La Maison des épreuves de Jason Hrivnak

la maison des epreuves - oedipe et le sphinx de gustave moreau detail

Il y a quinze ans, Claro permettait au lectorat français d’accéder au roman la Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski, déjà auréolé alors d’un statut d’oeuvre-culte. Claro, qui s’était certes déjà fait un nom aussi bien pour ses traductions que pour ses propres romans, garde depuis une certaine aura qui explique qu’il soit à ma connaissance un de seuls traducteurs français-anglais suivi de près par certains lecteurs – dont je fais partie – , là où tant de traducteurs restent anonymes.

Pas étonnant donc que Claro suscite à nouveau l’intérêt lorsqu’il propose aux Editions de l’Ogre sa traduction de la Maison des épreuves.… Lire la suite

Vivre près des tilleuls de l’AJAR

les 18 auteurs de l'ajar - photo promo - vivre près des tilleuls

Auteure d’une poignée de textes de 1953 au début des années 1980, Esther Montandon, croyait-on, n’avait jamais rien écrit sur un drame pourtant fondamental : la perte de sa fille, morte par accident à trois ans. En 2013, pourtant, est retrouvé dans ses archives une sorte de journal fragmentaire qui évoque la période qui a entouré cette tragédie. Vivre près des tilleuls est une tentative de reconstitution, à partir de ces fragments, d’un texte posthume.

Si le nom d’Esther Montandon ne vous dit rien, ne complexez pas : ce n’est pas une lacune dans votre culture générale. Esther Montandon, tout simplement, n’existe pas. … Lire la suite

Le Garçon de Marcus Malte

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A peine sorti de l’enfance, le Garçon de Marcus Malte doit tout laisser derrière lui. Tout, c’est-à-dire rien, ou presque : sa mère, décédée presque dans ses bras, la pauvre hutte qu’ils ont toujours habitée au fin fond d’une quelconque forêt du sud de la France, une poignée de poules. Tournant le dos au brasier qu’il vient d’allumer, le garçon le sent, comme une évidence : il doit découvrir le monde, trouver ses semblables, lui qui n’a jamais vu d’autre homme à l’exception d’un ou deux colporteurs égarés. A moitié sauvage, muet, évidemment illettré, il fait son apparition après un bref périple dans la cour d’un corps de ferme dont les habitants vont l’adopter, si on peut parler d’adoption et non d’exploitation – car s’il doit être une bouche à nourrir, il sera aussi un souffre-douleur, lui qui ne rechigne à aucune tâche et se révèle une aide inestimable.… Lire la suite

Peau-en-poil d’Alain Galan

peau-en-poil - galan - sunderland museum 1913

 

« Que devient la vie après la mort ? »

C’est la question qui anime Lucas, alors encore jeune homme, lorsqu’il découvre les secrets de la taxidermie. Lui dont le plus fidèle compagnon fut, pendant son enfance, un geai apprivoisé qui trône maintenant, empaillé, dans la salle à manger familiale, a forcément un rapport particulier aux animaux et au vivant en général. Initié, l’année de ses seize ans, à « l’étrange magie » de cet artisanat pas comme les autres par l’homme qui a immortalisé son geai, Lucas se passionne pour les diverses techniques de tannage et de moulage nécessaires, entre autres, pour donner l’apparence de la vie à la dépouille d’un animal, pour ranimer la « peau-en-poil », terme qui désigne la peau et le pelage une fois qu’ils ont été séparés du corps de la bête.… Lire la suite

Zero K de Don DeLillo

zero k - hibernatus

Don DeLillo n’avait rien publié depuis Point Omega en 2010, mais le voilà enfin de retour avec Zero K, dont une bonne partie de l’intrigue prend place dans un complexe scientifique ultra-moderne où l’on se propose de cryogéniser les personnes qui le souhaitent en espérant qu’un jour l’avancée des connaissances scientifiques leur permette d’accéder à la vie éternelle. Loin de marquer une rupture dans son oeuvre, ce scénario à la limite de la science-fiction n’est jamais que le moyen de revenir sur des thèmes qui ne dépayseront pas les lecteurs assidus du maître.

