La Maison des épreuves de Jason Hrivnak

la maison des epreuves - oedipe et le sphinx de gustave moreau detail

Il y a quinze ans, Claro permettait au lectorat français d’accéder au roman la Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, déjà auréolé alors d’un statut d’oeuvre-culte. Claro, qui s’était certes déjà fait un nom aussi bien pour ses traductions que pour ses propres romans, garde depuis une certaine aura qui explique qu’il soit à ma connaissance un de seuls traducteurs français-anglais suivi de près par certains lecteurs – dont je fais partie – , là où tant de traducteurs restent anonymes.

Pas étonnant donc que Claro suscite à nouveau l’intérêt lorsqu’il propose aux Editions de l’Ogre sa traduction de la Maison des épreuves.… Lire la suite

Robinson de Laurent Demoulin

Robinson a dix ans. Il joue, court, crie, comme n’importe quel enfant. Mais Robinson ne parle pas. Pas le moindre mot depuis sa naissance : Robinson est autiste. Robinson n’accepte aucun « non », n’est pas propre, voire joue avec ses excréments dès qu’il en a l’occasion, jette ses jouets par la fenêtre, s’y jetterait aussi si celle-ci n’était pas, comme absolument tout ce qui peut présenter un danger dans une maison, aussi sécurisée qu’un coffre de la Banque de France.

Être le père de Robinson, c’est nécessairement du sport. Non seulement il n’est pas toujours facile de comprendre le bonhomme, mais surtout il faut faire avec un enfant de dix ans qui se comporte le plus souvent comme s’il en avait deux ou trois.… Lire la suite

Les cosmonautes ne font que passer d’Elitza Gueorguieva

iouri gagarine - les cosmonautes ne font que passer - elitza gueorguieva

Pourquoi les parents choisissent-ils de s’enfermer tous les soirs dans la salle de bains, avec tous les robinets ouverts, pour discuter ? Pourquoi le père Gel a-t-il soudain été remplacé par le Père Noël ? Qu’est-ce qu’un vrai communiste ? Une petite fille peut-elle devenir Iouri Gagarine ? Et pourquoi Constantza, qui a de la famille en Grèce, a-t-elle de vraies Barbie au lieu des jouets habituels ?

Ces questions, et mille autres à leur suite, la narratrice de Les Cosmonautes ne font que passer, le premier roman très autobiographique d’Elitza Gueorguieva, ne cesse de se les poser. Avec une fausse naïveté mais un vrai sens de la dérision, Elitza Gueorguieva replonge dans son enfance pour raconter la vie en Bulgarie dans les années qui ont précédé la Chute du Mur, et celles qui ont directement suivi.… Lire la suite

La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyan

La Maison Dans Laquelle - mariam petrosyan - dos

Car la Maison exige une forme d’attachement mêlé d’inquiétude. Du mystère. Du respect et de la vénération. Elle accueille ou elle rejette, gratifie ou dépouille, inspire aussi bien des contes que des cauchemars, tue, fait vieillir, donne des ailes… C’est une divinité puissante et capricieuse, et s’il y a bien quelque chose qu’elle n’aime pas, c’est qu’on cherche à la simplifier avec des mots. Ce genre de comportements se paie toujours. Voilà, maintenant que vous êtes prévenus, on peut continuer à discuter.

Je le paierai, cet article, puisque je m’apprête à essayer de mettre en mots cette Maison dans laquelle dont je viens tout juste de sortir, encore incertain quant à ce que j’y ai découvert, encore mal assuré quant à la façon de l’expliquer à ceux qui n’ont pas fréquenté ses couloirs obscurs.… Lire la suite

La Maternelle de Léon Frapié (Prix Goncourt 1904)

oliver-twist-007

Il y a quelques semaines je vous ai parlé de Force ennemie de John-Antoine Nau, premier roman à recevoir le prix Goncourt. C’était en décembre 1903, et c’était déjà un grand évènement scruté par tous les organes de presse. Aujourd’hui je vous propose d’avancer un an, au 7 décembre 1904, le jour où Léon Frapié reçut à son tour le Goncourt pour la Maternelle.

