La vie automatique de Christian Oster

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Je m’intéresse davantage à ce qui va se passer, ai-je dit, quoique modérément, mais je m’y intéresse.

La phrase n’est pas anodine : quand le narrateur de la Vie automatique la prononce, il ne se doute en aucun cas que, dix pages plus loin, il aura mis fin à sa promenade du côté de la porte d’Orléans pour se rendre à Roissy, acheté un billet pour le Japon et pris place dans un avion pour suivre Charles, le fils de la vieille dame qui l’héberge depuis quelques jours. Ce qui va se passer, c’est l’énigme continuelle qui agite la Vie automatique, le dix-huitième roman de Christian Oster.… Lire la suite

Hector d’Antoine de Montchrestien

Tout comme Scédase d’Alexandre Hardy, le Hector de Montchrestien figure dans le premier volume de l’anthologie du Théâtre du XVIIe siècle de la Pléiade. Ecrit et joué la même année, en 1604, Hector est d’un abord plus facile, la langue semblant moins vieillie, mais se révèle rapidement bien plus archaïque dans la façon d’envisager l’art de la scène.

Si l’on s’intéresse à l’histoire du théâtre, cela ne manque pas d’intérêt : on pourra notamment relever le rôle très important du chœur, qui évoque encore fortement le modèle antique dont s’éloignera le théâtre baroque puis classique. On pourra aussi trouver étonnant de voir Montchrestien adopter si fermement le point de vue des Troyens, faisant notamment du grec Achille un méprisable traître quand on est plutôt habitué à le voir traité en héros. … Lire la suite

Carnet d’un imposteur de Hugo Horiot

Carnet d'un imposteur_7497Le premier livre de Hugo Horiot, l’Empereur c’est moi, avait rencontré un certain succès en 2013 en raison de l’étrange histoire qu’il racontait : celle d’un garçon autiste, muet jusqu’à ses six ans, profondément gêné dans ses relations avec les autres, qui était parvenu à se transformer au prix d’un grand effort sur lui-même et d’un changement de prénom en un adulte raisonnablement sociable, et comédien par-dessus le marché.

Cette histoire, qui est bien celle de Hugo Horiot, est à nouveau mise en scène dans Carnet d’un imposteur, de l’enfance à l’arrivée sous le feu des projecteurs et donc des critiques, qui trouvent bien étrange qu’un autiste puisse sembler si à l’aise dans le monde et devant les caméras – l’occasion de démentir quelques idées reçues sur l’autisme.… Lire la suite

Scédase ou l’hospitalité violée d’Alexandre Hardy

Avant Corneille, avant Racine, il y eut Hardy. Si on ne lit plus beaucoup ce dramaturge auteur de plus de 600 pièces (dont une trentaine seulement a été conservée), si on le joue encore moins, c’est surtout parce que sa langue, nourrie de tournures à l’antique et d’effets de syntaxe qui déroutent le lecteur contemporain, est bien plus difficile que celle de ses successeurs de l’âge d’or du théâtre classique.

Scédase, courte pièce en cinq actes inspirée d’un chapitre de Plutarque évoquant le viol de deux jeunes femmes par des nobles Spartiates qu’elles ont accueillis conformément aux principes de l’hospitalité, commence d’ailleurs bien difficilement.… Lire la suite

Icare au labyrinthe de Lionel-Edouard Martin

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Ils sont deux, lancés sur un road trip qui les emmènera de Paris à l’Auvergne en passant par la Touraine et le Poitou. Deux personnages bien trempés, bien différents aussi : entre la jeune et blonde Palombine, effrontée et taquine, et le narrateur, un romancier et poète confidentiel et souvent en proie au doute, qui ressemble fort à Lionel-Edouard Martin, rien de commun ou presque. Ils se connaissent d’ailleurs à peine, mais quelles meilleures conditions qu’un voyage en voiture de plusieurs centaines de kilomètres, émaillé de haltes dans les restaurants de bord de nationale, pour découvrir l’autre ?

