La Baleine thébaïde de Pierre Raufast

baleine thébaïde - whale house - illustration

Cela fait déjà un moment que Pierre Raufast a séduit la blogosphère, avec ses deux premiers romans aux titres intrigants et qui claquent sous la langue, La Fractale des raviolis et la Variante chilienne. On y vante régulièrement sa loufoquerie, son esprit d’escalier, sa poésie douce et lucide… Raufast était de retour à la rentrée de janvier avec un troisième roman qui a encore une fois les honneurs des blogs, et qui disposait d’un argument de poids pour me faire sauter le pas : la mention en titre d’une énigmatique baleine

Cette baleine, qui sert dès le départ de moteur au récit, n’est certes pas comme les autres : nommée « baleine 52 » en référence à la fréquence unique, en kilohertz, sur laquelle elle module son chant, elle est observée depuis quelques années par la communauté scientifique, interpellée aussi son comportement inhabituel.… Lire la suite

What belongs to you de Garth Greenwell

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A son arrivée à Sofia, le narrateur de What belongs to you est seul. Débarqué d’Amérique, il a été embauché comme professeur de littérature dans une école de la capitale bulgare. Alors qu’il parle à peine la langue, il va faire une rencontre décisive, celle du jeune et beau Mitko B.  La rencontre n’est pas vraiment le fruit du hasard, puisque c’est dans des toilettes réputées pour être un lieu de drague que le narrateur tombe sur Mitko, qui lui propose à son grand dam une relation tarifée. Trop attiré pour refuser, le narrateur s’engage alors dans une relation en pointillés qui durera plusieurs mois, une relation où l’amour le dispute à la honte et à la lâcheté.… Lire la suite

Monologues de la boue de Colette Mazabrard

Photo de Raymond Depardon - monologues de la boue

Nuit. Passé le village des sources de la Saône, évité l’orage. Les vachettes broutent et pètent. Un chevreuil, lui aussi, vient paître l’herbe épaisse. Les tiges poussent. Les nuages préparent la pluie.

Dans la forêt, tu déranges la belette à la blanche poitrine.

La pluie redonne à la forêt sa sombre lumière calme, la compagnie retrouvée des limages. Lecture à l’abri, sur le banc de pierre de la chapelle à la Vierge bleue.

Entre le Pas-de-Calais et la Belgique, entre Verdun et Commercy,  entre Oviedo et Saint-Jacques de Compostelle, une femme marche. Sans réel but, sans réelle motivation. Trois marches pour trois saisons – trois étés successifs- qui, à chaque fois, projettent cette femme dans les marges.… Lire la suite

La Côte sauvage de Jean-René Huguenin

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De retour de son service militaire, Olivier retrouve après deux ans d’absence la maison familiale en Bretagne, ses amis d’enfance, sa mère et surtout sa protégée, sa petite soeur Anne. Evidemment, en deux ans, bien des choses ont changé et Olivier apprend, dès son arrivée, qu’Anne est sur le point de lui échapper : elle compte se marier avec Pierre, le meilleur ami d’Olivier. Déterminé à tout faire pour empêcher cette union, Olivier va passer l’été à tenter de rétablir son emprise sur Anne.… Lire la suite

L’Orage et la Loutre de Lucien Ganiayre

friedrich moine au bord de la mer

On a vu la fin du monde mille et mille fois. Des torrents de feu et de lave, des déluges dévastateurs, des épidémies mortelles, des attaques extraterrestres, des apocalypses technologiques, des collisions planétaires… Et toujours des survivants, isolés ou par poignées, qui tentent simplement de survivre ou entreprennent de créer un nouveau monde. Le genre du récit post-apocalyptique est en général une partition bien réglée, avec ses passages obligés, et l’intérêt principal réside dans les variations qu’un auteur parvient à imprimer dans le déroulement huilé du récit.

