Le Papillon d’Andrus Kivirähk

kivirahk - le papillon - papillons épinglés

On pourrait croire qu’on commence à bien connaître Andrus Kivirähk. Après l’Homme qui savait la langue des serpents et les Groseilles de novembre, deux échappées belles dans une Estonie médiévale peuplée de créatures fantastiques et de chimères, on pensait l’avoir cerné. C’était sans compter sur le Papillon, troisième roman traduit en France (encore par un traducteur différent, Jean-Pascal Ollivry) mais premier roman d’Andrus Kivirähk. Loin des terres sauvages qu’arpentaient Leemet ou les légendaires Kratts, le papillon se déroule dans une Estonie bien plus proche et bien plus tangible : celle du début du XXe siècle, à la veille de la Première Guerre Mondiale.… Lire la suite

Le Garçon de Marcus Malte

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A peine sorti de l’enfance, le Garçon de Marcus Malte doit tout laisser derrière lui. Tout, c’est-à-dire rien, ou presque : sa mère, décédée presque dans ses bras, la pauvre hutte qu’ils ont toujours habitée au fin fond d’une quelconque forêt du sud de la France, une poignée de poules. Tournant le dos au brasier qu’il vient d’allumer, le garçon le sent, comme une évidence : il doit découvrir le monde, trouver ses semblables, lui qui n’a jamais vu d’autre homme à l’exception d’un ou deux colporteurs égarés. A moitié sauvage, muet, évidemment illettré, il fait son apparition après un bref périple dans la cour d’un corps de ferme dont les habitants vont l’adopter, si on peut parler d’adoption et non d’exploitation – car s’il doit être une bouche à nourrir, il sera aussi un souffre-douleur, lui qui ne rechigne à aucune tâche et se révèle une aide inestimable.… Lire la suite

Le Conte de la dernière pensée d’Edgar Hilsenrath

Le Conte de la dernière pensée, publié en 1989, a une place à part dans l’oeuvre d’Edgar Hilsenrath : si la plupart de ses romans s’inspirent, de près ou de loin, des événements historiques qui ont marqué sa vie – du quotidien dans le ghetto de Moguilev-Podolski décrit dans Nuit à l’installation en Israël au lendemain de la libération, bientôt suivie d’un autre exil en Amérique -, ce texte-ci évoque un drame tout à fait étranger : le génocide arménien de 1915.

On comprend bien, évidemment, quels rapports l’oeuvre d’Hilsenrath en général peut entretenir avec un tel sujet : lui qui a toujours écrit des textes d’une brutalité extrême destinés à lutter contre l’oubli ne pouvait qu’être interpellé par un tel sujet, non seulement pour ce qu’il a de commun avec la Shoah, thème central de ses autres romans, mais aussi en raison de son invisibilité dans l’Histoire mondiale, faute d’une véritable reconnaissance par les autorités turques et par les instances internationales.… Lire la suite

Watership Down de Richard Adams

watership down-rabbits - dessin animé

Aux éditions Monsieur Toussaint Louverture, non seulement on peut se vanter d’avoir un catalogue à peu près irréprochable, mais en plus, on sait comment allécher le lecteur à coups de teasers, d’extraits et d’aperçus des (toujours très belles) couvertures à venir. Il arrive même que ça marche trop bien puisque je n’ai pas pu résister à l’envie de lire Watership Down de Richard Adams dans sa version originale, avant même que sa nouvelle traduction soit publiée par l’éditeur bordelais le 15 septembre. Il faut dire, avec les arguments de cette brochure, comment résister ?

Me voilà donc parti à la découverte de ce best-seller mondial méconnu en France, qui a peut-être souffert d’une première traduction mal orientée, ou bien de son ambivalence – de son statut de roman d’aventure mettant en scène des petits lapins, qui n’a rien cependant d’un roman pour enfants… Car si les grandes lignes du récit – un groupe de héros décide de quitter sa garenne, pourtant fort bien organisée et hospitalière, suite au pressentiment funeste de Fiver (Fyveer dans la nouvelle traduction), le Cassandre de la bande, et afin de s’établir dans une prairie plus verte – ont tout du gentillet récit d’aventures animalières, il ne faut pas longtemps pour réaliser que Richard Adams s’adresse à un public tout ce qu’il y a de plus mature.… Lire la suite

