Le Papillon d’Andrus Kivirähk

kivirahk - le papillon - papillons épinglés

On pourrait croire qu’on commence à bien connaître Andrus Kivirähk. Après l’Homme qui savait la langue des serpents et les Groseilles de novembre, deux échappées belles dans une Estonie médiévale peuplée de créatures fantastiques et de chimères, on pensait l’avoir cerné. C’était sans compter sur le Papillon, troisième roman traduit en France (encore par un traducteur différent, Jean-Pascal Ollivry) mais premier roman d’Andrus Kivirähk. Loin des terres sauvages qu’arpentaient Leemet ou les légendaires Kratts, le papillon se déroule dans une Estonie bien plus proche et bien plus tangible : celle du début du XXe siècle, à la veille de la Première Guerre Mondiale.… Lire la suite

Evguénie Sokolov de Serge Gainsbourg

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En plus d’être chanteur, on le sait moins, Serge Gainsbourg a été écrivain. Pas longtemps, seulement le temps d’un très court roman (112 pages écrites très gros et avec des marges conséquentes en Folio) publié en 1980 : Evguénie Sokolov.

Que se cache-t-il derrière ce titre qui évoque les grands romans russes ? A première vue, une farce : Evguénie Sokolov est le nom d’un artiste, passé par les Beaux-Arts, qui ne brille guère jusqu’à ce qu’il aie l’idée d’explorer une capacité naturelle qui lui est propre, un fardeau qui se transforme alors en don, j’ai nommé sa pétomanie hors-du-commun.… Lire la suite

Peau-en-poil d’Alain Galan

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« Que devient la vie après la mort ? »

C’est la question qui anime Lucas, alors encore jeune homme, lorsqu’il découvre les secrets de la taxidermie. Lui dont le plus fidèle compagnon fut, pendant son enfance, un geai apprivoisé qui trône maintenant, empaillé, dans la salle à manger familiale, a forcément un rapport particulier aux animaux et au vivant en général. Initié, l’année de ses seize ans, à « l’étrange magie » de cet artisanat pas comme les autres par l’homme qui a immortalisé son geai, Lucas se passionne pour les diverses techniques de tannage et de moulage nécessaires, entre autres, pour donner l’apparence de la vie à la dépouille d’un animal, pour ranimer la « peau-en-poil », terme qui désigne la peau et le pelage une fois qu’ils ont été séparés du corps de la bête.… Lire la suite

L’Affaire Arnolfini de Jean-Philippe Postel

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C’est un tableau que l’on connaît tous, que l’on a déjà vu des dizaines de fois – en reproduction ou en vrai, à la National Gallery de Londres où il est exposé depuis le milieu du XIXe siècle – ; un tableau qui semble à la fois relever de l’évidence et qui, pour peu qu’on le regarde de près, fait naître des abîmes de perplexité. Ce tableau, c’est celui des époux Arnolfini qu’a peint Jan Van Eyck au XVe siècle.

Si vous l’avez forcément vu, et que vous êtes sans doute au courant de l’analyse la plus simple du tableau, censé représenter un riche couple de marchands les Arnolfini, comme l’indique le titre (apocryphe) du tableau, et entourés de divers objets qui forment un réseau de symboles évoquant la vie conjugale – confort des pantoufles, fidélité du petit chien, etc -, peut-être n’êtes-vous pas familier, en revanche, des nombreuses questions qu’il suscite.… Lire la suite

Fates and Furies (Les Furies) de Lauren Groff

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Lire des livres en anglais avant qu’ils soient traduits en France me donne toujours l’impression d’être un petit privilégié – comme s’il s’agissait d’une exclusivité qui m’était réservée. Alors quand en plus je tombe, par chance, sur un petit chef d’oeuvre comme Fates and furies, je peux vous dire que je me régale…

Rien de spécial pourtant à première vue dans ce qui est le troisième roman de Lauren Groff : Mathilde et Lancelot – Lotto pour les intimes – ont à peine vingt ans lorsqu’ils se rencontrent. Lui brille, à la fac, par ses talents de comédien : son incarnation d’Hamlet, notamment, restera dans les annales de son université.… Lire la suite

