Pourquoi le saut des baleines de Nicolas Cavaillès

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J’ai déjà expliqué il y a quelques temps ma fascination pour les baleines, à l’occasion de ma lecture de La Baleine dans tous ses états de François Garde. Il était donc impossible pour moi de rater le petit livre que Nicolas Cavaillès a publié au printemps aux Editions du Sonneur, et qui se propose – en apparence tout du moins – de répondre à une question lancinante : pourquoi les baleines sautent-elles, de manière irrégulière et imprévisible, hors de l’eau ?

Le titre ne porte pas de point d’interrogation bien que cette question ne soit toujours pas tranchée : les baleines sautent hors de l’eau sans que cela réponde à une nécessité biologique – puisque remonter calmement à la surface leur suffit à respirer – ni qu’on ait pu identifier une dimension sociale ou ludique dans ces sauts.… Lire la suite

Sur la scène intérieure de Marcel Cohen

Ce qu’on appelle le devoir de mémoire est devenu depuis quelques années un prétexte à littérature essentiel. On ne compte plus les romans mettant en scène des personnages partant à la recherche de traces de leurs parents, grands-parents, tantes, grands-oncles envoyés dans les camps de la mort. Les romanciers les plus audacieux racontent même directement la vie dans les camps, sans utiliser le prisme du souvenir. C’est presque devenu un genre à part entière, et cela donne lieu à une production des plus inégales, où les véritables perles sont rares – notamment parce qu’il est difficile de se mesurer à la parole des survivants, qui nous ont laissé des textes d’une puissance inégalable.… Lire la suite

Les Légumes verts d’Aurélie Pétrel et Philippe Adam

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Dans les vitrines de certains restaurants – le plus souvent chinois ou japonais – on voit s’afficher fièrement des plats à la perfection aguicheuse. Des lamelles de boeuf qui semblent fondre rien qu’à les regarder, des nouilles à l’air insolemment al dente, du poisson cru si frais qu’il pourrait encore sembler prêt à tressaillir si on ne savait pas qu’il était en plastique ou en cire peinte.

Aurélie Pétrel a photographié nombre de ces objets ambigus, qui sont une invitation à saliver mais qui sont faits de matières non comestibles. Accompagnées de textes de Philippe Adam, ces photographies composent l’intéressant petit recueil Les Légumes verts.… Lire la suite

La Baleine dans tous ses états de François Garde

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Une confession d’abord : je voue une passion presque déraisonnable aux baleines. S’il existait une religion vouant son culte à une déesse-baleine, j’en ferais partie ; voire, je serais capable de la fonder. La liturgie consisterait en une adoration sans fin de sa puissance, sa taille, sa beauté, et se complèterait par quelques à-côtés du type messes noires autour du squelette de la baleine des Basques du Muséum d’Histoire Naturelle, guerre de religion contre les mécréants la chassant et pèlerinage annuel sur les côtes desquelles on peut apercevoir la reproduction des géantes.

Aussi, lorsque j’ai vu que François Garde, dont j’ai beaucoup aimé le premier roman, Ce qu’il advint du sauvage blanc, sortait un livre intitulé La Baleine dans tous ses états, j’ai su qu’il était fait pour moi.… Lire la suite

La Première Pierre de Pierre Jourde

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En 2003, Pierre Jourde publiait chez le petit éditeur l’Esprit des Péninsules Pays perdu, un récit qui avait pour décor le petit village de Lussaud, dont sa famille est originaire et auquel il clamait son attachement en dépit de la lente et douloureuse disparition des modes de vie qui le caractérisent. Entre mythification et déploration, Pays perdu se voulait avant tout un éloge.

