Terres lorraines & Jean Des Brebis d’Emile Moselly (double Prix Goncourt 1907)

terres lorraines - illustration - moisson début XXe siècle

Il n’aura fallu que cinq ans, cinq prix pour que nos dix jurés du Goncourt deviennent des experts de l’embrouille. C’est qu’il est contraignant, ce fichu testament d’Edmond ! Que l’on doive couronner un « ouvrage d’imagination en prose », passe encore ; que l’on privilégie la jeunesse, soit ; mais devoir, systématiquement, nommer un ouvrage paru dans l’année ? Voilà qui est pénible.

Car voilà qu’en 1907, les jurés du Goncourt tombent sur un recueil de nouvelles publié pour une première fois en 1904… Mais réédité par Plon en 1907. Ce recueil, Jean des Brebis ou le livre de la misère d’Emile Moselly, ne fait certes pas l’unanimité – il faut plus de tours de scrutin que d’habitude, et Moselly ne finit par l’emporter que par six voix sur dix.… Lire la suite

The last girlfriend on Earth de Simon Rich

the last girlfriend on earth - simon rich - man seeking woman

Un premier rendez-vous avec un troll repoussant, des cellules de crise intergouvernementales réunies pour écrire un texto à une fille rencontrée la veille, une ex qui se recase avec Jésus ou Hitler, des batailles de Transformers utilisées comme des parades nuptiales… Autant de situations absurdes mises en scène dans l’excellente série Man seeking woman, et qu’on retrouve pour certaines dans le recueil de nouvelles de Simon Rich dont elle s’inspire, The last girlfriend on Earth (traduit en France sous le titre Homme cherche femme).

Simon Rich, qui a été parmi les plus jeunes scénaristes du Saturday Night Live et a également travaillé pour Pixar, est déjà l’auteur de quatre recueils de nouvelles et de deux romans, dont un a été comparé au Guide du Voyageur Intergalactique de Douglas Adams.… Lire la suite

Les lauriers sont coupés d’Edouard Dujardin

yoda

Edouard Dujardin est une note de bas de page dans l’histoire de la littérature mondiale. A peine plus. C’est triste, mais c’est comme ça – et si on y réfléchit bien, c’est déjà pas si mal. Car de cet auteur qui traversa la fin du dix-neuvième siècle et la première moitié du vingtième et qui s’illustra aussi bien comme dramaturge, comme romancier que comme poète, ne reste dans la mémoire de quelques-uns qu’une longue nouvelle ou un court roman, les Lauriers sont coupés.

Pourquoi ce texte en particulier, vous demandez-vous peut-être ? Tout simplement parce que Dujardin y a invité un procédé qui allait devenir presque cinquante ans plus tard la base du stream of consciousness anglais et donc de quelques immenses romans, de Mrs Dalloway à Ulysses. Lire la suite

Le Vent du nord de Tarjei Vesaas

cité dedieu

Quelque part dans la Norvège rurale des années 50, au beau milieu d’une forêt de conifères ou dans une solide maison de bois, sous une aurore boréale ou dans la lumière aveuglante d’un jour de beau temps qui suit une tempête de neige, un enfant est submergé par l’angoisse, celle qui naît lorsque l’on prend conscience qu’en toute chose peut résider le Mal.

J’ai l’impression qu’une bonne partie de l’oeuvre de Tarjei Vesaas pourrait être résumée ainsi. Je ne l’ai pourtant pas beaucoup fréquentée, n’ayant lu que Palais de glace il y a quelques années, et aujourd’hui, ce recueil de nouvelles, le Vent du nord.… Lire la suite

Le Noyau d’abricot et autres contes de Jean Giono

1001 nuits

Quand on essaie de donner une vue d’ensemble de l’oeuvre de Jean Giono, on trouve généralement commode de dessiner deux grandes périodes que tout opposerait : il y aurait d’un côté les romans des années 30, depuis Colline jusqu’au Chant du monde, des romans dans lesquels la nature occupe une place écrasante, au fond plutôt humaniste voire un brin naïfs ; de l’autre, les romans plus sombres de l’après-guerre, parmi lesquels Un roi sans divertissement occupe la place la plus importante et où la question de l’homme est centrale. Cette classification hâtive ne résiste évidemment pas à l’examen attentif de l’oeuvre de Giono, extrêmement diverse mais finalement toujours reconnaissable à des fils conducteurs solides.… Lire la suite

Les Contes d’Eva Luna d’Isabel Allende

gravure dore bible - la pentecote

Ce week-end j’ai fait un truc qui change, un truc dont je ne suis pas peu fier : j’ai lu un livre en espagnol. Pour la première fois. Cinq ou six ans après avoir arrêté d’étudier cette langue, pour laquelle je n’ai d’ailleurs jamais été très doué. Que s’est-il passé ? Je n’ai pas reçu le don de glossolalie par opération du Saint-Esprit, j’ai simplement emprunté à la bibliothèque un livre de la collection « Lire en espagnol » du Livre de Poche. J’avais entendu parler de cette collection il y a quelques années et j’avais trouvé le principe intéressant : au texte original sur la page de gauche correspondent sur la page de droite des notes très abondantes sur le vocabulaire et les tournures pouvant poser problème.… Lire la suite