La Supplication de Svetlana Alexievitch

20_tchernobyl - la supplication

Nous craignions la bombe, le champignon nucléaire et les choses ont pris une autre tournure… Nous savons comment brûle une maison incendiée par une allumette ou un obus… Mais ce que nous voyions ne ressemblait à rien… Les rumeurs disaient que c’était le feu céleste. Et même pas un feu, mais une lumière. Une lueur. Un rayonnement. Le bleu céleste. Et pas de fumée. Avant cela, les scientifiques étaient des dieux. Maintenant, ce sont des anges déchus. Des démons ! La nature humaine demeure toujours un mystère pour eux. Je suis russe. Je suis né près de Briansk. Chez nous, les vieux sont assis sur le seuil de leurs maisons de guingois qui ne vont pas tarder à tomber en ruine, mais ils philosophent, réorganisent le monde.

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Mrs Engels de Gavin McCrea

Lizzie Burns

Lizzie Burns, née en 1827, fille d’un ouvrier spécialisé dans la teinture du coton, n’avait rien d’une femme ordinaire. Elle se destinait pourtant à travailler dans la même usine que son père, tout comme sa soeur Mary. C’était sans compter sans l’apparition dans le cadre du jeune et séduisant héritier de la manufacture, bien décidé à changer quelque peu les méthodes de son père par égard pour le bien-être de ses employés et qui, à force de les côtoyer, va tomber amoureux de Mary.

Et cet homme non plus n’a rien de banal. On se souvient surtout de lui pour certains de ses essais qui sont à l’origine du socialisme, pour son amitié avec Karl Marx et pour son travail fondamental qui a permis au Capital d’être publié après la mort de celui-ci.… Lire la suite

Pourquoi le saut des baleines de Nicolas Cavaillès

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J’ai déjà expliqué il y a quelques temps ma fascination pour les baleines, à l’occasion de ma lecture de La Baleine dans tous ses états de François Garde. Il était donc impossible pour moi de rater le petit livre que Nicolas Cavaillès a publié au printemps aux Editions du Sonneur, et qui se propose – en apparence tout du moins – de répondre à une question lancinante : pourquoi les baleines sautent-elles, de manière irrégulière et imprévisible, hors de l’eau ?

Le titre ne porte pas de point d’interrogation bien que cette question ne soit toujours pas tranchée : les baleines sautent hors de l’eau sans que cela réponde à une nécessité biologique – puisque remonter calmement à la surface leur suffit à respirer – ni qu’on ait pu identifier une dimension sociale ou ludique dans ces sauts.… Lire la suite

La Dernière Nuit du Raïs de Yasmina Khadra

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Le 20 octobre 2011, au terme d’une guerre civile qui fit rage pendant six mois en Lybie et d’une traque de plusieurs jours, Mouammar Kadhafi était tué dans un grand déferlement de violence par un groupe de rebelles. Ainsi se terminaient 40 ans de règne sans partage sur la Libye.

Le sujet est encore d’une brouillante actualité, et le personnage des plus rebutants, mais il en faut plus pour faire peur à Yasmina Khadra, qui fait revivre dans la Dernière Nuit du Raïs le dictateur, retraçant son parcours par un savant jeu de flashbacks, depuis sa naissance dans une communauté déshéritée du nord de la Libye jusqu’aux derniers jours en passant par le coup d’Etat en 1969.… Lire la suite

Les Légumes verts d’Aurélie Pétrel et Philippe Adam

légumes verts aurélie pétrel

Dans les vitrines de certains restaurants – le plus souvent chinois ou japonais – on voit s’afficher fièrement des plats à la perfection aguicheuse. Des lamelles de boeuf qui semblent fondre rien qu’à les regarder, des nouilles à l’air insolemment al dente, du poisson cru si frais qu’il pourrait encore sembler prêt à tressaillir si on ne savait pas qu’il était en plastique ou en cire peinte.

