Vivre près des tilleuls de l’AJAR

les 18 auteurs de l'ajar - photo promo - vivre près des tilleuls

Auteure d’une poignée de textes de 1953 au début des années 1980, Esther Montandon, croyait-on, n’avait jamais rien écrit sur un drame pourtant fondamental : la perte de sa fille, morte par accident à trois ans. En 2013, pourtant, est retrouvé dans ses archives une sorte de journal fragmentaire qui évoque la période qui a entouré cette tragédie. Vivre près des tilleuls est une tentative de reconstitution, à partir de ces fragments, d’un texte posthume.

Si le nom d’Esther Montandon ne vous dit rien, ne complexez pas : ce n’est pas une lacune dans votre culture générale. Esther Montandon, tout simplement, n’existe pas. … Lire la suite

Le Chardonneret de Donna Tartt

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La vie de Theo Decker vole en éclats un beau matin dans un musée New-Yorkais. Alors qu’il découvre une exposition autour de maîtres de la peinture flamande avec sa mère, férue d’histoire de l’art, une bombe explose. Sa mère trouve la mort. Lui ressort du musée, hébété, avec sous le coude une toile d’une immense valeur qu’il n’avait pas vraiment l’impression de voler, mais plutôt de protéger : le Chardonneret de Carel Fabritius. A mesure qu’il tente de reconstruire sa vie, et jusqu’à l’âge adulte, ce tableau ne cessera de le hanter.

On a évidemment tout lu sur le Chardonneret de Donna Tartt et l’édition Abacus que j’ai achetée ne permet à aucun moment d’oublier le torrent d’éloges qui a accompagné sa sortie.… Lire la suite

L’Ascendant d’Alexandre Postel

PsychoMother

Aujourd’hui, papa est mort. Ou peut-être hier, je ne sais pas.

Ca pourrait commencer comme ça. Le narrateur de l’Ascendant apprend au début du roman la mort de son père, pratiquement perdu de vue depuis des années. Malgré l’air contrit de tous ceux qui l’entourent – c’est-à-dire pas grand monde -, il ne peut accueillir la nouvelle qu’avec une certaine indifférence. Ce n’est que lorsqu’il se rendra dans la maison de son père pour y faire du tri et qu’il découvrira un terrible secret dormant dans la cave qu’il prendra la mesure de ce qui lui arrive.

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[Musique] Sufjan Stevens – Carrie & Lowell

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Si l’arrivée du printemps vous donne envie de vous extasier sur les bourgeons qui éclosent, les oisillons qui pépient dans leurs nids et sur tout ce qui renaît à mesure que les jours rallongent, je préfère vous calmer tout de suite : Sufjan Stevens est de retour avec son huitième album pour vous rappeler que tout cela va mourir bientôt. Et vous aussi, d’ailleurs.

Avouez que vu comme ça, ça fait envie. Mais Sufjan n’est pas juste un gros rabat-joie ; Carrie & Lowell, qui sort demain, est avant tout sa manière à lui de composer avec le décès de sa mère – Carrie -, survenu en 2012, et avec les sentiments confus qui en découlent.… Lire la suite

Réparer les vivants de Maylis de Kerangal

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Bien que je ne sois pas le plus assidu des lecteurs de la blogosphère littéraire, il m’a été impossible de rater, l’année dernière, le véritable phénomène qu’a été Réparer les vivants de Maylis de Kerangal. Pendant plusieurs mois, il m’a semblé le voir chroniqué absolument partout, et au moment où je commençais à l’oublier, il a resurgi dans bon nombre de classements de fin d’année. Difficile de résister, donc, quand je suis tombé dessus sans même le chercher à la bibliothèque.

Du sujet, j’avais compris l’essentiel : Simon Limbres est un jeune homme qui décède brutalement, bêtement, dans un accident de la route.… Lire la suite

Price de Steve Tesich

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On a découvert Steve Tesich il y a deux ans, lorsque les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont propulsé Karoo, immense roman publié au début des années 90, juste avant la mort de l’auteur, sur le devant de la scène. Fort de ce succès-surprise, la petite mais indispensable maison d’édition publiait cet automne Price, le premier roman de Tesich.

Ce hasard du calendrier éditorial nous force ainsi à lire l’oeuvre de Tesich à l’envers : le roman de la maturité avant l’oeuvre de jeunesse, le texte du crépuscule avant celui des grandes espérances. Il y a ainsi quelque chose de déstabilisant à découvrir dans Price une fraîcheur, une inspiration qu’on ne trouvait pas dans Karoo.… Lire la suite

Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal

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Les faits ne se contentent pas d’arriver, ils reviennent. Qu’on les accepte ou non, ils sont plus insistants et plus entêtés que les stratagèmes qu’on invente pour les éviter. Ecrire fait partie de ces stratagèmes. On croit contrôler, répartir, organiser et tenir le réel sous sa coupe et la plupart du temps on se laisse déborder.

C’est sur cette note d’intention qui sonne comme un avertissement que s’ouvre Mécanismes de survie en milieu hostile. Le fait qui va revenir tout au long des cinq chapitres qui composent le roman est de ceux que quiconque voudrait tenir à distance et oublier par tous les moyens possibles : la disparition d’une soeur.… Lire la suite

What I loved (Tout ce que j’aimais) de Siri Hustvedt

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Leo Hertzberg est critique et professeur d’histoire de l’art, notamment reconnu pour son essai A Brief History of Seeing in Western Painting, consacré à la place du regard dans la peinture classique et moderne. Au terme d’une riche carrière et d’une vie personnelle mouvementée et marquée par le sceau du deuil, le voilà frappé par un dernier drame, dont la cinglante ironie est évidente : touché par la DMLA, Leo perd la vue. Au centre de son champ de vision se déploie une tache sombre qui l’empêche de reconnaître ceux qu’il a aimés et d’étudier les tableaux qui l’ont ému.… Lire la suite

Waterloo Necropolis de Mary Hooper

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La rue était étroite et humide, et l’air était chargé de miasmes fétides. Il y avait un assez grand nombre de petites boutiques, dont tout l’étalage consistait en un tas d’enfants qui criaient à qui mieux mieux, malgré l’heure avancée de la nuit. Les seuls endroits qui parussent prospérer au milieu de la misère générale, étaient les tavernes, où des Irlandais de la lie du peuple, c’est-à-dire la lie de l’espèce humaine, se querellaient de toutes leurs forces. De petites ruelles et des passages couverts, qui çà et là aboutissaient à la rue principale, laissaient voir quelques chétives maisons, devant lesquelles des hommes et des femmes ivres se vautraient dans la boue ; et parfois on voyait sortir avec précaution de ces repaires des individus à figure sinistre, dont, selon toute apparence, les intentions n’étaient ni louables ni rassurantes.

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Les Oubliés de Christian Gailly

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Je n’avais jamais lu de roman de Christian Gailly, auteur pourtant réputé qui nous a quittés à 70 ans en octobre dernier. Cette lacune est désormais réparée puisque je viens de terminer un de ses derniers romans, Les Oubliés. Ca fait toujours drôle de découvrir un auteur juste après son décès, d’autant plus quand, comme ici, le roman traite de sujets douloureux comme la vieillesse, l’oubli et la mort.

Plus précisément, ces oubliés dont parle le titre, ce sont ces personnalités plus ou moins célèbres à une époque qui ont soudain disparu des radars. Deux journalistes, Albert Brighton et Paul Schooner, en ont fait leur fonds de commerce : ils rencontrent et interviewent des artistes perdus de vue.… Lire la suite