Rabbit, run (Coeur de lièvre) de John Updike

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Rien ne distingue plus Harry Angstrom de n’importe quel autre homme de son âge habitant Mount Judge, dans la banlieue de la ville de Brewer, en Pennsylvanie. A vingt-six ans, il se retrouve marié à Janice, qui le plus souvent l’indiffère, père d’un petit garçon et employé à des boulots stupides – le tout dernier consistant à faire du porte-à-porte pour vendre des « MagiPeeler », gadget dernier cri permettant d’éplucher ses légumes à toute vitesse.

Pourtant Harry a été quelqu’un. Au lycée, lorsque sa haute taille lui permettait de flotter au-dessus de la masse, il était connu comme un des meilleurs joueurs de basket de l’histoire de la ville ; surnommé « Rabbit », un surnom qui lui colle encore à la peau, on le pensait même promis à un bel avenir.… Lire la suite

La Baleine thébaïde de Pierre Raufast

baleine thébaïde - whale house - illustration

Cela fait déjà un moment que Pierre Raufast a séduit la blogosphère, avec ses deux premiers romans aux titres intrigants et qui claquent sous la langue, La Fractale des raviolis et la Variante chilienne. On y vante régulièrement sa loufoquerie, son esprit d’escalier, sa poésie douce et lucide… Raufast était de retour à la rentrée de janvier avec un troisième roman qui a encore une fois les honneurs des blogs, et qui disposait d’un argument de poids pour me faire sauter le pas : la mention en titre d’une énigmatique baleine

Cette baleine, qui sert dès le départ de moteur au récit, n’est certes pas comme les autres : nommée « baleine 52 » en référence à la fréquence unique, en kilohertz, sur laquelle elle module son chant, elle est observée depuis quelques années par la communauté scientifique, interpellée aussi son comportement inhabituel.… Lire la suite

Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson

arrete avec tes mensonges - illustration - brokecback mountain

À dix-sept ans, Philippe Besson vit son premier amour. C’est affreusement banal, un premier amour. La maladresse, l’emballement, la fougue, les hésitations, la rupture quasi inévitable. Ça l’est un peu moins quand on a grandi à la campagne dans les années 80 et qu’on se découvre homosexuel.

Philippe et Thomas se reconnaissent presque d’instinct, sans même se parler. Philippe a un faible pour Thomas mais n’ose espérer que ce garçon mutique puisse un jour lui adresser la parole. C’est pourtant à l’initiative de Thomas que commence une relation passionnée mais forcément dissimulée, et qui souffrira beaucoup de l’incapacité de Thomas à accepter sa propre homosexualité.… Lire la suite

Celui qui est digne d’être aimé d’Abdellah Taïa

Abdellah-Taia - celui qui est digne d'être aimé

Ahmed a 40 ans, et il a tout raté. Pourtant, il a longtemps cru que sa vie à Paris, son pedigree universitaire, sa vie sexuelle sans attaches étaient le signe de la plus grande des réussites. Mais quand sa mère meurt, au pays, et qu’il ne peut se rendre à son chevet, il réalise qu’il est temps de régler ses comptes. Avec sa mère, avec ses frères et soeurs, avec ses origines modestes et son sentiment de les avoir trahies, mais aussi avec son incapacité à se fixer qui le pousse à mentir aux hommes qu’il rencontre.

La vie d’Ahmed, nous la découvrirons à rebours, au gré d’une série de lettres échangées avec ses anciens amis et amants.… Lire la suite

Sangs de Mika Biermann

sangs - biermann - illustration shining

Ca commence comme un roman familial des plus classiques : Janet Anderson, entre la confection d’un gâteau d’anniversaire et deux courses, contemple ses deux enfants, Elvis et Béatrice, et s’étonne de leurs différences – l’un aussi timide et discret que l’autre est turbulente et aventureuse. Instantanés de la vie domestique pour un tableau presque parfait, immaculé : celui de la famille américaine cliché, des « WASP » bien sous tous rapports.

C’est sans compter sur une ombre au tableau : Jeff, le mari, a disparu depuis cinq mois. Parti retrouver une maîtresse dans un Etat voisin, ou dilapider les économies de la famille sur une île des Caraïbes ?… Lire la suite

La vie automatique de Christian Oster

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Je m’intéresse davantage à ce qui va se passer, ai-je dit, quoique modérément, mais je m’y intéresse.

