La mort difficile de René Crevel

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La scène est dans une maison bourgeoise. Au salon, deux rombières échangent potins et confidences. Il y a de quoi faire : entre un mari devenu fou, qui écrit chaque jour la même lettre à la Pompadour, et un autre qui s’est suicidé – c’est de famille, dit-on -, Mme Blok et Mme Dumont-Dufour peuvent bien se plaindre un peu. Et nous, nous moquer de ces deux caricatures dans un salon défraîchi, tiraillées entre convenances et pulsions érotiques ou morbides, que René Crevel nous offre en entrée de la Mort difficile. La satire est facile, certes, mais suffisamment grinçante pour fonctionner.… Lire la suite

Paris au XXe siècle de Jules Verne

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En 1861, Jules Verne n’est pas encore Jules Verne. Si quelques-uns de ses textes ont déjà été publiés en feuilletons, il lui faudra encore deux ans pour publier Cinq semaines en ballon, le premier de ses Voyages extraordinaires, qui l’installeront durablement dans le panthéon de la littérature populaire. Il a alors trente-trois ans, et il tâtonne encore, déjà guidé par l’éditeur Hetzel qui le conduira à la maturité. Parmi les nombreux textes écrits alors, et dans lesquels se trouvent parfois les ébauches des grands romans à venir, se trouve Paris au XXe siècle, bref roman longtemps porté disparu mais enfin retrouvé dans les années 1990.… Lire la suite

La Neige de Saint-Pierre de Leo Perutz

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Lorsqu’il se réveille dans un lit d’hôpital, le docteur Amberg est instantanément assailli par le vif souvenir des terribles évènements qui l’ont conduit là. Tout avait pourtant bien commencé : il avait enfin quitté sa vieille tante, qui s’est toujours occupé de lui après la mort de ses parents, pour prendre un poste à Morwede, dans la campagne. Il y a été, pendant plus d’un mois, au service du Baron Van Malchin, et par-dessus le marché il y a retrouvé Bibiche, une ancienne collègue dont il était follement amoureux. Celle-ci est même devenue sa maîtresse.

Tout allait donc pour le mieux jusqu’à ce qu’Amberg découvre les drôles de préoccupations du baron Van Malchin.… Lire la suite

Les Temps difficiles d’Edouard Bourdet

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On ne joue plus beaucoup les pièces d’Edouard Bourdet. Dramaturge, metteur en scène, administrateur de la Comédie Française pendant quatre ans juste avant la Seconde Guerre Mondiale – il quitta ses fonctions à l’avènement du régime de Vichy -, il fut pourtant un important homme de théâtre de la première moitié du vingtième siècle, pas si loin de Claudel ou Giraudoux qui figurent parmi ses amis les plus chers.

Si j’en crois ma lecture des Temps difficiles, joué pour la première fois en 1934, il ne faut pas chercher très loin les raisons d’un tel revirement : le théâtre de Bourdet a indéniablement vieilli.… Lire la suite

Malicroix d’Henri Bosco

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De mon grand-oncle Malicroix je n’attendais rien. D’ailleurs, jamais personne n’avait rien attendu de lui. Nul ne l’avait rencontré depuis un demi-siècle. Terré en Camargue sur ses maigres terres, il incarnait pour nous la sauvagerie même. Ni bon, ni méchant, mais seul; c’est-à-dire inquiétant et peut-être terrible. Toutefois, séparés de lui par ce demi siècle d’absence sans rupture, nous n’avions jamais éprouvé la malfaisance de ces qualités redoutables dont notre imagination le parait. Il nous ignorait avec une sorte de mépris. Très magnifiquement il s’appelait Cornélius de Malicroix, et il était pauvre. Du moins on le disait. Son train de vie au milieu des étangs, en compagnie de quelques pâtres aussi durs et aussi sauvages que lui, pouvait le laisser croire, et on le croyait; car riche, eût-il vécu de cette vie farouche, et chichement, dans ce pays de la tristesse?

