Prix Goncourt 2014

Il y a un peu plus d’un mois maintenant, je me suis lancé un défi un peu idiot : lire les 15 romans sélectionnés dans la première shortlist du Goncourt, et ce avant la remise du prix. J’ai fini le premier le 4 septembre, sans savoir alors qu’il serait sélectionné, et j’ai fermé le dernier hier soir, après quelque chose, donc, comme 4500 pages de possibles futurs Goncourt (si quelqu’un veut faire le calcul exact, il aura ma reconnaissance…).

tristesse de la terreQuand je me suis lancé, je ne savais pas exactement pourquoi je faisais ça, au-delà du côté challenge qui m’amusait. Je suppose que c’était le moyen de vérifier la fiabilité des goûts d’un jury qui règne encore et toujours en maître sur la rentrée littéraire, en dépit de choix finaux le plus souvent jugés médiocres.… Lire la suite

Karpathia de Mathias Menegoz

carpathes menegoz

Quand le peuple est paisible, on ne voit pas par où le calme peut en sortir, et, quand il est en mouvement, on ne comprend pas par où le calme peut y rentrer.

Cette maxime répétée par son père, le comte Alexander Korvanyi, heureux héritier d’une vieille famille possédant d’immenses terres s’étendant tout autour de la Transylvanie, va en prendre toute la mesure au cours de l’été 1833. Fraîchement libéré de ses obligations vis-à-vis de l’armée, où il a fait une carrière remarquée, jeune époux de la ravissante autrichienne Cara Von Amprecht, il décide de rentrer sur la terre de ses ancêtres, qu’il n’a jamais vue mais qui lui paraît pleine de promesses.… Lire la suite

La Femme qui dit non de Gilles Martin-Chauffier

carla dit non martin chauffier

Quand on est une jeune bourgeoise anglaise exilée dans le fin fond de la Bretagne, il faut bien trouver de quoi s’occuper. Heureusement, en 1940, ce ne sont pas les occupations qui manquent*. Une aubaine pour Marge qui commence à trouver le temps long, temps pourtant partagé entre son époux, Blaise, et son amant, Mathias, lequel a d’ailleurs trouvé le moyen de lui faire un enfant, Timmy. Sans compter sur son acariâtre belle-mère qui ne sait rien faire d’autre que la contrarier.

Ah, oui, heureusement, il y a la guerre. Blaise part à Londres, Mathias navigue dans des eaux plus troubles qui le conduiront, plus tard, à préférer l’Indochine et l’Algérie à la France.… Lire la suite

Les Tribulations du dernier Sijilmassi de Fouad Laroui

azemmour

Dans l’avion qui le ramène à Casablanca après un voyage d’affaires en Asie, Adam Sijilmassi prend la décision de sa vie : jamais plus il ne montera dans un avion. Ni même dans une voiture d’ailleurs. Dans un univers qui va absurdement vite, il veut ralentir. Retrouver le rythme de son père et de son grand-père, qui n’ont jamais dépassé l’allure d’un cheval tirant une carriole.

Ce n’est pas seulement de la lassitude, même si avoir fait des études d’ingénieur pour finir par vendre du bitume à l’international n’est pas des plus exaltants ; ce n’est pas exactement une dépression, comme le hurle l’épouse peu compréhensive d’Adam quand elle apprend qu’il souhaite quitter sa position et les mettre dans l’embarras financier ; ça n’a rien à voir avec une crise de folie, comme le pensent les deux policiers qui arrêtent Adam sur le bord de la route, alors qu’il marche de l’aéroport jusqu’à chez lui.… Lire la suite

Le Roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod

alienor mauzaisse

On me dit jolie, turbulente, ambitieuse. J’ai grandi dans un château posé sur la lande et je porte un prénom dont l’origine divise les poètes. Aliénor : Alaha an Nour, Dieu est lumière, en hommage à l’Espagne musulmane que mon Aquitaine a toujours aimée. Elienenn, en gaélique, qui signifie l’étincelle. Eleos en grec, « compassion ». Leneo pour le latin, « adoucir ». Il faut se méfier des mots. Ils racontent n’importe quoi. Mon prénom est un monde et personne n’y laisse son empreinte. Ni Dieu ni roi.