Dans Icare au labyrinthe, road-trip dominé par les dialogues entre Palombine et l’auteur, on se déplace aussi bien sur les routes de France que dans le temps, le parcours étant borné par des lieux marquant l’évolution du narrateur – du village de sa grand-mère aux maisons de campagne de certains proches amis.… Lire la suite

Refuges de Léon-Paul Fargue

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Au terme de sa vie, Léon-Paul Fargue ajouta à son imposante bibliographie, essentiellement composé de recueils de poésie, une poignée de petits ouvrages, entre la chronique et l’essai, parmi lesquels figurent deux livres de souvenirs sur Paris : le Piéton de Paris et Refuges.

Fargue, né en 1876 est évidemment un témoin privilégié pour explorer le Paris bohème de la première moitié du vingtième siècle. Lui qui fut un familier de Mallarmé et un grand ami de Ravel, qui était en train de déjeuner avec Picasso quand il fut frappé de l’attaque qui le laissa hémiplégique jusqu’à sa mort, a mille anecdotes à conter à la fois sur Paris et sur ses habitants les plus notoires.… Lire la suite

L’Ange gardien de Raymond Penblanc

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« Cest quoi, le contraire d’un miracle ? », demande au beau milieu d’une scène de panique un des personnages de l’Ange gardien. Bonne question. Le mot correspondant serait bien utile dans certaines circonstances mais la langue française n’a pas, à moins de se contenter d’antonymes imparfaits, jugé bon de l’inventer. Comment évoquer alors la série de malheurs qui frappe l’institution respectable de la Mère-Dieu, qui commence avec le spectaculaire meurtre par strangulation d’une élève par un professeur, et se poursuit avec, entre autres, la mort terriblement ironique du prêtre dans sa propre chapelle ?

Catastrophe ? Malédiction ? Décidément, non, aucun de ces mots ne saurait expliquer le curieux effondrement qui frappe cette école privée.… Lire la suite

Le Papillon d’Andrus Kivirähk

kivirahk - le papillon - papillons épinglés

On pourrait croire qu’on commence à bien connaître Andrus Kivirähk. Après l’Homme qui savait la langue des serpents et les Groseilles de novembre, deux échappées belles dans une Estonie médiévale peuplée de créatures fantastiques et de chimères, on pensait l’avoir cerné. C’était sans compter sur le Papillon, troisième roman traduit en France (encore par un traducteur différent, Jean-Pascal Ollivry) mais premier roman d’Andrus Kivirähk. Loin des terres sauvages qu’arpentaient Leemet ou les légendaires Kratts, le papillon se déroule dans une Estonie bien plus proche et bien plus tangible : celle du début du XXe siècle, à la veille de la Première Guerre Mondiale.… Lire la suite

La Maison des épreuves de Jason Hrivnak

la maison des epreuves - oedipe et le sphinx de gustave moreau detail

Il y a quinze ans, Claro permettait au lectorat français d’accéder au roman la Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, déjà auréolé alors d’un statut d’oeuvre-culte. Claro, qui s’était certes déjà fait un nom aussi bien pour ses traductions que pour ses propres romans, garde depuis une certaine aura qui explique qu’il soit à ma connaissance un de seuls traducteurs français-anglais suivi de près par certains lecteurs – dont je fais partie – , là où tant de traducteurs restent anonymes.

Pas étonnant donc que Claro suscite à nouveau l’intérêt lorsqu’il propose aux Editions de l’Ogre sa traduction de la Maison des épreuves.… Lire la suite

Le Motel du voyeur de Gay Talese

judas - peeping hole - motel du voyeur illustration

En 1980, Gay Talese, déjà largement renommé pour son rôle dans l’émergence du nouveau journalisme et ses articles très littéraires dans les colonnes du New York Times ou d’Esquire, reçoit une lettre anonyme. L’expéditeur prétend être propriétaire d’un motel dans lequel une dizaine de chambres sont équipées de grilles d’aération factices qui permettent de voir sans être vu, et grâce auxquelles il observe depuis plus de dix ans les clients qui se succèdent, et leurs pratiques sexuelles.

Plus de trente ans plus tard, Gay Talese peut enfin publier le Motel du voyeur, un long récit sur cet homme qui, avec la complicité de sa femme, a épié au fil des années des centaines de couples.… Lire la suite