Le Zeppelin de Fanny Chiarello

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Les habitants de La Maison, petite bourgade dont on ne saurait estimer la situation géographique « sans se lancer dans une série de calculs basés sur d’infimes indices épars au fil des chapitres », sont plutôt habitués aux situations qui sortent de l’ordinaire. Entre les objets qui disparaissent quotidiennement – du bête trousseau de clés à l’imposant frigo – comme si la ville était posée sur un autre Triangle des Bermudes et les impulsions collectives qui voient nombre d’habitants victimes de l’obscur syndrome de Canard-Bouée jeter leurs possessions dans le canal, La Maison a sa dose d’extravagance. Et Dieu sait que tous ses habitants n’ont pas une vie facile, entre Nadine qui doit arbitrer un concours de poésies écrites par des gamines férues d’équitation, Silas dont tous les amis ont disparu dans un accident d’autobus ou encore Ilona, l’étudiante polonaise qui vient de massacrer sa colocataire agaçante et se demande ce qu’elle va bien pouvoir faire maintenant.… Lire la suite

La Supplication de Svetlana Alexievitch

20_tchernobyl - la supplication

Nous craignions la bombe, le champignon nucléaire et les choses ont pris une autre tournure… Nous savons comment brûle une maison incendiée par une allumette ou un obus… Mais ce que nous voyions ne ressemblait à rien… Les rumeurs disaient que c’était le feu céleste. Et même pas un feu, mais une lumière. Une lueur. Un rayonnement. Le bleu céleste. Et pas de fumée. Avant cela, les scientifiques étaient des dieux. Maintenant, ce sont des anges déchus. Des démons ! La nature humaine demeure toujours un mystère pour eux. Je suis russe. Je suis né près de Briansk. Chez nous, les vieux sont assis sur le seuil de leurs maisons de guingois qui ne vont pas tarder à tomber en ruine, mais ils philosophent, réorganisent le monde.

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Charøgnards de Stéphane Vanderhaeghe

les oiseaux

Sont-ils plus nombreux réellement ou soudain plus visibles ? Est-ce notre attention qu’ils réclament, ces figurants de notre existence au devant de laquelle ils se sont lentement charogné un passage ?

Ou en veulent-ils à notre peau ?

N’était leur nombre croissant à vue d’oeil, ils paraissent pour l’instant bien inoffensifs. Ce que je me disais hier en rentrant chez moi sous leur haie d’horreur, ce que je disais hier à C. aussi en tentant de la tranquilliser après avoir pris le pouls du village de plus en plus vide, de plus en plus vite. Ce que je me suis bien gardé de lui dire hier une fois rentré.

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