Terres lorraines & Jean Des Brebis d’Emile Moselly (double Prix Goncourt 1907)

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Il n’aura fallu que cinq ans, cinq prix pour que nos dix jurés du Goncourt deviennent des experts de l’embrouille. C’est qu’il est contraignant, ce fichu testament d’Edmond ! Que l’on doive couronner un « ouvrage d’imagination en prose », passe encore ; que l’on privilégie la jeunesse, soit ; mais devoir, systématiquement, nommer un ouvrage paru dans l’année ? Voilà qui est pénible.

Car voilà qu’en 1907, les jurés du Goncourt tombent sur un recueil de nouvelles publié pour une première fois en 1904… Mais réédité par Plon en 1907. Ce recueil, Jean des Brebis ou le livre de la misère d’Emile Moselly, ne fait certes pas l’unanimité – il faut plus de tours de scrutin que d’habitude, et Moselly ne finit par l’emporter que par six voix sur dix.… Lire la suite

La Maternelle de Léon Frapié (Prix Goncourt 1904)

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Il y a quelques semaines je vous ai parlé de Force ennemie de John-Antoine Nau, premier roman à recevoir le prix Goncourt. C’était en décembre 1903, et c’était déjà un grand évènement scruté par tous les organes de presse. Aujourd’hui je vous propose d’avancer un an, au 7 décembre 1904, le jour où Léon Frapié reçut à son tour le Goncourt pour la Maternelle.

Contrairement à John-Antoine Nau, Frapié n’en est pas à son coup d’essai. Si c’est bien la Maternelle qui lui valut de devenir célèbre (440.000 exemplaires s’en seraient écoulés, ce qui en fait un succès comparable à ceux des Goncourt d’aujourd’hui), il s’agit de son troisième roman.… Lire la suite

Force ennemie de John-Antoine Nau (Prix Goncourt 1903)

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Les membres de l’Académie des Goncourt se sont donc réunis hier soir, chez Champeaux, et ont procédé, après leur dîner mensuel, à un vote prévu pour attribuer le prix de 5000 francs prévu par le testament d’Edmond de Goncourt.

Parlant à un de nos collaborateurs qui reproduisait ses déclarations dans les échos de dimanche matin, M. Gustave Geffroy, un des académiciens, déclarait : « Nous décernerons le prix à la majorité des suffrages exprimés ; nous espérons faire une bonne oeuvre et en désigner une autre à l’attention du public ! »

Faisons donc tout de suite connaître le nom de l’heureux lauréat, ce nom, inconnu hier du grand public, sera aujourd’hui partout répandu : John-Philippe (sic) Nau.

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Escal-Vigor de Georges Eekhoud

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Parmi les bonnes raisons de lire Escal-Vigor de Georges Eekhoud, la première est certainement sa place un peu particulière dans l’histoire littéraire, puisque ce classique oublié fut le premier roman francophone (voire le premier roman tout court, mais mes sources semblent diverger) à intégrer au coeur de son intrigue l’homosexualité masculine (pour les femmes, ce fut d’après Guy Ducrey Mademoiselle Giraud ma femme d’Adolphe Belot, en 1870). Pour être plus précis, Escal-Vigor raconte la relation idéalisée entre deux hommes, Henry de Kehlmark, châtelain de l’Escal-Vigor, fraîchement revenu sur ses terres – situées dans une contrée imaginée, inspirée des Pays-Bas -, et Guidon Govaertz, fils du bourgmestre du cru.… Lire la suite

Les Prépondérants d’Hédi Kaddour

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Tunisie, années 20. La petite ville imaginaire de Nabhès, où vivent en assez bonne intelligence colons et natifs, est sur le point d’être bouleversée par la venue d’une équipe de tournage américaine venue chercher un peu d’exotisme à mettre en boîte. Avec le réalisateur, les acteurs et les techniciens qui arrivent en masse, c’est un grand vent de modernité qui va souffler sur Nabhès, ravivant au passage quelques tensions et permettant au jeune Raouf, fils de commerçant, d’accomplir son destin.

Voilà un roman dont j’aurais peut-être bien oublié de parler s’il n’avait pas finalement obtenu le Grand Prix du Roman de l’Acédémie Française de cette année, ex aequo avec 2084 de Boualem Sansal.… Lire la suite