Terres lorraines & Jean Des Brebis d’Emile Moselly (double Prix Goncourt 1907)

terres lorraines - illustration - moisson début XXe siècle

Il n’aura fallu que cinq ans, cinq prix pour que nos dix jurés du Goncourt deviennent des experts de l’embrouille. C’est qu’il est contraignant, ce fichu testament d’Edmond ! Que l’on doive couronner un « ouvrage d’imagination en prose », passe encore ; que l’on privilégie la jeunesse, soit ; mais devoir, systématiquement, nommer un ouvrage paru dans l’année ? Voilà qui est pénible.

Car voilà qu’en 1907, les jurés du Goncourt tombent sur un recueil de nouvelles publié pour une première fois en 1904… Mais réédité par Plon en 1907. Ce recueil, Jean des Brebis ou le livre de la misère d’Emile Moselly, ne fait certes pas l’unanimité – il faut plus de tours de scrutin que d’habitude, et Moselly ne finit par l’emporter que par six voix sur dix.… Lire la suite

Dingley, l’illustre écrivain de Jean et Jérome Tharaud (Prix Goncourt 1906)

petit journal - transvaal - dingley, l'illustre écrivain

A chaque fois que je vois un roman écrit à quatre mains (ou plutôt à deux, à moins d’avoir deux ambidextres) je me gratte la tête en me demandant comment une telle chose est possible. Pour les frères Tharaud, la recette était pourtant simple, semble-t-il : l’un écrivait le premier jet, l’autre fignolait et se préoccupait plus particulièrement du style. Et cela marchait plutôt bien pour eux puisque, non contents d’avoir reçu le prix Goncourt en 1906 pour leur troisième roman, ils furent plus tard reçus à l’Académie Française – non sans difficultés puisqu’on ne peut évidemment pas nommer deux personnes sur un seul fauteuil ; Jérôme y entra en 1938, et Jean dut attendre la fin de la guerre pour le rejoindre enfin, en 1946.… Lire la suite

Les Civilisés de Claude Farrère (Prix Goncourt 1905)

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Rude bataille que la campagne pour le Goncourt 1905 ! Imaginez, nous sommes le 8 décembre et pour ce troisième prix, les jurés vont devoir départager des noms aussi prestigieux, aussi inoubliables que Bernard Taft et Marcel Batilliat, et choisir parmi des oeuvres aussi illustres que les Amours de M. Le Tigre et de Mlle Coquelicotle Livre de la Houle et de la Volupté ou encore la Philosophie galante de M. de Valcourt*. Il y avait tellement de beau monde en lice, en cette année 1905, que les Goncourt ont même dû éjecter de leur sélection Romain Rolland – qui s’en sortira avec le prix la Vie heureuse (futur prix Fémina) pour Jean-Christophe.… Lire la suite

La Maternelle de Léon Frapié (Prix Goncourt 1904)

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Il y a quelques semaines je vous ai parlé de Force ennemie de John-Antoine Nau, premier roman à recevoir le prix Goncourt. C’était en décembre 1903, et c’était déjà un grand évènement scruté par tous les organes de presse. Aujourd’hui je vous propose d’avancer un an, au 7 décembre 1904, le jour où Léon Frapié reçut à son tour le Goncourt pour la Maternelle.

Contrairement à John-Antoine Nau, Frapié n’en est pas à son coup d’essai. Si c’est bien la Maternelle qui lui valut de devenir célèbre (440.000 exemplaires s’en seraient écoulés, ce qui en fait un succès comparable à ceux des Goncourt d’aujourd’hui), il s’agit de son troisième roman.… Lire la suite

Force ennemie de John-Antoine Nau (Prix Goncourt 1903)

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Les membres de l’Académie des Goncourt se sont donc réunis hier soir, chez Champeaux, et ont procédé, après leur dîner mensuel, à un vote prévu pour attribuer le prix de 5000 francs prévu par le testament d’Edmond de Goncourt.

Parlant à un de nos collaborateurs qui reproduisait ses déclarations dans les échos de dimanche matin, M. Gustave Geffroy, un des académiciens, déclarait : « Nous décernerons le prix à la majorité des suffrages exprimés ; nous espérons faire une bonne oeuvre et en désigner une autre à l’attention du public ! »

Faisons donc tout de suite connaître le nom de l’heureux lauréat, ce nom, inconnu hier du grand public, sera aujourd’hui partout répandu : John-Philippe (sic) Nau.

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Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

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Le prochain qui fait un billet sur Au revoir là-haut, qu’il soit prévenu, je le dézingue dans les commentaires ; je n’en peux plus d’entendre parler de ce roman. Bientôt six mois que ça dure : et que je te parle du savoir-faire de l’auteur qui réussit brillamment à sortir de son polar habituel tout en conservant son efficacité, et que je loue la fabuleuse et révolutionnaire idée de parler non de la guerre de 14-18 mais de l’après-guerre et des gueules cassées (dites, la Chambre des officiers, ça vous rappelle rien ?), et que j’en rajoute une couche sur ce Goncourt 2014 qui extrait enfin ce prix de sa gangue d’élitisme poussiéreuse (alors que bon, les Goncourt 2011 et 2012 sont certes chiants à crever, mais élitistes, non, suffit), et que je termine en soulignant que là on tient, enfin, un vrai grand roman populaire.… Lire la suite