La Supplication de Svetlana Alexievitch

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Nous craignions la bombe, le champignon nucléaire et les choses ont pris une autre tournure… Nous savons comment brûle une maison incendiée par une allumette ou un obus… Mais ce que nous voyions ne ressemblait à rien… Les rumeurs disaient que c’était le feu céleste. Et même pas un feu, mais une lumière. Une lueur. Un rayonnement. Le bleu céleste. Et pas de fumée. Avant cela, les scientifiques étaient des dieux. Maintenant, ce sont des anges déchus. Des démons ! La nature humaine demeure toujours un mystère pour eux. Je suis russe. Je suis né près de Briansk. Chez nous, les vieux sont assis sur le seuil de leurs maisons de guingois qui ne vont pas tarder à tomber en ruine, mais ils philosophent, réorganisent le monde.

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Les Annales de Brekkukot d’Halldór Laxness

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Au début du XXe siècle, Reikjavík, capitale de l’Islande, n’est encore qu’une bourgade de quelques milliers d’habitants entourée par une banlieue faite des cabanes des pêcheurs de lompe et des fermes qui fournissent le pays entier en tourbe. C’est dans une de celles-ci, à Brekukkot, qu’une femme de passage donne naissance à Álfgrímur, qu’elle confie aussitôt aux propriétaires des lieux, un vieux couple charitable qui accueille volontiers tout ce que l’Islande compte de voyageurs, de miséreux et d’illuminés.

Álfgrímur grandit parmi ceux-ci, sous le regard sec mais bienveillant de ceux qu’il considère comme ses grands-parents. Plus tard, il ne désire que la plus simple des choses : devenir pêcheur de lompe.… Lire la suite

La Lucidité de José Saramago

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Par une matinée du début de l’été, les habitants de la capitale sans nom d’un pays sans nom se réveillent pour trouver leur ville désertée par tous les représentants du gouvernement. A la faveur de la nuit, ceux-ci ont fui la ville dans la plus grande discrétion, la laissant aux seules mains de son maire, privé de tout soutien. A sept heures, sur toutes les télévisions et toutes les radios, le président de la république adresse cet ultimatum à ses concitoyens :

Je vous parle à coeur grand ouvert, je vous parle déchiré par la douleur d’un éloignement incompréhensible, comme un père abandonné par ses enfants bien-aimés, perdus, perplexes, eux et moi, devant la survenue de certains éléments insolites qui ont brisé la sublime harmonie familiale.

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Une journée d’Ivan Denissovitch d’Alexandre Soljenitsyne

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Publié en 1962, Une journée d’Ivan Denissovitch est le premier roman d’Alexandre Soljenitsyne et reste un des plus connus. Conçu dès le début des années 1950, alors que Soljenitsyne est détenu à Ekibastouz (dans l’actuel Kazakhstan), il revient, comme l’Archipel du goulag, sur son séjour dans les camps de travail de l’URSS de Staline. Une journée d’Ivan Denissovitch n’est pas, pour autant, un témoignage ou un récit autobiographique puisque Soljenitsyne n’y apparaît pas mais met en scène un personnage inspiré d’un ancien compagnon d’armée, Ivan Denissovitch Choukhov. Dans le roman, celui-ci a été condamné à dix ans de goulag pour avoir été fait prisonnier par les allemands pendant la guerre – sa capture, suspecte, ayant été considérée comme une désertion.… Lire la suite

Caïn de José Saramago

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Dans l’Evangile selon Jésus-Christ, Saramago évoquait un Messie écrasé par un destin trop large pour ses épaules. Dans Caïn, le premier meurtrier de l’humanité selon la Bible devient un géant capable de se mesure au Dieu qui l’a puni. Car, comme l’écrit Balzac dans Splendeurs et misères des courtisanes, et comme on peut l’entendre chez Lord Byron entre autres, « Il y a la postérité de Caïn et celle d’Abel, comme vous disiez quelquefois. Caïn, dans le grand drame de l’Humanité, c’est l’opposition. »

Si on retrouve le style fascinant de l’Evangile selon Jésus-Christ, constitué de longues phrases dont l’amplitude faisait naître un souffle profératoire voire prophétique – donc parfaitement adapté au sujet – l’histoire de Caïn, elle, convainc moins.… Lire la suite

L’homme ralenti de J.M. Coetzee

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Paul Rayment a vécu une vie des plus ordinaires. Un mariage, un divorce, pas d’enfants ; une passion pour la photographie, dont il a fait à la fois son métier et son hobby de collectionneur ; quelques attaches en France mais un exil précoce en Australie ; et dans tout cela, peu de place pour les questions. Tout cela change lorsqu’il perd une jambe dans un accident de la route.

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Le Paradis retrouvé d’Halldór Laxness

Suite à ma découverte d’Halldór Laxness (voir l’article d’hier sur la Cloche d’Islande), j’ai emprunté un de ses romans plus tardifs, postérieur à son obtention du Nobel, Le Paradis retrouvé. Avant de parler du roman lui-même, une remarque en aparté qui viendra compléter mon regret de ne pas voir plus des oeuvres de cet auteur éditées en France : la traduction qui nous est proposée par Gallimard n’a pas pour langue source l’islandais mais l’anglais. Nous sommes donc en présence de la traduction d’une traduction,  procédé il faut l’avouer assez douteux même si l’on pourra dire en clichetonnant un peu que même sans langue intermédiaire, traduire c’est trahir.… Lire la suite

La Cloche d’Islande d’Halldór Laxness

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Halldór Laxness fait partie des prix Nobel un peu trop vite oubliés en dehors de son pays, faute de rééditions – voire d’éditions tout court – de ses oeuvres en français. A l’heure où la littérature scandinave est de plus en plus mise en avant – surtout par le biais du polar, certes – redécouvrir un de ses plus beaux porte-parole s’impose.

Ma première rencontre avec Laxness s’est faite au travers de la Cloche d’Islande. Très grand roman, profondément politique, publié dans les années 1940 alors que l’Islande est sur le point d’obtenir son indépendance, et qui revient sur une des périodes les plus sombres de la « longue nuit » Islandaise (pendant laquelle l’île se trouve sous domination danoise) au début du XVIIIe siècle.

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