L’Opium du ciel de Jean-Noël Orengo

drone-en-2017 - l'opium du ciel

Rien ne fait peur à Jean-Noël Orengo. Après avoir publié en 2015 la Fleur du Capital, un premier roman énorme à tous points de vue (800 pages aussi pleines de décrochages et de variations stylistiques qu’un chant polyphonique corse pour livrer une analyse de Pattaya, Mecque du tourisme sexuel en Thaïlande, sous le prisme de la domination capitaliste), le voilà de retour avec l’Opium du ciel, un roman plus bref mais dont le narrateur se trouve être un drone nommé Jérusalem qui se voit soudain doué de conscience.

Drôle de défi que de concevoir un roman pris en charge par ce narrateur, quasi omniscient puisque placé dans une situation de surplomb permanent mais dont les questionnements vis-à-vis de sa propre identité de machine pensante sont légion.… Lire la suite

Les Saisons de Maurice Pons

déluge (basilique saint marc) - illsutration les saisons

Je vais ici pouvoir écrire, écrire, écrire. Je vais vider mon cœur de tout son pus. Il ne m’arrivera rien, j’en ai la conviction. Et pourtant, hier encore, j’ai été traversé par une image : lorsque ce crâne de mouton m’est tombé dans les pieds, je l’ai vu soudain multiplié par mile fois lui-même, j’ai revu l’amoncellement des charniers que je ne veux plus voir, et le sourire des dents humaines; j’ai senti à nouveau la brûlure de l’enfer. Oui, j’ai cédé encore à la tentation de l’image… En serai-je jamais délivré ? C’est mon livre qui m’en délivrera.

Voilà ce qu’écrit Siméon, le personnage principal des Saisons, à son arrivée dans le village où il a choisi de s’installer.… Lire la suite

Poeasy de Thomas Clerc

400 pages de poésie(s) en vers libre, 751 poèmes, voilà qui a de quoi faire un peu peur. On n’ose pas trop s’aventurer sur les terres de la poésie contemporaine ; tout cela semble en général bien sérieux, bien abscons. Et pour tout dire, si j’ai pu faire quelques efforts pour Jaccottet et Bonnefoy à la fac, il y a bien longtemps que je n’avais pas lu de poésie postérieure à celle, disons, de René Char (ce qui n’est déjà pas si mal). Si je vous raconte ça, c’est que je me doute bien que nous sommes nombreux à rester convaincus que la poésie contemporaine, ce n’est pas pour nous mais le domaine de quelques revues hyper-spécialisées et d’analystes du langage qui finassent en fumant la pipe.… Lire la suite

Le Grand Paris d’Aurélien Bellanger

grand paris - carte des transports

Alexandre Belgrand n’était pas particulièrement promis à un destin national. Enfant de l’Ouest parisien, entre Nanterre, la Défense et Puteaux, il bénéficie certes d’une enfance plutôt dorée et peut prétendre, après son bac, à une école de commerce assez reconnue. Mais c’est la rencontre d’un de ses enseignants, Machelin, spécialiste de l’histoire urbaine de Paris  et visiteur du soir du « Prince », ministère de l’Intérieur aux aspirations présidentielles, qui changera tout. Introduit dans les cercles du pouvoir, Belgrand finira par se voir confier une mission d’envergure : dessiner les contours du futur Grand Paris.

On se retrouve là plus ou moins en terrain connu par rapport aux précédents romans de Bellanger, la Théorie de l’information et l’Aménagement du territoire.… Lire la suite

Rabbit, run (Coeur de lièvre) de John Updike

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Rien ne distingue plus Harry Angstrom de n’importe quel autre homme de son âge habitant Mount Judge, dans la banlieue de la ville de Brewer, en Pennsylvanie. A vingt-six ans, il se retrouve marié à Janice, qui le plus souvent l’indiffère, père d’un petit garçon et employé à des boulots stupides – le tout dernier consistant à faire du porte-à-porte pour vendre des « MagiPeeler », gadget dernier cri permettant d’éplucher ses légumes à toute vitesse.