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Le Conte de deux cités de Charles Dickens

tale of two cities conway - le conte de deux cités

1775. Sur la côté anglaise, à proximité de Douvres, James Lorry, un banquier de chez Tellson’s, s’apprête à traverser la Manche en compagnie d’une jeune femme, Miss Manette. Son père, qu’elle croyait mort, est enfin « revenu à la vie » après dix-huit années passées à la Bastille. A moitié fou, le vieux docteur Manette – dont le crime nous restera inconnu jusqu’aux derniers chapitres du roman – a été recueilli par Ernest Defarge, son ancien domestique, devenu depuis marchand de vin dans le quartier du Faubourg Saint-Antoine.

D’émouvantes retrouvailles qui ne sont que le début d’une vaste aventure tiraillée entre Londres et Paris – les deux cités du titre -, qui ne prendra réellement forme que lorsque la Révolution éclatera et que le jeune mari de Miss Manette, Charles Darnay, devra rentrer en France où l’attendent quelques ennuis : héritier du cruel Marquis d’Evrémonde, il risque fort, à moins de réussir à prouver sa fidélité à la République, de passer sous la lame de la guillotine.… Lire la suite

Dingley, l’illustre écrivain de Jean et Jérome Tharaud (Prix Goncourt 1906)

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A chaque fois que je vois un roman écrit à quatre mains (ou plutôt à deux, à moins d’avoir deux ambidextres) je me gratte la tête en me demandant comment une telle chose est possible. Pour les frères Tharaud, la recette était pourtant simple, semble-t-il : l’un écrivait le premier jet, l’autre fignolait et se préoccupait plus particulièrement du style. Et cela marchait plutôt bien pour eux puisque, non contents d’avoir reçu le prix Goncourt en 1906 pour leur troisième roman, ils furent plus tard reçus à l’Académie Française – non sans difficultés puisqu’on ne peut évidemment pas nommer deux personnes sur un seul fauteuil ; Jérôme y entra en 1938, et Jean dut attendre la fin de la guerre pour le rejoindre enfin, en 1946.… Lire la suite

Les Civilisés de Claude Farrère (Prix Goncourt 1905)

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Rude bataille que la campagne pour le Goncourt 1905 ! Imaginez, nous sommes le 8 décembre et pour ce troisième prix, les jurés vont devoir départager des noms aussi prestigieux, aussi inoubliables que Bernard Taft et Marcel Batilliat, et choisir parmi des oeuvres aussi illustres que les Amours de M. Le Tigre et de Mlle Coquelicotle Livre de la Houle et de la Volupté ou encore la Philosophie galante de M. de Valcourt*. Il y avait tellement de beau monde en lice, en cette année 1905, que les Goncourt ont même dû éjecter de leur sélection Romain Rolland – qui s’en sortira avec le prix la Vie heureuse (futur prix Fémina) pour Jean-Christophe.… Lire la suite

La Maternelle de Léon Frapié (Prix Goncourt 1904)

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Il y a quelques semaines je vous ai parlé de Force ennemie de John-Antoine Nau, premier roman à recevoir le prix Goncourt. C’était en décembre 1903, et c’était déjà un grand évènement scruté par tous les organes de presse. Aujourd’hui je vous propose d’avancer un an, au 7 décembre 1904, le jour où Léon Frapié reçut à son tour le Goncourt pour la Maternelle.

Contrairement à John-Antoine Nau, Frapié n’en est pas à son coup d’essai. Si c’est bien la Maternelle qui lui valut de devenir célèbre (440.000 exemplaires s’en seraient écoulés, ce qui en fait un succès comparable à ceux des Goncourt d’aujourd’hui), il s’agit de son troisième roman.… Lire la suite

Force ennemie de John-Antoine Nau (Prix Goncourt 1903)

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Les membres de l’Académie des Goncourt se sont donc réunis hier soir, chez Champeaux, et ont procédé, après leur dîner mensuel, à un vote prévu pour attribuer le prix de 5000 francs prévu par le testament d’Edmond de Goncourt.

Parlant à un de nos collaborateurs qui reproduisait ses déclarations dans les échos de dimanche matin, M. Gustave Geffroy, un des académiciens, déclarait : « Nous décernerons le prix à la majorité des suffrages exprimés ; nous espérons faire une bonne oeuvre et en désigner une autre à l’attention du public ! »

Faisons donc tout de suite connaître le nom de l’heureux lauréat, ce nom, inconnu hier du grand public, sera aujourd’hui partout répandu : John-Philippe (sic) Nau.

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