Seulement, quand on est habitant de Lussaud et que l’on se reconnait, de près ou de loin, dans les histoires d’alcoolisme, de suicide, de haines familiales soigneusement entretenues mais toujours gardées dans l’intimité du village, il est difficile de percevoir l’éloge derrière ce qui semble être le dévoilement au monde entier de tares honteuses. … Lire la suite

Petit traité de dissidence spirituelle de Baptiste-Marrey

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Un chômeur en fin de droits de 33 ans, se faisant appeler Ali-Jesu a été conduit le jeudi 20 avril au Commissariat de Pont-sur-Marne pour troubles répétés à l’ordre public. Sans raison connue, il est décédé au cours de la nuit dans la cellule de dégrisement : il se serait lui-même blessé gravement au visage et aurait succombé à son hémorragie. « Il voulait sauver les autres, nous a déclaré le Commissaire-Centurion. Il n’a pas été fichu de se sauver lui-même. » L’IGN (la police des polices) a été saisie de l’incident.

Une douzaine de personnes, se prétendant disciples du défunt, ont manifesté pacifiquement devant le commissariat.

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La Matrice de T. E. Lawrence

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En 1923, Thomas Edward Lawrence s’engage sous pseudonyme comme simple soldat dans la Royal Air Force, laissant derrière lui une carrière déjà riche en retentissements – qu’il agisse de son rôle dans la Révolte Arabe de 1916, qui lui vaut le surnom de Lawrence d’Arabie, ou de sa proximité avec celui qui deviendra Premier Ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill.

Le changement de statut est vertigineux ; d’auxiliaire des forces les plus puissantes de l’empire britannique, Lawrence devient un anonyme, un moins que rien qui, comme tous ses compagnons d’armes, subit quotidiennement l’humiliation des gradés et des conditions de vie déplorables. Des notes prises pendant cette période de sa vie, il tira trente ans plus tard The Mint, traduit en français sous le titre la Matrice.… Lire la suite

L’Autofictif d’Eric Chevillard

Sept ans ! Sept ans qu’Eric Chevillard met quotidiennement à jour son blog conçu au départ comme une récréation dans le processus lent et ardu que constitue la rédaction d’un roman. Sept ans que, chaque jour, émergent trois petites perles de sagesse absurde, soit un peu moins de 8000 à l’heure actuelle. On n’osera pas poser une question aussi naïve que « mais où va-t-il chercher tout ça ? », mais il faut tout de même avouer que l’exercice force le respect.

Fidèle lecteur des aventures de l’autofictif depuis ma découverte de Chevillard – ce fut avec l’Auteur et moi, en 2012, bientôt suivi par de nombreux autres – j’ai enfin acheté le premier volume de ces pensées et j’ai passé les fêtes à m’en délecter.… Lire la suite

Le Livre des êtres imaginaires de Jorge Luis Borges

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Peut-être cela vous a-t-il échappé mais le blog sort aujourd’hui d’une assez longue période de dormance pendant laquelle je n’ai pu lire, en vue des oraux d’un concours, que des ouvrages sur l’économie, les politiques culturelles, le management en bibliothèques et autres joyeusetés que je n’ai pas très envie de chroniquer par ici pour des raisons évidentes (notamment parce que j’ai envie de conserver un ou deux lecteurs). Pas le temps, pendant tout un mois, d’ouvrir un roman ou quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à une lecture de détente, sauf un petit livre parfait pour les circonstances, dans lequel j’ai pu picorer pendant mes pauses : le Livre des êtres imaginaires de Borges, qui se présente comme un dictionnaire rassemblant une vaste liste de créatures forgées par l’esprit humain depuis l’Antiquité.… Lire la suite

Le Désordre Azerty d’Eric Chevillard

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Il est rare que j’attende un livre de pied ferme. Je ne suis pas de près les listes de publications à venir des maisons d’édition, et je découvre en général la sortie d’un livre une fois que c’est fait. Le Désordre Azerty fait exception puisque depuis que Minuit avait mis en ligne ses premières pages, j’en rêvais la nuit, et même parfois le jour, avec la bave aux lèvres. Du coup quand je l’ai vu dans la vitrine de ma très chère libraire ce mercredi 8 janvier, avec, rendez vous compte, un jour d’avance sur la sortie officielle, je me suis rué dessus et suis rentré chez moi en trottinant, avec des airs d’écolier qui sait que l’école est finie. Lire la suite