Force ennemie de John-Antoine Nau (Prix Goncourt 1903)

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Les membres de l’Académie des Goncourt se sont donc réunis hier soir, chez Champeaux, et ont procédé, après leur dîner mensuel, à un vote prévu pour attribuer le prix de 5000 francs prévu par le testament d’Edmond de Goncourt.

Parlant à un de nos collaborateurs qui reproduisait ses déclarations dans les échos de dimanche matin, M. Gustave Geffroy, un des académiciens, déclarait : « Nous décernerons le prix à la majorité des suffrages exprimés ; nous espérons faire une bonne oeuvre et en désigner une autre à l’attention du public ! »

Faisons donc tout de suite connaître le nom de l’heureux lauréat, ce nom, inconnu hier du grand public, sera aujourd’hui partout répandu : John-Philippe (sic) Nau.

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En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut

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C’est le succès de librairie surprise de la rentrée de janvier. Porté par un bouche-à-oreilles enthousiaste, loué par une bonne partie de la blogosphère avant d’être repéré par la presse, En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut est le genre de conte de fées éditorial qui fait rêver tout le monde : Bourdeaut, trente-cinq ans, se fait rembarrer par toutes les maisons d’éditions d’envergure, atterrit chez un petit éditeur (de qualité), Finitude, qui prévoit d’en tirer quelques centaines tout au plus, et finit par en vendre des camions entiers (entre 60 et 80.000 d’après les derniers chiffres que j’ai lus). Et par-dessus le marché, il a l’air super gentil, Olivier Bourdeaut, c’est le gendre idéal de ta maman croisé avec Philippe Douste-Blazy et un agent immobilier*.… Lire la suite

Quelqu’un de Robert Pinget

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Il était là, ce papier, sur la table, à côté du pot, il n’a pas pu s’envoler. Est-ce qu’elle a fait de l’ordre? Est-ce qu’elle l’a mis avec les autres? J’ai tout regardé, j’ai tout trié, j’ai perdu toute ma matinée, impossible de le trouver. C’est agaçant, agaçant. Je lui dis depuis des années de ne pas toucher à cette table. Ca dure deux jours et le troisième elle recommence, je ne retrouve plus rien.

Ah, ce papier, ce foutu papier qui a disparu ! On va en entendre parler, dans Quelqu’un. C’est qu’il y tenait, notre narrateur, à ce papier, ce papier que Marie a peut-être fichu à la poubelle mais qu’il cherchera aussi bien dans les arbres au cas où il se serait envolé par la fenêtre, ce fameux papier sur lequel il avait noté… Mais quoi déjà ?… Lire la suite

La Chouette aveugle de Sadegh Hedayat

magritte compagnons de la peur

Pour un stage effectué au début de l’année, j’ai été conduit à m’intéresser à la littérature en persan, dont l’histoire atypique trouve ses racines dans une abondante production de poésie du XIIe au XIVe siècle. Longtemps jugée inégalable, celle-ci a conduit les auteurs iraniens et afghans à rester jusqu’à la fin du XIXe dans l’ombre de modèles quasiment déifiés comme Férdowsî, auteur du Shâh Nâmeh, une épopée de plus de 60 000 vers. Son renouveau n’a eu lieu qu’au début de l’époque moderne, notamment sous l’impulsion d’une poignée d’auteurs qui ont introduit la forme romanesque en Iran.

Tête de file involontaire de ce renouveau de la littérature persane, Sadegh Hedayat est né en 1903.… Lire la suite

L’Odeur du Minotaure de Marion Richez

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Marjorie a vécu une ascension fulgurante. De sa petite ville de province étriquée, elle est passée aux grandes prépas parisiennes et à l’ENA, pour finir plume d’un ministre. Son passé est oublié, effacé, ses contacts avec ses parents, issus de la classe moyenne, ont été réduits à néant. Son premier amour, Thomas, fils de bourgeois bien conscient de sa supériorité de classe, elle l’a enterré le jour où elle a quitté son appartement avec fracas, menaçant de le tuer s’il manifestait encore une fois du mépris pour sa condition sociale.

L’oubli, évidemment, a un prix : pour faire disparaître la petite fille qu’elle était, Marjorie a dû se construire une armure à toute épreuve.… Lire la suite

Déluge d’Henry Bauchau

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Florence est malade. On ne sait pas bien de quoi, d’où, mais en tout cas elle est convaincue qu’elle va mourir d’ici un ou deux ans grand maximum. Une maladie grave, donc, genre leucémie. Elle pourrait se tourner vers la médecine, Florence, mais non, elle prend la décision la plus évidente qui soit, celle qu’on prendrait tous : elle démissionne, quitte Paris et va s’installer dans un petit port du sud de la France. Parce qu’il est bien connu qu’un peu de soleil, ça soigne tout. Ou peut-être parce qu’au moins, si elle doit vraiment mourir, elle aura vécu ses dernières années à siroter du rosé et à manger de la bouillabaisse en terrasse – tout ça n’est pas clair.… Lire la suite

What I loved (Tout ce que j’aimais) de Siri Hustvedt

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Leo Hertzberg est critique et professeur d’histoire de l’art, notamment reconnu pour son essai A Brief History of Seeing in Western Painting, consacré à la place du regard dans la peinture classique et moderne. Au terme d’une riche carrière et d’une vie personnelle mouvementée et marquée par le sceau du deuil, le voilà frappé par un dernier drame, dont la cinglante ironie est évidente : touché par la DMLA, Leo perd la vue. Au centre de son champ de vision se déploie une tache sombre qui l’empêche de reconnaître ceux qu’il a aimés et d’étudier les tableaux qui l’ont ému.… Lire la suite

Emma de Jacques Boucher de Perthes

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Je vous parlais en début de semaine de Jacques Boucher de Perthes, héros d’un roman de Christine Montalbetti, sorte de génial dilettante qui fut à la fois douanier, écrivain et premier théoricien de la préhistoire. J’étais un peu resté sur ma faim à la lecture de l’Origine de l’homme, et me voilà donc parti à la découverte du Boucher de Perthes romancier, grâce aux éditions José Corti qui ont exhumé dans le cadre de leur Collection Romantique Emma, un roman épistolaire publié en 1852. 

Emma étant apparemment, en littérature, un prénom maudit – celle de Jane Austen s’en tire certes plutôt bien malgré ses difficultés à comprendre ce qui se passe autour d’elle, mais je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler comment finit celle de Flaubert -, il ne faut pas s’attendre ici à un joli roman à l’eau de rose.… Lire la suite

Les Cobayes de Ludvík Vaculík

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Vachek, le héros et narrateur des Cobayes, mène une vie banale à Prague, où il travaille pour la Banque d’Etat. Une femme, deux fils, des collègues avec qui nouer quelques relations superficielles… Vachek semble se contenter de peu et est donc satisfait de sa petite vie. Jusqu’à ce que ses fils lui demandent un animal de compagnie : ne voulant ni chat ni chien dans son petit appartement, Vachek leur offre un cobaye, qui sera bientôt rejoint par quelques autres représentants de son espèce.

L’arrivée de ces cobayes dans la vie de Vachek va changer beaucoup de choses. Si le lecteur a compris depuis le début que quelque chose ne tourne pas rond dans cet univers où les banquiers, pour percevoir leur salaire, doivent le voler, Vachek, lui, sent confusément son monde voler en éclats lorsqu’il prend conscience de son ascendance sur les cobayes de ses fils.… Lire la suite