Dans le cas de l’Orage et la loutre, roman posthume de Lucien Ganiayre que les Editions de l’Ogre ont sorti de l’oubli au début de l’année, la première note d’originalité provient de l’apocalypse elle-même : non pas un quelconque cataclysme, mais un énigmatique et brutal arrêt du temps qui laisse Jean des Bories, mystérieusement préservé, seul au monde.… Lire la suite

Le Mur invisible de Marlen Haushofer

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Dans le roman Dôme de Stephen King, un mystérieux dôme transparent apparaît au-dessus d’une petite ville des Etats-Unis, la coupant du monde et provoquant un enchaînement de catastrophes attisées par l’attitude irresponsable et égocentrique d’un des adjoints municipaux, qui profite de la situation pour prendre le pouvoir.

Presque cinquante ans avant la sortie de Dôme était publié en Autriche un texte au postulat de départ similaire : en une nuit, un mur invisible apparaît autour de la propriété où la narratrice du roman de Marlen Haushofer passe des vacances. Comme dans Dôme, ce mur semble indestructible et coupe ce petit bout de forêt du reste du monde.… Lire la suite

Seul dans le noir de Paul Auster

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Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le désert américain.

Suite à un accident de voiture qui le contraint la plupart du temps à garder le lit, August Brill s’est installé dans la maison de sa fille, Miriam, dans le Vermont, en compagnie également de Katya, la fille de Miriam.

Dans le silence de la maison, chacun lutte contre ses démons et tente d’oublier les évènements qui l’ont précipité dans une apathie sans issue : August porte le deuil de sa femme, Sonia, emportée par un cancer ; Miriam ne parvient pas à se remettre de son divorce, survenu cinq ans plus tôt ; Katya a vu son fiancé, Titus, se faire décapiter par ses preneurs d’otage en Irak, où il était parti combattre.… Lire la suite

Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes

broken guitar

Plus de vingt ans après la publication de son premier roman, Baise-moi, Virginie Despentes, qui fait pourtant l’objet d’une reconnaissance critique de plus en plus unanime, reste entourée d’une aura de soufre, et conserve sa réputation d’écrivaine trash et provocatrice. Les clichés ont la vie dure et je les avais bien évidemment en tête en ouvrant Vernon Subutex, mon tout premier Despentes.

Force est de reconnaître qu’il ne s’agit pas d’un roman sage et facile, et que les problématiques abordées n’ont rien de convenu : des violences conjugales à la surconsommation de drogue en passant par le suicide ou l’extrémisme politique, la galerie de personnages qui défile dans Vernon Subutex entraîne le lecteur dans des mondes ténébreux, souvent glauques et repoussants.… Lire la suite

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage d’Haruki Murakami

Keith haring

En refermant le troisième et dernier tome d’1Q84, je me suis dit qu’il me faudrait un moment avant de rouvrir un livre de Murakami. Alors que j’avais grandement apprécié la Course au mouton sauvage ou les Chroniques de l’oiseau à ressort, cette trilogie qui traînait en longueur, remplie d’incohérences et de pistes abandonnées en cours de route, m’a plutôt dégoûté des visions oniriques du plus célèbres des écrivains contemporains du Japon.

Puis, sachant que ce serait une toute autre affaire, je me suis laissé tenter par Underground, son excellent travail autour des attentats au gaz sarin dans le métro de Tokyo.… Lire la suite

Un homme qui dort de Georges Perec

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Hier, Libération proposait dans le cadre de son album des écrivains une interview de Georges Perec dans l’émission Lecture pour tous. C’était en 1967 et Perec y parlait de son troisième roman, Un homme qui dort. Je garde un excellent souvenir de ce texte que j’ai découvert il y a deux ou trois ans, et cette archive m’a donné envie de le relire. En attendant, j’ai retrouvé quelques notes issues de ma première lecture et notamment deux citations que je ne peux raisonnablement pas garder pour moi.

Un homme qui dort, c’est l’histoire d’un jeune homme de 25 ans qui se laisse sombrer dans l’indifférence de tout et qui s’en fait finalement une règle de vie, jusqu’à l’angoisse.… Lire la suite