La Baleine thébaïde de Pierre Raufast

baleine thébaïde - whale house - illustration

Cela fait déjà un moment que Pierre Raufast a séduit la blogosphère, avec ses deux premiers romans aux titres intrigants et qui claquent sous la langue, La Fractale des raviolis et la Variante chilienne. On y vante régulièrement sa loufoquerie, son esprit d’escalier, sa poésie douce et lucide… Raufast était de retour à la rentrée de janvier avec un troisième roman qui a encore une fois les honneurs des blogs, et qui disposait d’un argument de poids pour me faire sauter le pas : la mention en titre d’une énigmatique baleine

Cette baleine, qui sert dès le départ de moteur au récit, n’est certes pas comme les autres : nommée « baleine 52 » en référence à la fréquence unique, en kilohertz, sur laquelle elle module son chant, elle est observée depuis quelques années par la communauté scientifique, interpellée aussi son comportement inhabituel.… Lire la suite

The last girlfriend on Earth de Simon Rich

the last girlfriend on earth - simon rich - man seeking woman

Un premier rendez-vous avec un troll repoussant, des cellules de crise intergouvernementales réunies pour écrire un texto à une fille rencontrée la veille, une ex qui se recase avec Jésus ou Hitler, des batailles de Transformers utilisées comme des parades nuptiales… Autant de situations absurdes mises en scène dans l’excellente série Man seeking woman, et qu’on retrouve pour certaines dans le recueil de nouvelles de Simon Rich dont elle s’inspire, The last girlfriend on Earth (traduit en France sous le titre Homme cherche femme).

Simon Rich, qui a été parmi les plus jeunes scénaristes du Saturday Night Live et a également travaillé pour Pixar, est déjà l’auteur de quatre recueils de nouvelles et de deux romans, dont un a été comparé au Guide du Voyageur Intergalactique de Douglas Adams.… Lire la suite

Yes Please d’Amy Poehler

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Si vous n’avez pas visionné l’intégralité de Parks and Recreation, la série qu’Amy Poehler a mené tambour battant pendant sept ans, vous ne pouvez sans doute pas comprendre les attentes que peut susciter Yes please. Peut-être même ne savez-vous pas qu’Amy Poehler est purement et simplement une des personnes les plus drôles du monde. Auquel cas je ne peux que vous conseiller de fermer cette page – vous y reviendrez plus tard, je vous fais confiance –  et de courir combler cette terrible lacune dans votre culture télévisuelle.

Si vous faites partie de ceux qui se sont régalés des tribulations de Leslie Knope, vous pouvez en revanche sans doute comprendre mon excitation au moment d’entamer ce memoir que l’Observer a considéré comme « Wickedly funny and razor sharp » d’après un macaron sur sa couverture.… Lire la suite

L’Infinie Comédie de David Foster Wallace

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La difficulté qu’il peut y avoir à écrire un billet d’à peine plus de mille mots pour rendre compte d’un livre de 1500 pages n’a d’égale que la pression que l’on ressent à devoir parler d’un livre ultra-culte qui, en plus, mérite ce statut. Forcément, dans le cas de l’Infinie Comédie, on cumule. Mine de rien, j’attendais cette traduction depuis pas loin de dix ans (1) et sa sortie sans cesse repoussée (2) a fini par en faire une sorte de Graal littéraire que j’étais tout ému de commencer – pendant une semaine de vacances que j’avais peut-être posée, inconsciemment, rien que pour ça.… Lire la suite

Le Fémur de Rimbaud de Franz Bartelt

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Majésu Monroe est antiquaire. Pas du genre brocanteur à la petite semaine, non, plutôt du genre à vendre des objets rarissimes, voire absolument uniques. Du tube digestif de Pantagruel au cure-dents de Landru en passant par des bocaux (étanches) contenant la vérole de Musset ou une chaussette trouée ayant appartenu à Arthur Rimbaud, Majésu a tout, pourvu qu’on veuille bien croire à son boniment.

