Poeasy de Thomas Clerc

400 pages de poésie(s) en vers libre, 751 poèmes, voilà qui a de quoi faire un peu peur. On n’ose pas trop s’aventurer sur les terres de la poésie contemporaine ; tout cela semble en général bien sérieux, bien abscons. Et pour tout dire, si j’ai pu faire quelques efforts pour Jaccottet et Bonnefoy à la fac, il y a bien longtemps que je n’avais pas lu de poésie postérieure à celle, disons, de René Char (ce qui n’est déjà pas si mal). Si je vous raconte ça, c’est que je me doute bien que nous sommes nombreux à rester convaincus que la poésie contemporaine, ce n’est pas pour nous mais le domaine de quelques revues hyper-spécialisées et d’analystes du langage qui finassent en fumant la pipe.… Lire la suite

Au départ d’Atocha de Ben Lerner

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Nous sommes en 2004, et Adam Gordon, jeune poète américain a décroché une bourse pour une résidence d’écriture à Madrid, où il traîne ses guêtres depuis quelques mois déjà. Entre deux joints et un verre avec les quelques relations qu’il s’est fait en dépit de son espagnol hésitant, Adam a tout juste le temps de penser au projet qu’il a improvisé pour poser sa candidature, et qui était supposé mener à un recueil de poésies à charge contre l’administration Bush, inspirée de la poésie espagnole de l’époque franquiste.

Plutôt que de se mettre sérieusement au travail, Adam se préoccupe de l’image qu’il renvoie à ses nouvelles connaissances madrilènes, tous poètes, traducteurs, peintres ou directeurs de galeries.… Lire la suite

Monsieur de Bougrelon de Jean Lorrain

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Dans Monsieur de Bougrelon, roman de Jean Lorrain paru en 1897, deux amis entreprennent un voyage de quelques semaines à Amsterdam. Qui ils sont exactement, d’où ils viennent, ce qu’ils font : nous ne le saurons guère, car ils ne sont que des faire-valoir, les témoins étonnés de la vie bouillante d’Amsterdam, de l’atmosphère décadente de ses cafés, et surtout des apparitions d’un étonnant personnage : Monsieur de Bougrelon.

Monsieur de Bougrelon, exilé volontaire en Hollande depuis plus de quarante ans, semble sortir pour les deux jeunes hommes d’un autre siècle. Il a le panache des héros des guerres napoléoniennes, la garde-robe d’un aristocrate de l’Ancien Régime ; il est « une idée dans une époque où il n’y en a plus ».… Lire la suite

Ruines-de-Rome de Pierre Senges

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Combien a-t-on vu d’apocalypses ? Combien de fois le monde devra-t-il disparaître sous l’assaut d’une catastrophe écologique, d’un cataclysme nucléaire, d’une épidémie ou d’une collision   de la Terre avec un autre corps céleste ? N’en verra-t-on jamais la fin, franchement ?

Eh bien non, car voilà que Pierre Senges a l’idée d’une apocalypse bien à lui, qui nous changera des canons du genre – on n’en attendait pas moins d’un tel auteur. Dans Ruines-de-Rome, Senges imagine une fin du monde par les plantes ; une fin du monde douce et invisible, insidieuse, une dévoration lente mais inexorable de la civilisation par le monde végétal, orchestrée par un jardinier minutieux et déterminé.… Lire la suite

L’Oragé de Douna Loup

Il est à craindre que le nom de Jean-Joseph Rabearivelo ne vous dise pas grand chose – rassurez-vous, ça ne fait pas non plus très longtemps que je l’ai découvert. Il s’agit pourtant d’une des figures les plus importantes de la littérature malgache, et notamment le premier écrivain de l’île à écrire en français, que l’auteure franco-suisse Douna Loup nous propose de découvrir dans son troisième roman.

Lorsque Jean-Joseph Rabearivelo naît, en 1903, Madagascar est depuis six ans sous administration française. La colonisation, qui s’est faite dans le sang et a été suivie de dix ans de guerre civile, est encore dans toutes les mémoires et les mouvements contestataires, qui ne cesseront jamais d’élever leur voix jusqu’à l’indépendance en 1958, restent très présents.… Lire la suite

Pourquoi le saut des baleines de Nicolas Cavaillès

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J’ai déjà expliqué il y a quelques temps ma fascination pour les baleines, à l’occasion de ma lecture de La Baleine dans tous ses états de François Garde. Il était donc impossible pour moi de rater le petit livre que Nicolas Cavaillès a publié au printemps aux Editions du Sonneur, et qui se propose – en apparence tout du moins – de répondre à une question lancinante : pourquoi les baleines sautent-elles, de manière irrégulière et imprévisible, hors de l’eau ?

Le titre ne porte pas de point d’interrogation bien que cette question ne soit toujours pas tranchée : les baleines sautent hors de l’eau sans que cela réponde à une nécessité biologique – puisque remonter calmement à la surface leur suffit à respirer – ni qu’on ait pu identifier une dimension sociale ou ludique dans ces sauts.… Lire la suite

Le Voyageur liquide de Jean Cagnard

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Il y a des premières phrases tout à fait anodines, que l’on dépasse sans trop y prêter attention. Il y a des premières phrases toutes sèches, qui donnent l’impression de se refuser. Il y a celles qui sont un peu trop fleuries, un peu trop maquillées, qui trahissent l’envie de plaire à tout prix. Et puis il y a des premières phrases qui, en une poignée de mots, parviennent à créer une connivence telle que l’on sait d’avance que l’on va très bien s’entendre avec leur auteur. Par exemple :

Le serpent tomba du ciel au moment où je sortais de la boutique de la station-service.

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La Dame blanche de Christian Bobin

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On connaît sans doute trop mal, en France, l’oeuvre d’Emily Dickinson, une des figures les plus emblématiques de la poésie américaine dont la quasi-intégralité de la production fut publiée de manière posthume. Révolutionnaire pour son époque, sa poésie n’hésite pas à se jouer des règles de ponctuation et de versification. Bien qu’hermétique par endroits, elle possède malgré son caractère fragmentaire une grande puissance d’évocation, une propension à embrasser dans sa brièveté caractéristique des étendues considérables.

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