La première partie de Zero K (Zero K, soit le degré zéro sur l’échelle de Kelvin, est la température la plus froide qu’il est physiquement possible d’atteindre) nous immerge dans ce drôle de complexe scientifique perdu au milieu d’une étendue désertique au Kazakhstan, qui tient un peu trop du décor de carton-pâte pour être honnête, par l’intermédiaire de Jeffrey Lockhart, invité par son père Ross à venir faire ses adieux à Artis, sa belle-mère, qui va subir la cryogénisation sous peu pour enfin échapper à une épuisante et lancinante maladie.… Lire la suite

Anguille sous roche d’Ali Zamir

anguille sous roche - ali zamir - grand trip

Privilégié, pour une fois, je lis un texte bien avant sa sortie en librairies. C’est que Frédéric Martin et ses collaborateurs du Tripode croient tellement à Anguille sous roche, premier roman du Comorien Ali Zamir, qu’ils ont imaginé rien que pour lui un dispositif promotionnel tout neuf, le Grand Trip. Pour une somme tout à fait modique, les participants à cette opération recevront en 2016 deux romans du Tripode en avant-première. Anguille sous roche est le premier, donnant lieu à un tirage spécifique, reçu en mars pour une sortie en librairies en septembre.  Une belle idée qui met les lecteurs fidèles au coeur de la démarche du Tripode, et permet d’espérer, du côté de ma maison d’édition, un bouche à oreille favorable avant même la sortie du livre.… Lire la suite

L’arbre du pays Toraja de Philippe Claudel

danse macabre - l'arbre du pays toraja

L’autre jour encore, je ne connaissais pas Philippe Claudel. Enfin, bien sûr, je connaissais son nom, je le savais auteur du Rapport de Brodeck dont on me dit depuis longtemps le plus grand bien, je savais qu’il était membre du jury Goncourt et lauréat du prix Renaudot en 2003, mais je n’avais jamais ouvert un de ses livres. Je me réjouissais donc de le découvrir enfin avec son dernier texte au titre évocateur, l’Arbre du pays Toraja, qui a de plus été agréablement reçu par la blogosphère littéraire.

Mais rien ne s’est passé comme prévu. Il a suffi de trois pages.… Lire la suite

Au bord des fleuves qui vont d’Antonio Lobo Antunes

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J’ai lu pour la première fois Antonio Lobo Antunes. J’étais prévenu : la langue d’Antunes est bien particulière, un long fleuve qui a ses propres règles, qui peut déconcerter, déstabiliser, que beaucoup trouvent inaccessible. Un style qui demande de la concentration, extrêmement exigeant. Et en effet, dès la première page, ce style s’impose au lecteur : des phrases étalées sur des chapitres entiers, entrecoupées de lignes de dialogues isolées, qui voguent au gré de la pensée de l’auteur, bifurquent, sautent d’un souvenir à l’autre, de sensations en sensations.

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Le Chardonneret de Donna Tartt

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La vie de Theo Decker vole en éclats un beau matin dans un musée New-Yorkais. Alors qu’il découvre une exposition autour de maîtres de la peinture flamande avec sa mère, férue d’histoire de l’art, une bombe explose. Sa mère trouve la mort. Lui ressort du musée, hébété, avec sous le coude une toile d’une immense valeur qu’il n’avait pas vraiment l’impression de voler, mais plutôt de protéger : le Chardonneret de Carel Fabritius. A mesure qu’il tente de reconstruire sa vie, et jusqu’à l’âge adulte, ce tableau ne cessera de le hanter.

On a évidemment tout lu sur le Chardonneret de Donna Tartt et l’édition Abacus que j’ai achetée ne permet à aucun moment d’oublier le torrent d’éloges qui a accompagné sa sortie.… Lire la suite

L’Ascendant d’Alexandre Postel

PsychoMother

Aujourd’hui, papa est mort. Ou peut-être hier, je ne sais pas.

Ca pourrait commencer comme ça. Le narrateur de l’Ascendant apprend au début du roman la mort de son père, pratiquement perdu de vue depuis des années. Malgré l’air contrit de tous ceux qui l’entourent – c’est-à-dire pas grand monde -, il ne peut accueillir la nouvelle qu’avec une certaine indifférence. Ce n’est que lorsqu’il se rendra dans la maison de son père pour y faire du tri et qu’il découvrira un terrible secret dormant dans la cave qu’il prendra la mesure de ce qui lui arrive.

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