La phrase n’est pas anodine : quand le narrateur de la Vie automatique la prononce, il ne se doute en aucun cas que, dix pages plus loin, il aura mis fin à sa promenade du côté de la porte d’Orléans pour se rendre à Roissy, acheté un billet pour le Japon et pris place dans un avion pour suivre Charles, le fils de la vieille dame qui l’héberge depuis quelques jours. Ce qui va se passer, c’est l’énigme continuelle qui agite la Vie automatique, le dix-huitième roman de Christian Oster.… Lire la suite

Carnet d’un imposteur de Hugo Horiot

Carnet d'un imposteur_7497Le premier livre de Hugo Horiot, l’Empereur c’est moi, avait rencontré un certain succès en 2013 en raison de l’étrange histoire qu’il racontait : celle d’un garçon autiste, muet jusqu’à ses six ans, profondément gêné dans ses relations avec les autres, qui était parvenu à se transformer au prix d’un grand effort sur lui-même et d’un changement de prénom en un adulte raisonnablement sociable, et comédien par-dessus le marché.

Cette histoire, qui est bien celle de Hugo Horiot, est à nouveau mise en scène dans Carnet d’un imposteur, de l’enfance à l’arrivée sous le feu des projecteurs et donc des critiques, qui trouvent bien étrange qu’un autiste puisse sembler si à l’aise dans le monde et devant les caméras – l’occasion de démentir quelques idées reçues sur l’autisme.… Lire la suite

Icare au labyrinthe de Lionel-Edouard Martin

icare au labyrinthe - illustration - carte

Ils sont deux, lancés sur un road trip qui les emmènera de Paris à l’Auvergne en passant par la Touraine et le Poitou. Deux personnages bien trempés, bien différents aussi : entre la jeune et blonde Palombine, effrontée et taquine, et le narrateur, un romancier et poète confidentiel et souvent en proie au doute, qui ressemble fort à Lionel-Edouard Martin, rien de commun ou presque. Ils se connaissent d’ailleurs à peine, mais quelles meilleures conditions qu’un voyage en voiture de plusieurs centaines de kilomètres, émaillé de haltes dans les restaurants de bord de nationale, pour découvrir l’autre ?

Dans Icare au labyrinthe, road-trip dominé par les dialogues entre Palombine et l’auteur, on se déplace aussi bien sur les routes de France que dans le temps, le parcours étant borné par des lieux marquant l’évolution du narrateur – du village de sa grand-mère aux maisons de campagne de certains proches amis.… Lire la suite

L’Ange gardien de Raymond Penblanc

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« Cest quoi, le contraire d’un miracle ? », demande au beau milieu d’une scène de panique un des personnages de l’Ange gardien. Bonne question. Le mot correspondant serait bien utile dans certaines circonstances mais la langue française n’a pas, à moins de se contenter d’antonymes imparfaits, jugé bon de l’inventer. Comment évoquer alors la série de malheurs qui frappe l’institution respectable de la Mère-Dieu, qui commence avec le spectaculaire meurtre par strangulation d’une élève par un professeur, et se poursuit avec, entre autres, la mort terriblement ironique du prêtre dans sa propre chapelle ?

Catastrophe ? Malédiction ? Décidément, non, aucun de ces mots ne saurait expliquer le curieux effondrement qui frappe cette école privée.… Lire la suite

Le Papillon d’Andrus Kivirähk

kivirahk - le papillon - papillons épinglés

On pourrait croire qu’on commence à bien connaître Andrus Kivirähk. Après l’Homme qui savait la langue des serpents et les Groseilles de novembre, deux échappées belles dans une Estonie médiévale peuplée de créatures fantastiques et de chimères, on pensait l’avoir cerné. C’était sans compter sur le Papillon, troisième roman traduit en France (encore par un traducteur différent, Jean-Pascal Ollivry) mais premier roman d’Andrus Kivirähk. Loin des terres sauvages qu’arpentaient Leemet ou les légendaires Kratts, le papillon se déroule dans une Estonie bien plus proche et bien plus tangible : celle du début du XXe siècle, à la veille de la Première Guerre Mondiale.… Lire la suite