Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans de Lydia Flem

Je me souviens de l'imperméable rouge que je portais l'été de mes vingt ans - flem - corset

Quand j’ai reçu à la bibliothèque Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans, dont j’avais entendu de bons échos, je l’ai feuilleté distraitement, ai picoré de-ci de-là quelques fragments, et l’ai remisé aussitôt dans un coin, en me disant qu’il était n’était sans doute pas très utile de lire un petit bouquin qui ne faisait que reprendre strictement le principe des Je me souviens de Perec. Certes, le texte de Perec reste inépuisable et il constitue un modèle qu’il est très facile et amusant de s’approprier (c’est même un exercice fort pratique pour travailler l’autobiographie avec des élèves de troisième) ; mais de là à en faire des livres…

Comme je suis tout de même un peu curieux, j’ai fini par me pencher un peu plus sérieusement sur le cas de ce nouveau Je me souviens, désireux de comprendre peut-être ce qui lui valait tant d’éloges.… Lire la suite

L’Âge des lettres d’Antoine Compagnon

Roland Barthes - l'Âge des lettres

Jusqu’à tout récemment, Antoine Compagnon et moi n’étions pas très copains. Je lui tenais un peu rigueur de son essai le Démon de la théorie, douloureux souvenir de lecture en deuxième ou troisième année de licence. Je ne me souviens d’ailleurs pas très bien du contenu de ce livre – je me demande si j’étais parvenu à la terminer – mais il hante encore mes cauchemars. Il était donc grand temps que je me réconcilie avec cette grande figure des lettres, et quoi de mieux pour cela qu’un livre bien plus personnel et beaucoup moins aride que le précédent ?… Lire la suite

Sur la scène intérieure de Marcel Cohen

Ce qu’on appelle le devoir de mémoire est devenu depuis quelques années un prétexte à littérature essentiel. On ne compte plus les romans mettant en scène des personnages partant à la recherche de traces de leurs parents, grands-parents, tantes, grands-oncles envoyés dans les camps de la mort. Les romanciers les plus audacieux racontent même directement la vie dans les camps, sans utiliser le prisme du souvenir. C’est presque devenu un genre à part entière, et cela donne lieu à une production des plus inégales, où les véritables perles sont rares – notamment parce qu’il est difficile de se mesurer à la parole des survivants, qui nous ont laissé des textes d’une puissance inégalable.… Lire la suite

Ligne et Fils d’Emmanuelle Pagano

Laurence Bruxelle-Montamat - au fil de l'eau

Jusque-là, en bouclant la ceinture de sécurité, je ne savais pas que j’avais affaire à l’eau, à l’eau vive. Je n’imaginais pas la torsion du fil, et pour elle le bruit sans relâche, la vapeur, les odeurs bouillies, la soif toujours plus grande des brins de soie. Pourtant, la torsion est tapie dans ce réflexe anodin. De mon siège à la ceinture, les fils élastiques accompagnent mes mouvements. Ils ne sont pas seulement dans ma voiture. Si je me blessais, ils se nicheraient à l’intérieur de l’armoire à pharmacie, si je voulais courir à l’aise, ou faire de la musculation, ils déborderaient de mon sac de sport.

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Le Météorologue d’Olivier Rolin

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«  Le trente juillet 1937, le « nabot sanguinaire » Nikolaï Iéjov, commissaire du peuple aux Affaires intérieures, avait signé l’ordre opérationnel n°00447 du NKVD déclenchant ce paroxysme de violence politique qui allait durer seize mois et rester dans l’Histoire sous le nom de « Grande Terreur », par opposition avec la Terreur qu’on pourrait dire normale, qui était jusque là le régime quotidien. Pendant ces seize mois terribles de la Iéjovchtchina, environ sept-cent-cinquante mille personnes sont fusillées (une moyenne de mille six cents exécutions par jour pendant les derniers mois de 1937), et à peu près autant envoyées dans les camps. 

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Les Oubliés de Christian Gailly

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Je n’avais jamais lu de roman de Christian Gailly, auteur pourtant réputé qui nous a quittés à 70 ans en octobre dernier. Cette lacune est désormais réparée puisque je viens de terminer un de ses derniers romans, Les Oubliés. Ca fait toujours drôle de découvrir un auteur juste après son décès, d’autant plus quand, comme ici, le roman traite de sujets douloureux comme la vieillesse, l’oubli et la mort.

Plus précisément, ces oubliés dont parle le titre, ce sont ces personnalités plus ou moins célèbres à une époque qui ont soudain disparu des radars. Deux journalistes, Albert Brighton et Paul Schooner, en ont fait leur fonds de commerce : ils rencontrent et interviewent des artistes perdus de vue.… Lire la suite

BD : La Parenthèse d’Elodie Durand

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Histoire de varier un peu les plaisirs, j’inaugure aujourd’hui la catégorie BD avec un album découvert chez Stephie il y a quelques semaines et sur lequel je suis tombé par hasard hier à la bibliothèque.

Judith a à peine plus de vingt ans lorsque ses proches l’alertent sur son état de santé : depuis quelques temps, elle a des malaises, des absences dont elle ne se souvient plus quelques minutes après. Ces trous de mémoire sont les premiers signes d’une maladie qui va la ronger pendant plusieurs années, avalant tous ses souvenirs, détruisant toute possibilité de vie sociale. Plus de dix ans plus tard, elle entreprend le récit de sa maladie, qu’elle adresse à sa mère, pour enfin tourner la page.… Lire la suite