Paris est un leurre de Xavier Boissel

paris est un leurre - vegas

La guerre de 14-18 ce sont les tranchées, les poilus, les obus ; Verdun, la Marne, le Chemin des Dames. On y pense rarement, mais c’est aussi la première guerre pendant laquelle l’aviation est utilisée pour bombarder l’arrière – et les civils. Les proportions évidemment n’ont rien à voir avec la seconde guerre mondiale ou d’autres conflits ultérieurs. Mais à Paris, c’est dès août 1914 que les Taubes allemands font leur apparition, d’abord pour des raids destinés à impressionner les citadins mais qui n’occasionnent que peu de dégâts – les bombes transportées sont extrêmement légères, et les avions n’ont pas encore de système de visée.… Lire la suite

Dingley, l’illustre écrivain de Jean et Jérome Tharaud (Prix Goncourt 1906)

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A chaque fois que je vois un roman écrit à quatre mains (ou plutôt à deux, à moins d’avoir deux ambidextres) je me gratte la tête en me demandant comment une telle chose est possible. Pour les frères Tharaud, la recette était pourtant simple, semble-t-il : l’un écrivait le premier jet, l’autre fignolait et se préoccupait plus particulièrement du style. Et cela marchait plutôt bien pour eux puisque, non contents d’avoir reçu le prix Goncourt en 1906 pour leur troisième roman, ils furent plus tard reçus à l’Académie Française – non sans difficultés puisqu’on ne peut évidemment pas nommer deux personnes sur un seul fauteuil ; Jérôme y entra en 1938, et Jean dut attendre la fin de la guerre pour le rejoindre enfin, en 1946.… Lire la suite

Outre-terre de Jean-Paul Kauffmann

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7 février 1807. Dans la plaine d’Eylau, située dans l’actuel oblast de Kaliningrad, enclave russe au sud des pays Baltes, 65.000 hommes s’apprêtent à livrer bataille sous les ordres de Napoléon. Face à eux, l’armée russe – soutenue par quelques régiments de l’armée prussienne-, commandée par le général Von Benningsen, aligne 70.000 hommes.

L’affrontement qui va suivre est un des épisodes les plus meurtriers des guerres napoléoniennes. Pas aussi mémorable que Waterloo ou que la débâcle de la campagne de Russie, deux évènements qu’elle préfigure pourtant selon certains historiens, la bataille d’Eylau fait environ 5000 morts dans la Grande Armée, entre 7000 et 9000 chez les Russes. Lire la suite

La Femme qui dit non de Gilles Martin-Chauffier

carla dit non martin chauffier

Quand on est une jeune bourgeoise anglaise exilée dans le fin fond de la Bretagne, il faut bien trouver de quoi s’occuper. Heureusement, en 1940, ce ne sont pas les occupations qui manquent*. Une aubaine pour Marge qui commence à trouver le temps long, temps pourtant partagé entre son époux, Blaise, et son amant, Mathias, lequel a d’ailleurs trouvé le moyen de lui faire un enfant, Timmy. Sans compter sur son acariâtre belle-mère qui ne sait rien faire d’autre que la contrarier.

Ah, oui, heureusement, il y a la guerre. Blaise part à Londres, Mathias navigue dans des eaux plus troubles qui le conduiront, plus tard, à préférer l’Indochine et l’Algérie à la France.… Lire la suite

Ce sont des choses qui arrivent de Pauline Dreyfus

L’homme a des endroits de son pauvre coeur qui n’existent pas encore et où la douleur entre afin qu’ils soient.

Cette citation de Léon Bloy, inscrite en exergue de Ce sont des choses qui arrivent, colle à merveille au parcours de Natalie de Sorrente, jeune duchesse qui, au cours de la seconde guerre mondiale, va vivre une chute vertigineuse. Descendante de la maison Lusignan, enorgueillie de quelques gouttes de sang royal, mariée à un descendant de la grande noblesse napoléonienne, Natalie n’a que faire de la guerre – tout juste regrette-t-elle d’être contrainte à vivre dans sa résidence secondaire cannoise tant que la situation n’est pas stabilisée à Paris.… Lire la suite

Pas pleurer de Lydie Salvayre

guernica

Parmi les grands conflits européens du XXe siècle, la guerre civile espagnole est la grande oubliée de nos manuels d’Histoire. A peine l’évoque-t-on rapidement – Guernica, la Phalange, basta : on a d’autres chats à fouetter : 1936, c’est l’année du Front Populaire, l’alliance de Mussolini avec Hitler, les Jeux Olympiques de Berlin, le congrès de Nuremberg… La guerre civile, c’était pas notre guerre. Tant pis pour ses victimes, y compris les milliers d’espagnols exilés en France.

Au milieu de ces émigrés contraints se trouvaient les parents de Lydie Salvayre. Presque vingt-cinq ans après son premier roman, elle évoque dans Pas pleurer cette part de son histoire, celle de sa mère, Montse, et de ce qu’elle a vécu en 1936.… Lire la suite