Pourtant Harry a été quelqu’un. Au lycée, lorsque sa haute taille lui permettait de flotter au-dessus de la masse, il était connu comme un des meilleurs joueurs de basket de l’histoire de la ville ; surnommé « Rabbit », un surnom qui lui colle encore à la peau, on le pensait même promis à un bel avenir.… Lire la suite

La Baleine thébaïde de Pierre Raufast

baleine thébaïde - whale house - illustration

Cela fait déjà un moment que Pierre Raufast a séduit la blogosphère, avec ses deux premiers romans aux titres intrigants et qui claquent sous la langue, La Fractale des raviolis et la Variante chilienne. On y vante régulièrement sa loufoquerie, son esprit d’escalier, sa poésie douce et lucide… Raufast était de retour à la rentrée de janvier avec un troisième roman qui a encore une fois les honneurs des blogs, et qui disposait d’un argument de poids pour me faire sauter le pas : la mention en titre d’une énigmatique baleine

Cette baleine, qui sert dès le départ de moteur au récit, n’est certes pas comme les autres : nommée « baleine 52 » en référence à la fréquence unique, en kilohertz, sur laquelle elle module son chant, elle est observée depuis quelques années par la communauté scientifique, interpellée aussi son comportement inhabituel.… Lire la suite

Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson

arrete avec tes mensonges - illustration - brokecback mountain

À dix-sept ans, Philippe Besson vit son premier amour. C’est affreusement banal, un premier amour. La maladresse, l’emballement, la fougue, les hésitations, la rupture quasi inévitable. Ça l’est un peu moins quand on a grandi à la campagne dans les années 80 et qu’on se découvre homosexuel.

Philippe et Thomas se reconnaissent presque d’instinct, sans même se parler. Philippe a un faible pour Thomas mais n’ose espérer que ce garçon mutique puisse un jour lui adresser la parole. C’est pourtant à l’initiative de Thomas que commence une relation passionnée mais forcément dissimulée, et qui souffrira beaucoup de l’incapacité de Thomas à accepter sa propre homosexualité.… Lire la suite

Celui qui est digne d’être aimé d’Abdellah Taïa

Abdellah-Taia - celui qui est digne d'être aimé

Ahmed a 40 ans, et il a tout raté. Pourtant, il a longtemps cru que sa vie à Paris, son pedigree universitaire, sa vie sexuelle sans attaches étaient le signe de la plus grande des réussites. Mais quand sa mère meurt, au pays, et qu’il ne peut se rendre à son chevet, il réalise qu’il est temps de régler ses comptes. Avec sa mère, avec ses frères et soeurs, avec ses origines modestes et son sentiment de les avoir trahies, mais aussi avec son incapacité à se fixer qui le pousse à mentir aux hommes qu’il rencontre.

La vie d’Ahmed, nous la découvrirons à rebours, au gré d’une série de lettres échangées avec ses anciens amis et amants.… Lire la suite

Sangs de Mika Biermann

sangs - biermann - illustration shining

Ca commence comme un roman familial des plus classiques : Janet Anderson, entre la confection d’un gâteau d’anniversaire et deux courses, contemple ses deux enfants, Elvis et Béatrice, et s’étonne de leurs différences – l’un aussi timide et discret que l’autre est turbulente et aventureuse. Instantanés de la vie domestique pour un tableau presque parfait, immaculé : celui de la famille américaine cliché, des « WASP » bien sous tous rapports.

C’est sans compter sur une ombre au tableau : Jeff, le mari, a disparu depuis cinq mois. Parti retrouver une maîtresse dans un Etat voisin, ou dilapider les économies de la famille sur une île des Caraïbes ?… Lire la suite

La vie automatique de Christian Oster

la vie automatique - oster - illustration mécanique montre

Je m’intéresse davantage à ce qui va se passer, ai-je dit, quoique modérément, mais je m’y intéresse.

La phrase n’est pas anodine : quand le narrateur de la Vie automatique la prononce, il ne se doute en aucun cas que, dix pages plus loin, il aura mis fin à sa promenade du côté de la porte d’Orléans pour se rendre à Roissy, acheté un billet pour le Japon et pris place dans un avion pour suivre Charles, le fils de la vieille dame qui l’héberge depuis quelques jours. Ce qui va se passer, c’est l’énigme continuelle qui agite la Vie automatique, le dix-huitième roman de Christian Oster.… Lire la suite