Le Complexe d’Eden Bellwether de Benjamin Wood

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Dès la première page du Complexe d’Eden Bellwether, trois personnages meurent. Deux femmes sont déjà sans vie dans une maison au bord d’une rivière, tandis qu’Eden agonise sur la berge. Quatre autres personnages, au milieu, attendent les bras ballants et le souffle court que la police et les ambulanciers fassent leur travail.

On sait au moins à quoi s’en tenir. D’emblée, on se doute que le gentil roman de campus qui démarre ensuite et dans lequel Oscar Lowe, jeune héros aide-soignant de son état, tombe amoureux de la radieuse Iris Bellwether, étudiante en médecine dans un prestigieux college, va devoir suivre des chemins tortueux pour en arriver à ce final sanglant.  … Lire la suite

Le Roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod

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On me dit jolie, turbulente, ambitieuse. J’ai grandi dans un château posé sur la lande et je porte un prénom dont l’origine divise les poètes. Aliénor : Alaha an Nour, Dieu est lumière, en hommage à l’Espagne musulmane que mon Aquitaine a toujours aimée. Elienenn, en gaélique, qui signifie l’étincelle. Eleos en grec, « compassion ». Leneo pour le latin, « adoucir ». Il faut se méfier des mots. Ils racontent n’importe quoi. Mon prénom est un monde et personne n’y laisse son empreinte. Ni Dieu ni roi.

Dans le grand roman de l’Ancien Régime émergent quelques figures féminines. Le fait est déjà rare, mais il est encore moins courant qu’on les considère de manière positive.… Lire la suite

Mithra et le mithriacisme de Robert Turcan

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En janvier, j’ai fait ce que l’on devrait tous faire au moins une fois par an : je suis allé flâner au Louvre. Une amie voulait y voir les portraits du Fayoum et, une chose en entraînant une autre, nous avons fait un petit tour dans le département des Antiquités Orientales. Tout au fond d’une salle quasiment déserte nous sommes tombés sur un petit ensemble de statues et de bas-reliefs liés au culte du dieu Mithra. Parmi les statues, celle d’un homme ailé à tête de lion, enserré dans les replis d’un serpent, m’a particulièrement interpellé : je croyais que le mithriacisme était une sorte de proto-monothéisme, et je découvrais qu’un ensemble de divinités gravitait autour de Mithra ; je pensais également qu’il s’agissait d’un culte certes issu d’autres mythologies, mais détaché d’elles,kronos - tigre - mithra or la statue à tête de lion était désignée comme Kronos, l’équivalent grec de Saturne, par le cartel.Lire la suite

La Ville dont le prince est un enfant d’Henry de Montherlant

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Dramaturge et romancier à succès, élu à l’Académie sans même avoir posé sa candidature, auteur d’un cycle romanesque, Les Jeunes Filles, vendu à des millions d’exemplaires, Henry de Montherlant est depuis son suicide en 1972 tombé dans un oubli relatif. De son roman, on n’entend presque jamais parler ; de son théâtre, on évoque parfois la tragédie La Reine morte et de La Ville dont le prince est un enfant, pièce ébauchée dès 1912 mais publiée en 1951, puis remaniée plusieurs fois, succès immédiat qui vaut à Montherlant d’être sollicité par la Comédie Française alors qu’il rechigne à la faire représenter sur scène.… Lire la suite

Histoire des Cathares de Michel Roquebert

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Michel Roquebert propose avec Histoires des Cathares la synthèse de trente ans de recherche sur le sujet, et sans doute le bouquin d’histoire le plus passionnant qui me soit tombé entre les mains.
Si l’histoire des cathares est avant tout celle de la croisade albigeoise et de l’Inquisition, au XIIIe siècle, elle couvre un pan d’Histoire immense, de la naissance des thèses théologiques qui sont à l’origine du catharisme au Xe siècle jusqu’aux derniers bûchers au XVe, et un espace tout aussi conséquent, de la côte méditerranéenne de l’Espagne à la Lombardie italienne. Sans compter que la lutte contre les cathares va impliquer l’Empire et même l’Angleterre car ses implications politiques sont tentaculaires – elle va avant tout permettre au royaume de France de s’étendre largement au sud, presque jusqu’aux Pyrénées, dans une zone qui était jusqu’alors sous la protection du roi d’Aragon.… Lire la suite

Caïn de José Saramago

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Dans l’Evangile selon Jésus-Christ, Saramago évoquait un Messie écrasé par un destin trop large pour ses épaules. Dans Caïn, le premier meurtrier de l’humanité selon la Bible devient un géant capable de se mesure au Dieu qui l’a puni. Car, comme l’écrit Balzac dans Splendeurs et misères des courtisanes, et comme on peut l’entendre chez Lord Byron entre autres, « Il y a la postérité de Caïn et celle d’Abel, comme vous disiez quelquefois. Caïn, dans le grand drame de l’Humanité, c’est l’opposition. »

Si on retrouve le style fascinant de l’Evangile selon Jésus-Christ, constitué de longues phrases dont l’amplitude faisait naître un souffle profératoire voire prophétique – donc parfaitement adapté au sujet – l’histoire de Caïn, elle, convainc moins.… Lire la suite

Les Instructions d’Adam Levin

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« C’est quoi ça ? »

Le visiteur a l’air intrigué, surpris, quelque peu paniqué parfois. Il tient entre ses mains Les Instructions d’Adam Levin. Pas le temps de lui répondre que déjà il découvre le plan-calligramme que dissimule la quatrième de couverture de l’édition française, relève des yeux pleins de questions, fronce un sourcil. Passage obligé de tous les invités pendant un bon mois, qui trouvèrent ce pavé à côté de ma table basse. Et moi de répondre, avec de moins en moins d’hésitations :

« Eh bien c’est un livre (bon point déjà), ça raconte comment dire l’histoire d’un gamin de dix ans, surdoué mais très violent – enfin non mais il a des accès de fureur – qui surtout est juif israélite (le changement de terme se produisit à la troisième ou quatrième explication, prouvant ainsi les dires de la psychologue de Gurion – le gamin en question s’appelle Gurion, et préfère le terme israélite à celui de juif – qui affirme qu’en plus de parler extrêmement bien pour un enfant de son âge, il est capable d’influencer la façon dont ses interlocuteurs parlent) et qui a une légère tendance à se prendre pour le Messie.… Lire la suite

Le Paradis retrouvé d’Halldór Laxness

Suite à ma découverte d’Halldór Laxness (voir l’article d’hier sur la Cloche d’Islande), j’ai emprunté un de ses romans plus tardifs, postérieur à son obtention du Nobel, Le Paradis retrouvé. Avant de parler du roman lui-même, une remarque en aparté qui viendra compléter mon regret de ne pas voir plus des oeuvres de cet auteur éditées en France : la traduction qui nous est proposée par Gallimard n’a pas pour langue source l’islandais mais l’anglais. Nous sommes donc en présence de la traduction d’une traduction,  procédé il faut l’avouer assez douteux même si l’on pourra dire en clichetonnant un peu que même sans langue intermédiaire, traduire c’est trahir.… Lire la suite