La Dernière Nuit du Raïs de Yasmina Khadra

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Le 20 octobre 2011, au terme d’une guerre civile qui fit rage pendant six mois en Lybie et d’une traque de plusieurs jours, Mouammar Kadhafi était tué dans un grand déferlement de violence par un groupe de rebelles. Ainsi se terminaient 40 ans de règne sans partage sur la Libye.

Le sujet est encore d’une brouillante actualité, et le personnage des plus rebutants, mais il en faut plus pour faire peur à Yasmina Khadra, qui fait revivre dans la Dernière Nuit du Raïs le dictateur, retraçant son parcours par un savant jeu de flashbacks, depuis sa naissance dans une communauté déshéritée du nord de la Libye jusqu’aux derniers jours en passant par le coup d’Etat en 1969.… Lire la suite

111 d’Olivier Demangel

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Sont-ils des hommes ou des animaux ? Sont-ils les rescapés d’une civilisation disparue ou les fondateurs d’une société nouvelle ? D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Nul le le sait. Ils sont pourtant des milliers à marcher, chaque jour, dans cette lande désertique où un groupe d’observateurs a été dépêché pour essayer de percer leur mystère.

Ils montrent des traces d’organisation sociale bien que celle-ci reste quasiment incompréhensible, disposent d’outils qu’ils semblent pourtant incapables de fabriquer, et font preuve d’une indifférence proprement inhumaine à l’égard de la douleur ou de la mort de leurs congénères. Seule la marche – pourtant sans but ni progrès – semble les préoccuper.… Lire la suite

L’Infinie Comédie de David Foster Wallace

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La difficulté qu’il peut y avoir à écrire un billet d’à peine plus de mille mots pour rendre compte d’un livre de 1500 pages n’a d’égale que la pression que l’on ressent à devoir parler d’un livre ultra-culte qui, en plus, mérite ce statut. Forcément, dans le cas de l’Infinie Comédie, on cumule. Mine de rien, j’attendais cette traduction depuis pas loin de dix ans (1) et sa sortie sans cesse repoussée (2) a fini par en faire une sorte de Graal littéraire que j’étais tout ému de commencer – pendant une semaine de vacances que j’avais peut-être posée, inconsciemment, rien que pour ça.… Lire la suite

Un amour impossible de Christine Angot

L’autre soir, des amies à dîner, je discute avec l’une d’entre elles, qui s’intéresse assez peu à l’actualité littéraire mais est en train de lire, plutôt par hasard, le nouveau Angot. Ca lui plaît ; la rencontre, la différence de classe, le style n’est pas si mal et elle y trouve des réflexions intéressantes. Je veux faire mon malin : « Oui, mais c’est con, on connaît la fin ; encore et toujours l’inceste… »

Qu’avais-je fait ! Je parlais peut-être avec la dernière lectrice d’Angot en France qui ne savait pas encore le fin mot de l’histoire. Enorme spoiler, donc, qui m’a fait rire tant il me paraissait improbable qu’on ait pu échapper à cet évènement ressassé avec tant d’application, mais pour lequel je m’excuse encore si jamais cette amie me lit…

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Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry

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Quand le diable sortit de la salle de bain a presque tout pour s’inscrire dans une veine de réalisme social passablement déprimant (et généralement peu créatif) : une narratrice qui peine sévèrement à boucler ses fins de mois depuis qu’elle est au RSA, qui court de rendez-vous à Pôle Emploi en appels téléphoniques à la CAF, avec pour personnages secondaires des proches qui font la sourde oreille et quelques bonnes âmes qui aident les plus nécessiteux.

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Au pays du p’tit de Nicolas Fargues

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« Volontiers moqueur et ricanant, tout est chez lui [le Français] sujet à dérision et à “diminutivisation” du monde, y compris l’objet de ses aspirations les plus profondes, lesquelles sont en premier lieu tournées vers les loisirs et les plaisirs de bouche : un p’tit resto, un p’tit ciné, un p’tit café, une p’tite balade, un p’tit week-end, un petit bordeaux, un petit dessert, etc. »

Le pays du p’tit dont il est question, c’est donc (on s’en doutait) la France ; la France, son déclin, son incapacité à s’adapter au monde moderne, et les Français, ces râleurs flemmards et un peu beaufs sur les bords.… Lire la suite

La Carte des Mendelssohn de Diane Meur

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Abraham Mendelssohn Bartoldy (1776-1835), né et mort à Berlin, banquier de son état, n’aurait rien d’un héros de roman s’il n’était un anonyme coincé entre deux illustres : son père, Moses Mendelssohn (1729-1786), philosophe des Lumières considéré comme le Voltaire allemand, et son fils, Felix Mendelssohn (1809-1847), le fameux compositeur romantique à peu près aussi précoce que Mozart.

En 2010, Diane Meur commence à enquêter sur Abraham, ce « néant entre deux génies », avec une idée de roman derrière la tête : un roman « sur le vide et les filiations ». Elle qui ressent le besoin d’investir par la fiction un vide du réel ne se voit pas se frotter à une biographie de Moses ou de Felix ; mais cet entre-deux ferait l’affaire. … Lire la suite

Courir après les ombres de Sigolène Vinson

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Paul Deville incarne malgré lui la facette la plus vile de la mondialisation : français, il travaille pour le compte d’une multinationale chinoise à dépouiller des pays africains de leurs richesses.

Comme pour se racheter, il profite de ses voyages d’affaires – de Djibouti à Aden, de Rangoon à l’Ethiopie – pour retrouver les traces d’immenses écrivains. Kessel et Gary y sont déjà passés ; désormais, Paul est sur la piste de Rimbaud, convaincu que celui-ci n’a pas pu cesser d’écrire en quittant la France pour l’Afrique.

Courir après les ombres est l’histoire de cette quête forcément impossible, qui tient de la quête du Graal ou de la pierre philosophale, où le voyage est plus important ou en tout cas plus transformateur que la destination.… Lire la suite

Le Crime du comte Neville d’Amélie Nothomb

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Lorsque j’ai ouvert ce blog, l’objectif principal était de garder une trace de chacune de mes lectures. A très peu d’exceptions près, j’ai rédigé un billet sur chaque livre lu depuis deux ans. Paradoxalement, le plus difficile est de s’attaquer aux oeuvres que j’ai aimées le plus intensément – de peur de ne pas leur rendre suffisamment justice. En général, les billets sur les livres que je n’aime pas sont rapidement expédiés (c’est toujours plus facile d’être méchant). Le cas du Nothomb de cette année est, cependant, un peu nouveau : comme quoi, bloguer est une aventure de tous les jours.… Lire la suite

La Maladroite d'Alexandre Seurat

Elle s’appelle Diana – ça n’est déjà pas un très bon départ dans la vie. Elle est maltraitée par ses parents. Elle est battue, affamée. Quand on lui demande d’où viennent les bleus et les marques sur son corps, elle répond qu’elle est maladroite. Lorsque le roman d’Alexandre Seurat commence, il est déjà trop tard pour la sauver.

Ce n’est pas par la voix de Diana qu’Alexandre Seurat, primo-romancier, choisit de raconter cette terrible histoire d’une enfance brisée, mais par celles des adultes qui l’ont croisée, entourée, et qui n’ont rien pu faire pour elle ; principalement ses instituteurs successifs, les directrices de deux écoles qu’elle a fréquenté, sa grand-mère et sa tante.… Lire la suite