Des lions comme des danseuses d’Arno Bertina

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Vous ne connaissez sans doute pas Bangoulap, ni le pays bamiléké, cette région du Cameroun où se trouve cette petit ville. Et pourtant, vous avez peut-être admiré sans le savoir au musée du Quai Branly ou ailleurs des œuvres qui en proviennent. Des œuvres peut-être réalisées par les ancêtres du roi de Bangoulap, qui décide, dans Des lions comme des danseuses, de tenter quelque chose contre la spoliation des objets d’art africains par les pays occidentaux.

Le raisonnement est simple : puisque les œuvres qui sont exposées au musée du Quai Branly appartiennent au patrimoine de son peuple, pourquoi lui et ses sujets devraient-ils payer le droit d’entrée ?… Lire la suite

The Ecliptic de Benjamin Wood

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A quelques encablures de la côte turque se trouve un paradis pour auteurs en mal d’inspiration. Portmantle, lieu tenu secret, coupé du monde, où peintres, écrivains ou musiciens peuvent se retirer le temps qu’ils souhaitent, le temps de se recentrer sur leur art, loin du tumulte du monde, à la seule condition d’être coopté par un ancien résident.

Knell, jeune artiste peintre faisant face à une crise artistique majeure après avoir été propulsée en quelques expositions sous les feux de la rampe, ne sait plus exactement quand elle est arrivée à Portmantle, et depuis combien de temps elle tente d’y réaliser son grand oeuvre.… Lire la suite

Pourquoi le saut des baleines de Nicolas Cavaillès

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J’ai déjà expliqué il y a quelques temps ma fascination pour les baleines, à l’occasion de ma lecture de La Baleine dans tous ses états de François Garde. Il était donc impossible pour moi de rater le petit livre que Nicolas Cavaillès a publié au printemps aux Editions du Sonneur, et qui se propose – en apparence tout du moins – de répondre à une question lancinante : pourquoi les baleines sautent-elles, de manière irrégulière et imprévisible, hors de l’eau ?

Le titre ne porte pas de point d’interrogation bien que cette question ne soit toujours pas tranchée : les baleines sautent hors de l’eau sans que cela réponde à une nécessité biologique – puisque remonter calmement à la surface leur suffit à respirer – ni qu’on ait pu identifier une dimension sociale ou ludique dans ces sauts.… Lire la suite

Du ménage dans ma PAC

Comme tous les gros lecteurs, j’ai une PAL – Pile à Lire – que j’essaye de contenir et de maîtriser. A côté, j’ai également une PAC – Pile à Chroniquer – pour tous les livres terminés sur lesquels je n’ai pas encore eu le temps d’écrire un billet. Pour ne pas me laisser déborder, j’essaye de faire en sorte qu’elle ne dépasse pas les dix exemplaires, et qu’aucun n’y traîne plus de trois mois. Comme elle a, ces jours-ci, largement dépassé ces deux limites (le record de longévité appartient à Siri Hustvedt, dans la PAC depuis décembre) et que la rentrée, qui est généralement une période où les deux piles débordent, approche, voilà un mot rapide sur quelques-uns de ces livres qui traînent depuis un peu trop longtemps.… Lire la suite

Excelsior d’Olivier Py

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Mais est-ce que les tombes ne sont pas toujours fausses, qu’elles soient en marbre ou en carton ? Les tombes essayent de donner une idée de la mort, plus exactement essayent de faire de la mort une idée, elles idéalisent le cycle de la décomposition et schématisent les monstruosités cadavériques, les cimetières nous apprennent que la mort est tout sauf naturelle. Il le savait déjà du désir sexuel qui n’est qu’une littérature répétitive, mais c’est le calme du couple main dans la main cherchant à déchiffrer les noms effacés qui lui apprend que la mort est aussi une invention des lettres.

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