’années.… Lire la suite

Paris est un leurre de Xavier Boissel

paris est un leurre - vegas

La guerre de 14-18 ce sont les tranchées, les poilus, les obus ; Verdun, la Marne, le Chemin des Dames. On y pense rarement, mais c’est aussi la première guerre pendant laquelle l’aviation est utilisée pour bombarder l’arrière – et les civils. Les proportions évidemment n’ont rien à voir avec la seconde guerre mondiale ou d’autres conflits ultérieurs. Mais à Paris, c’est dès août 1914 que les Taubes allemands font leur apparition, d’abord pour des raids destinés à impressionner les citadins mais qui n’occasionnent que peu de dégâts – les bombes transportées sont extrêmement légères, et les avions n’ont pas encore de système de visée.… Lire la suite

Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans de Lydia Flem

Je me souviens de l'imperméable rouge que je portais l'été de mes vingt ans - flem - corset

Quand j’ai reçu à la bibliothèque Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans, dont j’avais entendu de bons échos, je l’ai feuilleté distraitement, ai picoré de-ci de-là quelques fragments, et l’ai remisé aussitôt dans un coin, en me disant qu’il était n’était sans doute pas très utile de lire un petit bouquin qui ne faisait que reprendre strictement le principe des Je me souviens de Perec. Certes, le texte de Perec reste inépuisable et il constitue un modèle qu’il est très facile et amusant de s’approprier (c’est même un exercice fort pratique pour travailler l’autobiographie avec des élèves de troisième) ; mais de là à en faire des livres…

Comme je suis tout de même un peu curieux, j’ai fini par me pencher un peu plus sérieusement sur le cas de ce nouveau Je me souviens, désireux de comprendre peut-être ce qui lui valait tant d’éloges.… Lire la suite

Poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier

Les Monty Python et la difficulté des déclinaisons latines - image de la Vie de Brian - Poésie du gérondif

J’avais déjà croisé Jean-Pierre Minaudier aux éditions du Tripode comme traducteur de l’Homme qui parlait la langue des serpents. Déjà, à l’époque, je m’étais fait la réflexion qu’être traducteur depuis l’estonien n’était pas banal – tout en me disant que peut-être, un jour, j’apprendrais cette langue pour lire le merveilleux roman de Kivirähk dans le texte.

De fait, Jean-Pierre Minaudier est un personnage tout sauf banal à en croire Poésie du gérondif, petit essai consacré à sa passion : les grammaires des langues du monde. N’entendez pas par là que Jean-Pierre Minaudier est un polyglotte d’exception. Humblement, il reconnaît ne maîtriser que trois ou quatre langues.… Lire la suite

La Supplication de Svetlana Alexievitch

20_tchernobyl - la supplication

Nous craignions la bombe, le champignon nucléaire et les choses ont pris une autre tournure… Nous savons comment brûle une maison incendiée par une allumette ou un obus… Mais ce que nous voyions ne ressemblait à rien… Les rumeurs disaient que c’était le feu céleste. Et même pas un feu, mais une lumière. Une lueur. Un rayonnement. Le bleu céleste. Et pas de fumée. Avant cela, les scientifiques étaient des dieux. Maintenant, ce sont des anges déchus. Des démons ! La nature humaine demeure toujours un mystère pour eux. Je suis russe. Je suis né près de Briansk. Chez nous, les vieux sont assis sur le seuil de leurs maisons de guingois qui ne vont pas tarder à tomber en ruine, mais ils philosophent, réorganisent le monde.

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