La mort difficile de René Crevel

au-rendez-vous-des-amis-ernst-crevel-la mort difficile

La scène est dans une maison bourgeoise. Au salon, deux rombières échangent potins et confidences. Il y a de quoi faire : entre un mari devenu fou, qui écrit chaque jour la même lettre à la Pompadour, et un autre qui s’est suicidé – c’est de famille, dit-on -, Mme Blok et Mme Dumont-Dufour peuvent bien se plaindre un peu. Et nous, nous moquer de ces deux caricatures dans un salon défraîchi, tiraillées entre convenances et pulsions érotiques ou morbides, que René Crevel nous offre en entrée de la Mort difficile. La satire est facile, certes, mais suffisamment grinçante pour fonctionner.… Lire la suite

Anguille sous roche d’Ali Zamir

anguille sous roche - ali zamir - grand trip

Privilégié, pour une fois, je lis un texte bien avant sa sortie en librairies. C’est que Frédéric Martin et ses collaborateurs du Tripode croient tellement à Anguille sous roche, premier roman du Comorien Ali Zamir, qu’ils ont imaginé rien que pour lui un dispositif promotionnel tout neuf, le Grand Trip. Pour une somme tout à fait modique, les participants à cette opération recevront en 2016 deux romans du Tripode en avant-première. Anguille sous roche est le premier, donnant lieu à un tirage spécifique, reçu en mars pour une sortie en librairies en septembre.  Une belle idée qui met les lecteurs fidèles au coeur de la démarche du Tripode, et permet d’espérer, du côté de ma maison d’édition, un bouche à oreille favorable avant même la sortie du livre.… Lire la suite

La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyan

La Maison Dans Laquelle - mariam petrosyan - dos

Car la Maison exige une forme d’attachement mêlé d’inquiétude. Du mystère. Du respect et de la vénération. Elle accueille ou elle rejette, gratifie ou dépouille, inspire aussi bien des contes que des cauchemars, tue, fait vieillir, donne des ailes… C’est une divinité puissante et capricieuse, et s’il y a bien quelque chose qu’elle n’aime pas, c’est qu’on cherche à la simplifier avec des mots. Ce genre de comportements se paie toujours. Voilà, maintenant que vous êtes prévenus, on peut continuer à discuter.

Je le paierai, cet article, puisque je m’apprête à essayer de mettre en mots cette Maison dans laquelle dont je viens tout juste de sortir, encore incertain quant à ce que j’y ai découvert, encore mal assuré quant à la façon de l’expliquer à ceux qui n’ont pas fréquenté ses couloirs obscurs.… Lire la suite

Contre la pudibonderie ambiante : une relecture de Zazie dans le métro de Raymond Queneau

zazie-dans-le-metro-60-07-g

Marceline haussa les épaules.
– Eh bien vêtez-vous.
– Vêtissez-vous, ma toute belle. On dit: vêtis-sez-vous.
Marceline s’esclaffa.
– Vêtissez-vous! vêtissez-vous! Mais vous êtes nul. On dit: vêtez-vous.
– Vous ne me ferez jamais croire ça.
Il avait l’air vexé.
– Regardez dans le dictionnaire.
– Un dictionnaire ? mais j’en ai pas sur moi de dictionnaire. Ni même à la maison. Si vous croyez que j’ai le temps de lire. Avec toutes mes occupations.
– Y en a un là-bas (geste).
– Fichtre, dit-il impressionné. C’est que vous êtes en plus une intellectuelle.
Mais il bougeait pas.
– Vous voulez que j’aille le chercher?

Lire la suite