Contrairement à John-Antoine Nau, Frapié n’en est pas à son coup d’essai. Si c’est bien la Maternelle qui lui valut de devenir célèbre (440.000 exemplaires s’en seraient écoulés, ce qui en fait un succès comparable à ceux des Goncourt d’aujourd’hui), il s’agit de son troisième roman.… Lire la suite

Prête-moi ta plume de Raymond Penblanc

prête-moi ta plume

Printemps 1918. Alors qu’à l’autre bout de la France, le tumulte de la guerre va encore résonner pendant quelques mois, Jeanne naît « dans une petite ferme » du sud de la Bretagne. « Pas vraiment le bout du monde, la pointe du Raz se trouve à moins de trois heures de route et Quimper, la préfecture, à seulement une heure. » Pas vraiment le bout du monde, mais suffisamment loin pour que les secousses de l’Histoire ne parviennent jamais qu’assourdies.

La vie de Jeanne n’est pas un long fleuve tranquille pour autant. Il y a d’abord la mort de la soeur adorée, une mort à dix-huit ans qui reste incompréhensible, bientôt suivie par celle du père.… Lire la suite

Au bord des fleuves qui vont d’Antonio Lobo Antunes

irrawaddy_etm_2000063_lrg

J’ai lu pour la première fois Antonio Lobo Antunes. J’étais prévenu : la langue d’Antunes est bien particulière, un long fleuve qui a ses propres règles, qui peut déconcerter, déstabiliser, que beaucoup trouvent inaccessible. Un style qui demande de la concentration, extrêmement exigeant. Et en effet, dès la première page, ce style s’impose au lecteur : des phrases étalées sur des chapitres entiers, entrecoupées de lignes de dialogues isolées, qui voguent au gré de la pensée de l’auteur, bifurquent, sautent d’un souvenir à l’autre, de sensations en sensations.

Lire la suite

Phénix de Raymond Penblanc

phénix - zambelli

« C’est l’histoire d’un garçon qui voudrait s’arracher à la gravitation universelle », annonce la quatrième de couverture. C’est l’histoire d’un garçon, presque encore un enfant, déjà au bord de l’adolescence, qui s’invente un univers de pureté et d’innocence dans un monde qui voudrait définitivement le souiller. L’histoire d’un gamin qui voudrait toujours continuer à être enfant de choeur, à faire s’élever sa voix d’ange vers le ciel ; un gamin qui préfèrerait ne rien savoir des choses du sexe que son grand frère Roland voudrait lui mettre directement sous le nez, un gamin qui s’est fabriqué un sanctuaire autour d’un arbre creux dans la forêt qui borde le village.… Lire la suite

Profession du père de Sorj Chalandon

oas

L’enfance d’Emile Choulans n’a rien d’un long fleuve tranquille. Entre un père violent, mythomane et paranoïaque et une mère soumise et résignée aux accès de folie de son mari, les moments de répit sont rares. Emile peut se réveiller un jour pour découvrir que Tom, son prétendu parrain américain, lui a adressé une lettre l’engageant à défendre sa patrie, ou bien se retrouver embobiné dans des embrouilles visant à menacer de mort un défenseur de l’Algérie libre. Même pour un gamin de douze ans, les évènements se succèdent à une vitesse difficile à avaler ; mais jouer les complices est le meilleur moyen de rester proche d’un père insaisissable, et d’éviter ses coups.… Lire la suite

La Maladroite d'Alexandre Seurat

Elle s’appelle Diana – ça n’est déjà pas un très bon départ dans la vie. Elle est maltraitée par ses parents. Elle est battue, affamée. Quand on lui demande d’où viennent les bleus et les marques sur son corps, elle répond qu’elle est maladroite. Lorsque le roman d’Alexandre Seurat commence, il est déjà trop tard pour la sauver.

Ce n’est pas par la voix de Diana qu’Alexandre Seurat, primo-romancier, choisit de raconter cette terrible histoire d’une enfance brisée, mais par celles des adultes qui l’ont croisée, entourée, et qui n’ont rien pu faire pour elle ; principalement ses instituteurs successifs, les directrices de deux écoles qu’elle a fréquenté, sa grand-mère et sa tante.… Lire la suite