Aurélie Pétrel a photographié nombre de ces objets ambigus, qui sont une invitation à saliver mais qui sont faits de matières non comestibles. Accompagnées de textes de Philippe Adam, ces photographies composent l’intéressant petit recueil Les Légumes verts.… Lire la suite

La Baleine dans tous ses états de François Garde

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Une confession d’abord : je voue une passion presque déraisonnable aux baleines. S’il existait une religion vouant son culte à une déesse-baleine, j’en ferais partie ; voire, je serais capable de la fonder. La liturgie consisterait en une adoration sans fin de sa puissance, sa taille, sa beauté, et se complèterait par quelques à-côtés du type messes noires autour du squelette de la baleine des Basques du Muséum d’Histoire Naturelle, guerre de religion contre les mécréants la chassant et pèlerinage annuel sur les côtes desquelles on peut apercevoir la reproduction des géantes.

Aussi, lorsque j’ai vu que François Garde, dont j’ai beaucoup aimé le premier roman, Ce qu’il advint du sauvage blanc, sortait un livre intitulé La Baleine dans tous ses états, j’ai su qu’il était fait pour moi.… Lire la suite

Le Bourgeois de Paris de Fiodor Dostoïevski

Paris en 1860 par Edouard Willmann

Au début des années 1860, Fiodor Dostoïevski quitte sa Russie natale pour la première fois et entreprend un voyage de deux mois et demi en Europe Occidentale. Son périple comprend de longues étapes en Angleterre et en France, patries de Victor Hugo et de Shakespeare qu’il a lus assidûment dans sa jeunesse.

Lorsqu’il commence ce voyage, Dostoïevski n’est cependant déjà plus un jeune homme, et il découvre les capitales européennes avec le regard d’un homme plein d’expérience . Les notes qu’il ramène de ses visites, publiées dans une revue en 1863 et dont les éditions Payot proposent ici des extraits évoquant Londres et Paris, sont loin de constituer un guide du touriste émerveillé de ces deux grandes villes ; elles se composent plutôt de remarques sur l’état de la pensée et des moeurs occidentales.… Lire la suite

Underground de Haruki Murakami

metro tokyo

Le 20 mars 1995 reste dans la mémoire de tous les Japonais pour être le jour où le pays a connu le plus grave attentat depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Entre sept et huit heures du matin, 5 membres de la secte Aum répandent dans autant de rames du métro de Tokyo du gaz sarin, contenu à l’état liquide dans des petites poches qu’ils laissent tomber discrètement sur le sol avant de les percer avec la pointe de leurs parapluies. Ce gaz, dont la composition chimique est proche de certains pesticides, est environ 500 fois plus toxique que le cyanure.… Lire la suite

Le Livre des êtres imaginaires de Jorge Luis Borges

griffon - livre des etres imaginaires - borges

Peut-être cela vous a-t-il échappé mais le blog sort aujourd’hui d’une assez longue période de dormance pendant laquelle je n’ai pu lire, en vue des oraux d’un concours, que des ouvrages sur l’économie, les politiques culturelles, le management en bibliothèques et autres joyeusetés que je n’ai pas très envie de chroniquer par ici pour des raisons évidentes (notamment parce que j’ai envie de conserver un ou deux lecteurs). Pas le temps, pendant tout un mois, d’ouvrir un roman ou quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à une lecture de détente, sauf un petit livre parfait pour les circonstances, dans lequel j’ai pu picorer pendant mes pauses : le Livre des êtres imaginaires de Borges, qui se présente comme un dictionnaire rassemblant une vaste liste de créatures forgées par l’esprit humain depuis l’Antiquité.… Lire la suite

Mithra et le mithriacisme de Robert Turcan

mithra

En janvier, j’ai fait ce que l’on devrait tous faire au moins une fois par an : je suis allé flâner au Louvre. Une amie voulait y voir les portraits du Fayoum et, une chose en entraînant une autre, nous avons fait un petit tour dans le département des Antiquités Orientales. Tout au fond d’une salle quasiment déserte nous sommes tombés sur un petit ensemble de statues et de bas-reliefs liés au culte du dieu Mithra. Parmi les statues, celle d’un homme ailé à tête de lion, enserré dans les replis d’un serpent, m’a particulièrement interpellé : je croyais que le mithriacisme était une sorte de proto-monothéisme, et je découvrais qu’un ensemble de divinités gravitait autour de Mithra ; je pensais également qu’il s’agissait d’un culte certes issu d’autres mythologies, mais détaché d’elles,kronos - tigre - mithra or la statue à tête de lion était désignée comme Kronos, l’équivalent grec de Saturne, par le cartel.Lire la suite