L’Infinie Comédie de David Foster Wallace

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La difficulté qu’il peut y avoir à écrire un billet d’à peine plus de mille mots pour rendre compte d’un livre de 1500 pages n’a d’égale que la pression que l’on ressent à devoir parler d’un livre ultra-culte qui, en plus, mérite ce statut. Forcément, dans le cas de l’Infinie Comédie, on cumule. Mine de rien, j’attendais cette traduction depuis pas loin de dix ans (1) et sa sortie sans cesse repoussée (2) a fini par en faire une sorte de Graal littéraire que j’étais tout ému de commencer – pendant une semaine de vacances que j’avais peut-être posée, inconsciemment, rien que pour ça.… Lire la suite

Du ménage dans ma PAC

Comme tous les gros lecteurs, j’ai une PAL – Pile à Lire – que j’essaye de contenir et de maîtriser. A côté, j’ai également une PAC – Pile à Chroniquer – pour tous les livres terminés sur lesquels je n’ai pas encore eu le temps d’écrire un billet. Pour ne pas me laisser déborder, j’essaye de faire en sorte qu’elle ne dépasse pas les dix exemplaires, et qu’aucun n’y traîne plus de trois mois. Comme elle a, ces jours-ci, largement dépassé ces deux limites (le record de longévité appartient à Siri Hustvedt, dans la PAC depuis décembre) et que la rentrée, qui est généralement une période où les deux piles débordent, approche, voilà un mot rapide sur quelques-uns de ces livres qui traînent depuis un peu trop longtemps.… Lire la suite

The Familiar, volume 1 de Mark Z. Danielewski

danielewski the familiar

Il était attendu de pied ferme, ce premier volume de The Familiar. C’est que Danielewski, après avoir sorti deux des romans les plus hallucinants des années 2000 – House of leaves et Only Revolutions – nous a laissés presque sans nouvelles pendant dix ans. Il y a bien eu la publication, il y a trois ans, d’un texte de 2005, The fifty-year Sword, où l’on retrouvait avec joie le goût de l’auteur pour les jeux avec la mise en page et la typographie dans un conte horrifique des plus convaincants ; mais cela n’avait rien de comparable avec l’attente suscitée par le projet The Familiar.… Lire la suite

Demande, et tu recevras de Sam Lipsyte

les mendiants bruegel

Demande, et tu recevras est le dernier roman en date à intégrer le catalogue déjà fourni de Monsieur Toussaint Louverture, sous cette couverture en carton brut qui le rend reconnaissable entre tous. Milo Burke, son personnage principal, rejoint ainsi une liste d’hommes qui tombent, comme si c’était cela finalement le fil directeur de ce qui pourrait être une collection à part entière dans le catalogue de l’éditeur. Karoo, Mailman, les ouvrages d’Exley ne sont que cela : des récits de chute, plus ou moins grandioses, plus ou moins prophétiques.

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Les Corrections de Jonathan Franzen

flaubert ratures

« Toutes les familles heureuses se ressemblent ; mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon », écrivait Tolstoï. On pourrait aller plus loin et préciser que, dans une famille malheureuse, chaque membre l’est aussi à sa façon.

Prenons les Lambert, une famille originaire du Midwest. Les trois enfants, Gary, Chip et Denise, ont fui dès qu’ils l’ont pu Saint Jude, leur ennuyeuse petite ville natale. Gary, père de trois garçons, est en guerre ouverte avec sa femme, Caroline, qui cherche à la convaincre qu’il souffre de dépression. Chip s’est installé à New-York après avoir perdu son poste d’enseignant en université pour avoir couché avec une étudiante.… Lire la suite

Seul dans le noir de Paul Auster

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Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le désert américain.

Suite à un accident de voiture qui le contraint la plupart du temps à garder le lit, August Brill s’est installé dans la maison de sa fille, Miriam, dans le Vermont, en compagnie également de Katya, la fille de Miriam.

Dans le silence de la maison, chacun lutte contre ses démons et tente d’oublier les évènements qui l’ont précipité dans une apathie sans issue : August porte le deuil de sa femme, Sonia, emportée par un cancer ; Miriam ne parvient pas à se remettre de son divorce, survenu cinq ans plus tôt ; Katya a vu son fiancé, Titus, se faire décapiter par ses preneurs d’otage en Irak, où il était parti combattre.… Lire la suite

10:04 de Ben Lerner

retour vers le futur foudre

« The Hassidim tell a story about the world to come that says everything there will be just as it is here. Just as our room is now, so it will be in the world to come; where our baby sleeps now, there too it will sleep in the other world. And the clothes we wear in this world, those too we will wear there. Everything will be as it is now, just a little different. »

Ce monde « un peu différent », le narrateur de 10:04 en fait l’expérience au quotidien. Depuis peu, il sait mettre des mots dessus, grâce aux médecins qui ont repéré chez lui une forme légère du syndrome de Marfan.… Lire la suite

Fonds perdus de Thomas Pynchon

Aujourd’hui est un grand jour puisqu’une malédiction vient d’être brisée : n’écoutant que mon courage, je suis venu à bout des 400 pages de Fonds Perdus, terminant par la même occasion mon premier Thomas Pynchon. C’est la fin d’une longue série noire qui m’a vu baisser les bras face à V. (trois fois dont deux en anglais), The Crying of lot 49, Mason & Dixon, Contre-Jour et L’Arc-en-ciel de la gravité.

lemon

En suis-je fier ? Un peu. Est-ce que j’ai aimé ça ? Pas vraiment. Est-ce que je recommencerai ? J’en doute. Est-ce que je suis plus avancé maintenant ?… Lire la suite

Manhattan Transfer de John Dos Passos

new york skyline 1911

Il y avait Babylone et Ninive. Elles étaient construites en briques. Athènes était toute de colonnes de marbre et d’or. Rome reposait sur de grandes voûtes en moellons. A Constantinople, les minarets flambent comme de grands cierges, tout autour de la Corne d’Or… L’acier, le verre, la brique, le béton seront les matériaux des gratte-ciel. Entassés dans l’île étroite, les édifices aux mille fenêtres se dresseront étincelants, pyramides sur pyramides, sommets de nuages blancs au-dessus des nuages.

New York, terre promise et symbole du rêve américain. Au poste d’Ellis Island, sous le regard de la statue de la Liberté, des milliers d’Européens cherchent à rejoindre la ville où tout est possible et où, dans les années 1900, les gratte-ciel commencent à pousser, battant record sur record et annonçant ce qui semble être une nouvelle ère.… Lire la suite

Karoo de Steve Tesich

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Relire est souvent un bonheur, mais c’est parfois un risque. Celui de découvrir que l’on s’est trompé, que l’on a changé, que notre appréciation de tel ou tel roman ne tenait qu’à l’humeur dans laquelle on était quand on l’a lu. Ce que l’on retient d’un roman tient toujours, forcément, du fantasme et de l’interprétation personnelle, mais devoir renoncer, après une relecture, à un roman que l’on a chéri, dont on pensait qu’il faisait partie de nous, est toujours un petit déchirement.

Au moment de relire Karoo, cependant, je n’avais aucune inquiétude. Il y a d’abord l’objet, un beau pavé à la couverture épaisse et au papier soyeux, soigneusement élaboré par les petites mains de chez Monsieur Toussaint Louverture, le genre d’éditeurs qu’on suivrait jusqu’au bout du monde tant chaque nouvelle publication ne fait que confirmer le bon goût et l’intelligence des choix de la maison.… Lire la suite