Dans le grand roman de l’Ancien Régime émergent quelques figures féminines. Le fait est déjà rare, mais il est encore moins courant qu’on les considère de manière positive.… Lire la suite

Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud

l'étranger bd

Qui n’a pas planché, un jour ou l’autre, sur l’Etranger, superstar des programmes de littérature au lycée et régulièrement cité dans le palmarès des livres préférés des Français ? Qui ne s’est jamais demandé pourquoi Meursault se révèle incapable de pleurer à l’enterrement de sa mère, et pourquoi quelques temps plus tard il tue un Arabe sur la plage – à cause du soleil, dit-il ? Combien se sont interrogés sur le sens du procès qui s’ensuit, qui s’attarde plus sur le détachement émotionnel de Meursault que sur son crime ?

Le statut particulier de l’Etranger dans le paysage de la littérature française du XXe siècle en fait un candidat idéal à la réécriture ou à la citation.… Lire la suite

Ce sont des choses qui arrivent de Pauline Dreyfus

L’homme a des endroits de son pauvre coeur qui n’existent pas encore et où la douleur entre afin qu’ils soient.

Cette citation de Léon Bloy, inscrite en exergue de Ce sont des choses qui arrivent, colle à merveille au parcours de Natalie de Sorrente, jeune duchesse qui, au cours de la seconde guerre mondiale, va vivre une chute vertigineuse. Descendante de la maison Lusignan, enorgueillie de quelques gouttes de sang royal, mariée à un descendant de la grande noblesse napoléonienne, Natalie n’a que faire de la guerre – tout juste regrette-t-elle d’être contrainte à vivre dans sa résidence secondaire cannoise tant que la situation n’est pas stabilisée à Paris.… Lire la suite

Pas pleurer de Lydie Salvayre

guernica

Parmi les grands conflits européens du XXe siècle, la guerre civile espagnole est la grande oubliée de nos manuels d’Histoire. A peine l’évoque-t-on rapidement – Guernica, la Phalange, basta : on a d’autres chats à fouetter : 1936, c’est l’année du Front Populaire, l’alliance de Mussolini avec Hitler, les Jeux Olympiques de Berlin, le congrès de Nuremberg… La guerre civile, c’était pas notre guerre. Tant pis pour ses victimes, y compris les milliers d’espagnols exilés en France.

Au milieu de ces émigrés contraints se trouvaient les parents de Lydie Salvayre. Presque vingt-cinq ans après son premier roman, elle évoque dans Pas pleurer cette part de son histoire, celle de sa mère, Montse, et de ce qu’elle a vécu en 1936.… Lire la suite

La Ligne des glaces d’Emmanuel Ruben

baltique

Insomnies. Journées noires. Nuits blanches. Rêve et réalité qui s’enchevêtrent. Ennui, solitude, mélancolie. De quoi se joindre au concert larmoyant des expatriés et regretter amèrement d’avoir accepté à la va-vite un poste dans un pays dont je ne savais rien, dont je ne souhaitais rien savoir. Dire que je me suis porté volontaire ! Et même volontaire international ! Comment conjurer ce pénible sentiment de vivre nulle part et hors du temps ? Une seule solution. La voici. Écrire. Écrire ce livre. Tenir un journal de bord. Y consigner pêle-mêle rêves, impressions, réflexions, coupures de journaux, citations extraites de mes lectures.

Lire la suite

Charlotte de David Foenkinos

charlotte_salomon

David en a assez.
On ne le prend pas assez au sérieux.
Avant, il écrivait des bluettes.
Maintenant, il écrit des livres sur le mal de vivre.
Avec un peu d’espoir à la fin quand même.
Ca ne suffit pas.
Il a pourtant des choses en lui.
Des choses sombres.
La mort.
Le deuil.
La douleur.
L’amour, ça va bien cinq minutes.… Lire la suite