Celui qui est digne d’être aimé d’Abdellah Taïa

Abdellah-Taia - celui qui est digne d'être aimé

Ahmed a 40 ans, et il a tout raté. Pourtant, il a longtemps cru que sa vie à Paris, son pedigree universitaire, sa vie sexuelle sans attaches étaient le signe de la plus grande des réussites. Mais quand sa mère meurt, au pays, et qu’il ne peut se rendre à son chevet, il réalise qu’il est temps de régler ses comptes. Avec sa mère, avec ses frères et soeurs, avec ses origines modestes et son sentiment de les avoir trahies, mais aussi avec son incapacité à se fixer qui le pousse à mentir aux hommes qu’il rencontre.

La vie d’Ahmed, nous la découvrirons à rebours, au gré d’une série de lettres échangées avec ses anciens amis et amants.… Lire la suite

Dingley, l’illustre écrivain de Jean et Jérome Tharaud (Prix Goncourt 1906)

petit journal - transvaal - dingley, l'illustre écrivain

A chaque fois que je vois un roman écrit à quatre mains (ou plutôt à deux, à moins d’avoir deux ambidextres) je me gratte la tête en me demandant comment une telle chose est possible. Pour les frères Tharaud, la recette était pourtant simple, semble-t-il : l’un écrivait le premier jet, l’autre fignolait et se préoccupait plus particulièrement du style. Et cela marchait plutôt bien pour eux puisque, non contents d’avoir reçu le prix Goncourt en 1906 pour leur troisième roman, ils furent plus tard reçus à l’Académie Française – non sans difficultés puisqu’on ne peut évidemment pas nommer deux personnes sur un seul fauteuil ; Jérôme y entra en 1938, et Jean dut attendre la fin de la guerre pour le rejoindre enfin, en 1946.… Lire la suite

Les Civilisés de Claude Farrère (Prix Goncourt 1905)

les civilisés - tintin

Rude bataille que la campagne pour le Goncourt 1905 ! Imaginez, nous sommes le 8 décembre et pour ce troisième prix, les jurés vont devoir départager des noms aussi prestigieux, aussi inoubliables que Bernard Taft et Marcel Batilliat, et choisir parmi des oeuvres aussi illustres que les Amours de M. Le Tigre et de Mlle Coquelicotle Livre de la Houle et de la Volupté ou encore la Philosophie galante de M. de Valcourt*. Il y avait tellement de beau monde en lice, en cette année 1905, que les Goncourt ont même dû éjecter de leur sélection Romain Rolland – qui s’en sortira avec le prix la Vie heureuse (futur prix Fémina) pour Jean-Christophe.… Lire la suite

Les Prépondérants d’Hédi Kaddour

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Tunisie, années 20. La petite ville imaginaire de Nabhès, où vivent en assez bonne intelligence colons et natifs, est sur le point d’être bouleversée par la venue d’une équipe de tournage américaine venue chercher un peu d’exotisme à mettre en boîte. Avec le réalisateur, les acteurs et les techniciens qui arrivent en masse, c’est un grand vent de modernité qui va souffler sur Nabhès, ravivant au passage quelques tensions et permettant au jeune Raouf, fils de commerçant, d’accomplir son destin.

Voilà un roman dont j’aurais peut-être bien oublié de parler s’il n’avait pas finalement obtenu le Grand Prix du Roman de l’Acédémie Française de cette année, ex aequo avec 2084 de Boualem Sansal.… Lire la suite

L’Oragé de Douna Loup

Il est à craindre que le nom de Jean-Joseph Rabearivelo ne vous dise pas grand chose – rassurez-vous, ça ne fait pas non plus très longtemps que je l’ai découvert. Il s’agit pourtant d’une des figures les plus importantes de la littérature malgache, et notamment le premier écrivain de l’île à écrire en français, que l’auteure franco-suisse Douna Loup nous propose de découvrir dans son troisième roman.

Lorsque Jean-Joseph Rabearivelo naît, en 1903, Madagascar est depuis six ans sous administration française. La colonisation, qui s’est faite dans le sang et a été suivie de dix ans de guerre civile, est encore dans toutes les mémoires et les mouvements contestataires, qui ne cesseront jamais d’élever leur voix jusqu’à l’indépendance en 1958, restent très présents.… Lire la suite

Bain de lune de Yanick Lahens

Sur la plage d’Anse Bleue, un petit village perdu au coeur d’Haïti, un pêcheur retrouve au matin une jeune femme échouée, à demi-noyée et manifestement victime d’une grande violence. Comment, pourquoi est-elle là, et que lui est-il arrivé ? La réponse est loin d’être simple : elle réside dans l’histoire de sa famille, les Lafleur, sur trois générations, et de leur éternelle rivalité avec les Mésidor.

Tout oppose en effet les deux clans : les Lafleur, famille de paysans et de pêcheurs, sont les gardiens de la tradition à Anse Bleue. Même si les colons les contraignent à se rendre à l’église tous les dimanches, ils restent en contact avec les dieux et les esprits d’autrefois.… Lire la suite