Majésu rencontre un jour Noème, fille unique de deux aristocrates pleins aux as contre qui elle s’est révoltée à l’aube de son adolescence. Rejetant complètement le modèle parental, Noème veut être aussi pauvre que ses parents sont riches, et aussi communiste que ses parents sont capitalistes.… Lire la suite

Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry

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Quand le diable sortit de la salle de bain a presque tout pour s’inscrire dans une veine de réalisme social passablement déprimant (et généralement peu créatif) : une narratrice qui peine sévèrement à boucler ses fins de mois depuis qu’elle est au RSA, qui court de rendez-vous à Pôle Emploi en appels téléphoniques à la CAF, avec pour personnages secondaires des proches qui font la sourde oreille et quelques bonnes âmes qui aident les plus nécessiteux.

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David Copperfield de Charles Dickens

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Comment s’attaquer à David Copperfield ? Comment dire quoi que ce soit de neuf, de pertinent, sur un classique comme celui-ci ? Comment éviter de se contenter de dire que oui, c’est génial, que cet énorme pavé de 1100 pages mérite bien son statut de classique incontournable de la littérature européenne ?

Prenons une voie de traverse : malgré ce statut d’écrivain incontournable, Dickens souffre chez nous d’une sale image. Dickens, c’est un écrivain qu’on utilise dans les petites classes du collège, avec des versions charcutées d’Oliver Twist ou de David Copperfield, dans lesquels on ne garde que des scènes caricaturales pour les faire ressembler à de petits romans d’aventure sans envergure.… Lire la suite

Petit traité de dissidence spirituelle de Baptiste-Marrey

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Un chômeur en fin de droits de 33 ans, se faisant appeler Ali-Jesu a été conduit le jeudi 20 avril au Commissariat de Pont-sur-Marne pour troubles répétés à l’ordre public. Sans raison connue, il est décédé au cours de la nuit dans la cellule de dégrisement : il se serait lui-même blessé gravement au visage et aurait succombé à son hémorragie. « Il voulait sauver les autres, nous a déclaré le Commissaire-Centurion. Il n’a pas été fichu de se sauver lui-même. » L’IGN (la police des polices) a été saisie de l’incident.

Une douzaine de personnes, se prétendant disciples du défunt, ont manifesté pacifiquement devant le commissariat.

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Une putain de catastrophe de David Carkeet

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Au risque de répéter des évidences, commençons par un petit éloge : tout juste dix ans après leur création, on ne saurait plus se passer des éditions Monsieur Toussaint Louverture. Il devient même difficile de compter tous les auteurs de petits bijoux et de véritables chefs d’œuvre dénichés ces dernières années par la maison, de Juan Filloy à Steve Tesich en passant par Julien Campredon et Frederick Exley, avec par-dessus le marché une attention constante à l’objet-livre qui se fait bien trop rare ces temps-ci…

L’année dernière, cette petite équipe de génie a jeté son dévolu sur un roman de 1980 signé David Carkeet, Le Linguiste était presque parfait, dans lequel Jeremy Cook, linguiste exerçant dans un institut étudiant le développement du langage chez les nourrissons, se retrouvait à enquêter sur la mort suspecte d’un de ses collègues, avec pour seules armes ses connaissances en matière de double négation et d’énoncés performatifs.… Lire la suite

Trois hommes dans un bateau (sans oublier le chien) de Jerome K. Jerome

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A partir du moment où trois hommes se trouvent dans un bateau, il semble inévitable que l’un ou l’autre tombe à l’eau. Alors, quand des empotés comme George, Harris et Jerome entreprennent de partir une quinzaine de jours sur la Tamise, encombrés qui plus est de Montmorency, le fox-terrier de Jerome, il ne faut pas s’attendre qu’ils restent au sec bien longtemps. Car ils ont beau s’y connaître en canotage, se moquant volontiers des rameurs du dimanche qui pullulent sur le fleuve, leur maladresse n’a d’égale que leur malchance qui pousse les avirons ou les arceaux de leur tente à se révolter contre eux.… Lire la suite